LE CARDINAL DE LYON
Richelieu devait, nous l'avons vu, l'évêché de Luçon à la démission de son frère Alphonse qui s'était fait chartreux. Devenu tout-puissant, Ri-
cbelieu le fait sortir du cloître, lui donne Tarchevêché d'Aix, puis celui de Lyon, oufin le chapeau de cardinal. Voih\ cet incapable prince de l'Eglise et primat des (jlaules.
Alphonse de Richelieu fut un digne prélat, mais sujet à d'étranges lubies.
D'Urfé S des Yveteaux ^, Racan ^ avaient mis les pastorales à la mode ; le bon cardinal, lui, les mil en action : il faisait habiller en bergères des dames de Lyon ; lui-môme, la houlette en main, jouait des bergeries, et ce cardinal-Céladon, discourant sur le Tendre, faisait, dit-on, une ter-
*. Honoré d'Urfé : son œuvre capitale est VAstrée, colossal roman en une foule de volumes qui fit les délices de ses contemporains et eut une influence décisive sur les mœurs et sur la société, qu'il rendit polie, galante, plus délicate, mais un peu précieuse aussi et alambiquée.
2. Nicolas Vauquelin, seigneur des Yveteaux, précepteur du duc <ie Vendôme, puis du dauphin jusiju'à la régence de Marie de Médicis qui le congédia à cause de ses mœurs : c'était un épicurien endiablé, aimant de la vie tout ce qui est bon et défendu ; «vec cela d'une civilité exquise, surtout envers les femmes qu'il «Ima passionnément. 11 écrivait bien en prose et en vers ; ce poète aimable et léger était fanatique de musique : il recueillit «t épousa sur le tard une joueuse de harpe; Ninon de TEnclos ne dédaignait pas de venir chez lui jouer du luth dans son beau jardin du faubourg Saint-Germain (rue Visconli). Là, ce franc extravagant passait sa vie déguisé en berger, en demi-dieu mythologique avec des bergères et des nymphes ; il y vécut ses pastorales et y mourut en stoïque. Son esprit dut encore hanter <!es lieux : Racine est mort dans ThtHel de Ranes qu'on y bâtit; la Champmeslé et Adrienne Lecouvreur y vécurent.
3. Honoré du Bueil, marquis de Racan, le tendre poète, Tamant passionné des champs et de la nature, qui écrivit ses Bergeries par amour pour -4rMenice, la belle Catherine de Termes, auprès de qui sa gaucherie, sa timidité, son bégaiement le desservirent. Malherbe et lui se disputèrent la paternité de cet anagramme d^Arlhénice.
rible figure. Il aimait fort, du reste, la société des dames, mais en tout bien tout honneur : lorsque Ninon de TEnclos, renonçant pour un temps au monde et à la vie orageuse de Paris, vint ^ Lyon dans un couvent, le cardinal se mit aux p^" tits soins de cette aimable personne — sans petxser à mal du reste — et lui adoucit, autant qu'il 1^ put, les austérités de la retraite.
Parfois aussi — faiblesse assez étrange chez ixï^ cardinal — ce bon toqué se croyait Dieu le Pèr^ - On en riait en famille, et sa nièce d'Aiguillon r^^ commandaitirrévérencieusement à Ferdinand Ell^ * de Malines, qui faisait le portrait de son oncl^^ -^ « de le peindre en Dieu le Père bien ressemblant >^ '