‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 110 sur 182 · HENRI II DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

HENRI II DE MONTMORENCY

Cette même année (1632), M. de Chàteauneuf fit encore dresser Téchafaud à Toulouse pour abattre la tête d'un personnage autrement qualifié, autrement puissant que Marillac, Henri II, -dernier duc de Montmorency*, beau-frère du premier prince du sang Henri de Condé et parent de la reine mère par sa femme Marie Felice des Ursins (Orsini).

Il semblait que, dès le berceau, la fée bienveillante des contes Tavait touché de sa baguette. Dans l'enfance, dans la jeunesse, la vie n'eut pour lui que des sourires. Le voyant, adolescent, jouer avec le jeune Louis XIII, Henri IV son parrain, qui l'aimait beaucoup, aurait, dit-on, souhaité que Louis lui ressemblât. Aussi généreux que son beau-frère Condé était ladre et fort charitable, il faisait de sa grande fortune le plus noble usage. Il n'était point sot, mais son esprit manquait de brillant; il y remédiait en rentant des parasites aimables, de beaux esprits comme Mairet, dont l'entretien lui permettait de suivre l'actualité •et de se forger une opinion sur les choses courantes. Il parlait mal, mais son geste infiniment gracieux suppléait chez lui à l'insuffisance de la parole, et ce défaut provenait peut-être d'une exc/cssive vivacité. Il était brave à la folie, — il le

1. On dit à tort que la branche aînée des Montmorency «'éteignit avec lui. La branche aînée était, en réalité, celle des Fosseuse, à laquelle appartint la belle Fosseuse, la maîtresse de Henri IV.

prouva, — adroit à tous les exercices du corps, beau cavalier, bon danseur et fort galant. Nul homme de son temps n'eut plus de succès auprès des femmes et non des moins qualifiées ; il osa s'attaquer à Anne d'Autriche; mais là, il échoua : Buckingham Téclipsa. A part cet insuccès, « il n'y avoit point une femme de celles qui avoient un peu de galanterie en teste, qui ne voulût, à toute force, en être cajolée». M"' de Sablé* en fut folle. Détail piquant : ce prince Charmant « avoit les yeux de travers », et ce léger strabisme donnait, sans Tenlaidir, de l'originalité à sa physionomie. Quand il succéda à l'inconstant comte de Soissons dans les bonnes grâces de M"'' de Guéménée, on chantait :

Belle de Guéménée*, Soissons vous a laissée Avec son inconstance.

Mais les yeux de travers Vous ont mise à Tenvers Sans trop de résistance!

Sa femme, qui l'aimait passionnément, était désolée de ses galanteries ; mais elle exigeait qu'il ne lui en fît pas un mystère. Elle acceptait qu'il la trompât, non qu'il lui mentît ; et, quand il fut mort, cette âme pieuse et tendre quitta le inonde, s'ensevelit vivante dans un couvent, pleurant sur lui, priant pour lui, inconsolable.

1. Magdeleine de Souvré, mariée à Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé ; mère du chevalier de Laval Boisdauphin, dont nous avons parlé.

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