Timbre : La, ut, ré, mi, fa, sol
194 LE RÉGNE DE IlICIIELIEU
Dans son beau gouvernement de Languedoc, il n'avait que des amis ; on l'adorait et son nom y est resté populaire. Quand il se révolta, il n'eut qu'à dire un mot, le ban et l'arrière-ban de la noblesse prit parti pour lui contre le roi. Il aimait aussi sa province, et c'est ce qui le perdit.
Richelieu voulant modifier l'assiette des impôts en Languedoc, — pour en augmenter le rendement, cela va sans dire*, — il y eut des protestations violentes : le duc prit fait et cause contre le cardinal en faveur de ses administrés, et Richelieu n'était pas homme à le souffrir. Il alla même plus loin: il voulut, dans ce pays d'Etats, limiter les prérogatives séculaires des Etats en y installant des officiers royaux ; le mécontentement fut à son comble et Montmorency prit le parti des mécontents; c'en était trop. Le cardinal n'avait, certes, jamais en à se plaindre du loyalisme de Montmorency ; mais déjà il le trouvait trop puissant — et c'est pour ce motif qu'il lui avait toujours refusé l'épée de connétable. Il ne lui pardonna pas de devenir gênant : le duc devait donc ou céder ou disparaître.
Le cardinal dépêcha en conséquence d'Esmeryen Languedoc avec mission d'imposer les réformes envers et contre tous, et, probablement aussi, de créer des ennuis à M. le Gouverneur. Ce renard de d'Esmery s'acquitta de sa mission à merveille; il attaqua môme Montmorency personnellement en
1. Un manuscrit du temps prétend qu'ils furent doublés après- Il mort de Montmorency.