Timbre : Le bâton m'empêche d'en Hre
3. Le manuscrit français de la Bibliothèque Nationale i26C6, f* 243, lui attribue une intrigue avec le grand Condé ; c'est une erreur causée par ce fait que Condé et le comte de Soissons «^appelaient tous deux Louis de Bourbon. Des Réaux qui, d'ordinaire, s'étend avec complaisance sur ces amourettes de princes, en eût sûrement parlé.
Mais le comte deSoissons était, au dire de Gondî et des chansonniers, fort inconstant^ : il ne s'attachait pas longtemps à ses conquêtes.
Il la délaissa et la chanson le constate [Branle de Metz) :
La Ghalaîs est si fâchée Qu'elle ne se fait plus voir ; C'est qu'elle est au désespoir Que le comte l'a quittée, Et qu'elle voit que ses traits Perdent leurs charmants attraits.
M. d'Esguilly-Vassé disputa ensuite M"*" de Chalais au maréchal de La Meilleraye, ce grand coureur si souvent éconduit. Le beau d'Esguilly, comme on l'appelait, était un rival d'autant plus redoutable qu'il ne craignait rien : il avait aimé la reine et osé le lui dire respectueusement ; il était fort empressé auprès de M™* de Hautefortsous la moustache môme du roi. Le maréchal par dépit, le cardinal et le roi par jalousie peut-être^ l'éloignèrent pour son malheur : il reçut, devant Gênes, un coup de mousquet en plein visage ; et, préférant mourir que vivre défiguré, il refusa de se laisser panser.
L'amour de M""® de Chalais portait décidément malheur : ceux qui l'aimèrent finirent mal et en
i. Voir le couplet sur M""* deGuémenée :
Belle de Guémenée,
Soissons vous a laissée, etc., etc.
[Montmorency.)
2. Voir M"* de Hautefort et l'amour bizarre de Louis XIII pour cette dame. — Pour justifier ses assiduités, Esguilly se disait soa parent; et d'IIozier, par complaisance, afflrmait qu'il Tétait.
pleine jeunesse ; son premier mari, M. de Charny^ mort à la fleur de Tâge; Ponlgibaud, tué en duel; Chalais, décapité; Soissons, mort accidentellement ou assassiné — on n en sait rien — à la Marfée ; enfin Esguilly blessé devant Gênes et se laissant mourir- Le triste sort de ses prédécesseurs n'empêcha pas M. deBrion d'attaquer cette « place meurtrière » ; il demanda la main de M"** de Chalais et n'en mourut pas. Ce n'était pas un personnage ordinaireque François de Levis-Ventadour, comte de Brion, puis duc d'Anville. Grand ami de Gaston d'Orléans, il fut la cause involontaire de sa brouille avec Louison^; compagnon de débauche du prince, il était pris ensuite de remords tardifs et passait à une dévotion outrée pour retomber encore de plus^ belle : « Il avoit été deux fois capucin, dit Gondi» et faisoit un salmigondis perpétuel de dévotion et de péchés. » La bonne M""* Pilou connaissait le sire; elle savait qu'il manquait facilement de parole et l'estimait un capucin impénitent; charitablement, elle prévint M""" de Chalais et M""* de Castille sa mère :
Brion soupire
El n'ose dire A la Chalais qu'elle fait soa marlyre :
Ce beau galant gémit et pleure, Mais madame Pilou veut qu'il en meure !
Il les tint le bec dans l'eau un an et demi. Un jour il disait : « Voilà tout préparé ; nous nous
1. Louise Roger de La Marbellière, maîtresse de Gaston. U se laissa prendre par Gaston une lettre de L'Epinay à Louison où il parlait fort clair. Voilà pourquoi Gaston ne voulut jamais reconnaître le fils de Louison, le chevalier de Charny.
marierons demain; cela surprendra M"* Pilou ; ne lui en dites rien ! » Et, le lendemain, il se pré- 'i\ tendait malade ou invoquait un autre motif. Il
répéta plusieurs fois cette comédie, et M"* de Chalais le croyait toujours ; la pauvre femme n'était ;•: pas fort riche, et c'eût été pour elle un bel éta-
;•; blissement. Cette intrigue prit fin quand Gaston
',; se réfugia en Lorraine en faisant claquer les
**f portes * : le fidèle Brion Ty suivit ; et, à sa dernière
Çj entrevue avec la belle, il poussa un grand soupir :
:; <( Décidément, dit-il, je mourrai capucin! » Il le
',/ fut encore en effet et encore il jeta le froc. Il passa
K sa vie à jouer la même comédie; il ne s'adressait
f ? bien entendu qu'à de belles personnes : M*^® de
l' Bouteville et M"' d'Elbeuf furent les victimes de
]; cette étrange manie. Sur le tard, il s'éprit de
f- W de Menneville, qui, méfiante non sans raison,
i] exigea une promesse de mariage écrite; précaution
S\ inutile : il rompit sous prétexte qu'elle s'était
J' compromise avec Fouquet et préféra donner une
'; bonne indemnité pécuniaire qu'épouser. Il n'en
tomba pas moins dans les filets de la spirituelle demoiselle d'honneur de M""' de Guise, M"® de La Force, l'auteur probable des Mémoires de la reine
«* de Navarre; et le capucin se maria!