‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 107 sur 182 · Saint-Chamond, Henri Mitte de Miolans · texte numérisé non relu

Saint-Chamond, Henri Mitte de Miolans

gagnera, M. de Rambouillet négociera avec Gaston^ le détachera de la cabale. Et tout se passe ainsi.

M. de Rambouillet va joindre sur l'heure lesamis, les conseillers du jeune prince. Le Coigneux* et Puylaurens. A Le Coigneux, il offre une présidence à mortier en attendant le chapeau de cardinal ; à Puylaurens, la duché-pairie. Les voilà à rinstant dévoués à Richelieu, et ils circonviennent leur jeune maître.

A Versailles, M. de Saint-Simon, fort aimé de Louis XIII, « parce qu'il lui donne toujours des nouvelles sûres de la chasse, ne fatigue point ses chevaux et ne crache point dans ses cors »^ M. de Saint-Simon prend sur lui de mener au roi le ministre en disgrâce. « Ce n'est pas, écrit son fils, qu'il tînt en rien au cardinal de Richelieu, mais il crut voir un précipice^ dans l'humeur de la reine môme et dans le nombre de gens qui, par elle, prétendoient tous à gouverner. »

Que se passa-t-il entre le roi et son ministre ? quels arguments fit valoir ce dernier? Nul ne Ta su ; mais le soir môme, à la stupéfaction générale, Richelieu revenait de Versailles, plus puissant, plus autoritaire que jamais ; et de nouveau tout plia sous sa main de fer. Ce fut la îdmeuse journée des Dupes.

1. Jacques Le Coigneux, d'abord chancelier de Gaston; il était veuf pour la seconde fois ; il contribua avec Puylaurens à faire aller Gaston en Lorraine, ce que Richelieu ne leur pardonna pas. II était fort gai et un peu extravagant. La Régente lui rendit sa. charge de président au mortier : Gondi l'appelle * maître Gonin ».

Ce fut le père de Bachaumont (Boischaumont), l'ami de Chapelle.

Il fallut régler les comptes; le cardinal était un homme d'ordre, et rien ne fut oublié : ni le bien, ni le mal.

Le bien d'abord : nous avons parlé déjà de la constante amitié, de la déférence môme que le cardinal témoigna toujours au cardinal de La Valette. M. de Saint-Simon ^ dut moins la duchépairie à ses mérites de chasseur qu'au service signalé qu'il rendit alors au cardinal par une saine compréhension des intérêts de TElat et non par amitié, car il n'était point alors de ses amis. Bullion^, quoique rudoyé parfois, put scandaleusement s'enrichir; quant à M. de Rambouillet ^ désintéressé et mauvais courtisan, il ne demanda rien et n'eut rien; mais nul doute que, le cas échéant, Richelieu l'aurait obligé.

Passons aux représailles. Le cardinal était trop politique pour paraître vouloir en exercer contre les personnes de la famille royale; il fut d'ailleurs toute sa vie très attaché aux formes extérieures du respect qu'il leur devait. Il parut donc vouloir se rapprocher encore de Marie de Médicis et prit le roi à témoin de sa bonne volonté ; mais la vindicative Italienne était — et il le savait — intraitable. Il ne fut pas difficile au cardinal de prouver au roi qu'elle ne serait satisfaite que si elle régnait à sa place; il ne lui suffisait point, insinuait-il, de distribuer bénéfices et pensions, d'avoir tout

1. Louis-Charles de Nogarct de La Valette; Claude, duc de Saint-Simon.

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