NICOLE DU PLESSIS ET LES MAILLÉ BRÉZÉ
Richelieu était encore petit évêque de Luçon, quand Urbain de Maillé, marquis de Brézé^ épousa sa sœur Nicole. Par son crédit, elle fut dame d'atours de Marie de Médicis en 1619, mais la malheureuse devint folle ; elle eut des manies innocentes d'abord : Ainsi , elle crut longtemps avoir le séant en verre et ne voulait s'asseoir de peur de le casser; mais ses folies s'exaspérèrent par la brutalité du mari et les avanies qu'il lui fit de complicité avec la Dervois, sa maîtresse reconnue : un jour, notamment, il lui prit ses pendants
1. On l'appelait simplement Ferdinand, comme on devait plus tard appeler Lully, Baptiste.
tl'oreilles, pour, en sa présence, les mettre à la Der- ^ois. La pauvre femme mourut folle liée ou enfermée au château de Saumur; on ne lui en fit pas moins de splendides funérailles et une oraison funèbre oii Ton mit solennellement en relief les Yertus qu'eût pu avoir la Grande {sic) Nicole.
Mais, si le ministre ne put mieux faire pour «Ile, il se dédommagea sur Brézé et ses enfants.
Brézé fut maréchal de France, gouverneur d'Anjou, de Saumur et vice-roi de Catalogne, quand La Mothe-Houdancourt conquit cette province espagnole ; Richelieu paya ses dettes, racheta son bien et lui en laissa l'usufruit. Ce n'est pas que le rude Brézé lui fit une cour bien assidue, mais Richelieu ne cessa jamais de voir en lui le mari de sa sœur ; il put d'ailleurs toujours compter sur son dévouement.
Le fils du maréchal, Armand-Jean de Maillé, d'esprit un peu borné, mais bon, loyal et très charitable, devint, par la grâce de son oncle et parrain, duc de Brézé et amiral du Levant ; et là ne se fut point bornée sa fortune, si, devant Orbitello, un boulet n'eut, en le blessant à mort, arrêté le cours de ses prospérités : il avait vingtsept ans !
Pour la fille, Claire-Clémence de Maillé, on l'assit sur les degrés mômes du trône : elle devint princesse du sang en épousant ce Louis de Bourbon, duc d'Enghien, qui s'appela plus» tard le
grand Concl(^. Klle était très enfant, un peu simple comme sa mère; dans ses Mémoires la grande Mademoiselle nous la montre « inepte » et n'apprenant à lire qu'après son mariage. Elle jouait encore aux poupt'es et le cardinal lui donna une petite chambre oii il y en avait six, « une femme en couches, une nourrice quasy au naturel, un enfant, une garde, une sage-femme et la grand'maman. M"" de Rambouillet*, M"'de Bouteville ' et autres jouoient avec elle. On déshabilloit e^ couchoit tous les soirs les poupées ; on les rha" billoit le lendemain ; on les faisoit manger, o^ leur faisoit prendre médecine, etc., etc. »
Par cette alliance, le père du héros, M. le princr "• s'assurait le bon vouloir de Richelieu, bon vouloi ^ qui lui était fort nécessaire, soit pour fonde:^ rénorme fortune des Condé, soit pour passée Téponge sur ses continuels insuccès militaires.
M. le prince avait été le plus gueux des prince^ gueusant de gueuserie ; cet héritier présomptif d^ la couronne, traité comme tel par Henri IV avaii^ lanaissancede LouisXIIl, n'avait pas 10.000 livres^ de revenu, c'était ù peine de quoi soutenir untrain-iS^
1. Julie Lucine d'Angennes, Tatnée des filles de la marquise de Rambouillet, la Julie de la célèbre Guirlande, plus tard M""* de Montausier.
2. Elisabeth-Angélique de Montmorency-Bouteville, fille du duelliste décapité en 1627, sœur du maréchal de Luxembourg, plus tard duchesse de Châtillon et, en secondes noces, duchesse de Mecklembourg.
3. Nous entendons 10.000 livres d'alors, pouvant valoir 50.000 à 60.000 francs de nos jours. Se représenter un héritier de la couronne disposant de 50.000 francs de revenu et obligé avec cela de tenir son rang, d'avoir sa maison, ses officiers, etc., etc.!
LA PAKENTÉ DU CARDINAL Jll
ie hobereau ; aussi, connaissant la valeur de l'argent, il en fit son Dieu. Il fut toute sa vie avide sans scrupules et avare sans dignité : il accumula gouvernements, pensions, possédé du démon du lucre, toujours en procès, sollicitant humblement les juges, et grivelanl de tous côtés sans vergogne ^ On Taccusait d'avoir, pour de Targent, levé le siège de Dole en 1636 :
Condé n'a pas pris Dole* On dit que Dole l'a pris A force de pistoles !
Bgi, Bgi... etc.
On disait encore :
Celui qui se dit Bourbon
Perd ce nom En fuyant pour des pistoles :
L'Espagnol le va suivant
En disant :
« Adieu, le Prince de Dole ! »
Comme général, il échoua partout : à Fontara-
^ie comme à Dole; en 1642, on commençait à lui
'lanter
Le prince n'a pas pris un pont Dans la plaine du Roussillon,
quand Salces se rendit ; ce qui fit dire à cette Ijale de Bautru : « On en fera un extraordinaire ^ ».