‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 98 sur 186 · Chronic. Karoli VI lib. XXIV, 16 et lib. XXVI, 1 et · texte numérisé non relu

Chronic. Karoli VI lib. XXIV, 16 et lib. XXVI, 1 et

3. C'est ainsi qu'il fit la sourde oreille aux objurgations si vigoureuses que lui adressa Gersou dans les discours qu'il prononça devant lui à

•Marseille, puisa Tarasconle l^"" janvier llOi. 0pp. Gersonii, t. II, coll. 50 et 54.

l'union religieuse ^ . C'est ainsi encore qu'en juin de la même année, il assura qu'il enverrait à son rival Boniface des ambassadeurs attitrés. Il le fît en effet et cette ambassade eut à sa tête l'évêque de Saint-Pons. Elle était chargée de renouveler la proposition suivante que nous avons déjà entendu formuler par Benoît et que la France avait dès longtemps rejetée. Les deux pontifes rivaux devaient avoir une entrevue en un lieu désigné pour se concerter sur les moyens de rétablir la paix. Le pape français offrait de se rendre en Italie sur un territoire neutre. Il proposait de défendre à ses cardinaux de lui donner un successeur, s'il venait à mourir, mais il demandait que Boniface agît de même^.

S 3. — Mort de Boniface IX. — Élection d'Innocent VII.

Le pontife it'alien était déjà souffrant quand les ambassadeurs arrivèrent à Rome le 22 septembre : il ne put les recevoir. Les envoyés lui firent alors savoir que la voie qu'ils proposaient aurait pour lui de grands avantages. Le Pape leur demanda de les préciser; mais ceux-ci insistèrent sur le projet d'entrevue et ne firent point d'autre ouverture.

Quelques jours après, Boniface rendit le dernier soupir (l'"" octobre 1404). Dans une lettre adressée au roi de France, Benoît raconte que cette mort si inopinée fut avancée par une vive discussion que le pape de Rome aurait eue avec les envoyés français. Ceux-ci se seraient montrés très irrespectueux et auraient riposté vertement aux attaques dont le pape d'Avignon prétendait

1. Raïnald, a. 1404, n. 4-6. Edule, t. Y, p. 464. — Jaiuiy, La vie politique ■de Louis de France, p. 301 .

2. NiEM, De Scismate, 1. II, 23. — IVLuitèîîe et Dcuasd, Veterum Script, ■nova coUectio, praef. ixia et 686.

avoir été l'objet ^ . Si la relation de Benoît est authentique, elle est peu honorable pour ses ambassadeurs. Mais elle est contredite par une note officielle envoyée un peu plus tard (13 mars 1405) à l'Université de Paris, , parle successeur de Boniface ^.

Ce rapport ajoute : le Sacré-Collège ne voulut pas entrer en conclave sans avoir mandé les envoyés français afin de savoir d'eux s'ils avaient des instructions pour ce cas imprévu, s'ils possédaient des pouvoirs suffisants pour résigner au nom de Benoît. Dans ces condir tions, les cardinaux se seraient fait un devoir de surseoir à l'élection du futur pontife. Les ambassadeurs déclarèrent qu'ils n'avaient pas d'ordre de leur maître sur ce point. On leur offrit alors de députer quelques-uns d'entre eux au Pape d'Avignon pour solliciter cet ordre. Ils refusèrent en disant que Benoît ne consentirait jamais à cette cession. En ce moment même, une grande agitation régnait dans la Ville éternelle. On engagea les envoyés à retarder leur départ, car il n'y avait point de sûreté pour eux à s'éloigner au milieu de ce tumulte. Ils ne voulurent rien entendre et sortirent de la ville. Ils eurent le malheur de tomber aussitôt entre les mains du commandant du château Saint- Ange, qui les fit jeter en prison et ne les relâcha qu'au prix d'une rançon de cinq mille ducats. Les cardinaux firent mille efforts pour les tirer d'embarras, mais ils ne purent y réussir, car ils n'avaient point d'autorité sur le châtelain pendant la durée du conclave^.

4. Martène et Durand, 1. VII, praef. LXIY et 690. — Hefele, t. X, p. 131. — Chronic. Karoli VI 1. XXY, c. 22.

2. Ibîd., 1. XXVI, c. 2 et 3. Le moine de Saint- Denis ne cache pas ses préférences pour la version du pape de Rome, bien qu'il tienne pour Avignon.

3. Chronic. Karoli VI, ibid. — Niem, 1. II, c. 24. — Du Boclay, t. Vj, p. 109.

Comme, à Paris, plusieurs doutaient de la véracité de ce récit, le duc de Berry en fit demander confirmation à Rome et il obtint une réponse tout à fait conforme au rapport ofliciel précédemment envoyé ^ . Cette réponse était signée d'Innocent Vil, nouvellement élu souverain pontife. Ce pape se nommait Cosme Meliorati et descendait d'une famille obscure des Abruzzes. Il avait été archevêque de Ravenne, puis de Bologne, et c'est dans cette ville qu'il avait été nommé cardinal. Sa vie était exemplaire, sa science peu commune et la pureté de ses mœurs irréprochable. Avant d'être promu, il avait fait, comme les autres cardinaux, le serment de travailler de toutes ses forces, s'il était élu, à l'extinction du schisme et de résigner sa charge s'il le fallait 2.

Innocent commença par tenir les promesses faites par Cosme Meliorati et annonça aussitôt un concile de son obédience. Malheureusement Rome s'agitait; les Orsini et les Colonna prenaient les armes les uns contre les autres avec la même ardeur qu'autrefois. Les Savelli et les Conti fournissaient des chefs à l'émeute. Le souvenir des Gibelins, ennemis séculaires des papes, celui de Rienzi, l'ardent révolutionnaire, n'étaientpoint morts dans l'âme du peuple. Le pontife fut obligé de recourir aux armes de Ladislas, roi de Naples. Celui-ci étouffa la révolte, mais il fit payer cher sa protection. Cette intervention et ces perturbations sanglantes jetèrent le Pape au milieu des passions et des représailles politiques, et lui aliénèrent de plus en plus l'esprit des RomÊÙns qui le forcèrent à se réfugier à Vi-

4. Chronic, lib. XXYI, c. 3. — Registre acheté' à la vente Ashburnham, M?. Cette lettre est de fin avril 140o.

2. Vita Innocenta VU, apud Muratori, t. m, p. Il, p. 832. — Martène et Ddramd, Thésaurus, t. U, col. 1274.

terbe. Le Vatican et les palais des cardinaux furent saccagés, les serviteurs du Pape tués et Rome fut, pendant tout ce règne, en pleine anarchie * .

Au sein de tous ces troubles, il perdait de vue la seule question essentielle, celle du schisme à éteindre. De son côté, Benoît ne se souciait pas de retourner à Avignon qui avait été si longtemps pour lui un lieu de captivité. Salon, Tarascon, Marseille et Nice l'avaient vu successivement dans leurs murs. Il déclara solennellement vouloir pousser jusqu'à Viterbe pour y négocier avec son adversaire. En mai 1405, on vit arriver à Gênes ses six galères pavoisées.

Boucicaut y commandait alors au nom de la France et reçut magnifiquement le pontife que son indigne frère avait assiégé naguère en Avignon.

Les processions succédaient aux banquets et les réceptions solennelles aux revues pompeuses des troupes amenées par le Pape. Saint Vincent Ferrier se rendit en ville sur la demande de Benoît et émerveilla la contrée tout entière par le don des langues, la multiplication des miracles et des fruits de sainteté. Sainte Colette allait venir demander au Pape à Nice de la recevoir dans Tordre de Saint-François. Pierre d'Ailly prêcha devant lui au jour de la Trinité et obtint l'établissement de cette fête pour toute son obédience. Le pontificat nomade de Benoît ne manquait pas d'un certain éclat ; il le conservera jusqu'au jour où son obstination forcera les plus saints et les plus dévoués à l'Église de l'abandonner à son malheureux sort ^.

En attendant, plus Benoît voit Innocent embarrassé dans les difficultés politiques, plus il multiplie les dé-

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