Le duc venait de perdre sa première femme
Sire, de voir cette pauvre prisonnière? » lui disait un jour Tun de ses courtisans en sortant du couvent : (1 Hé, Monsieur, ne suis-je pas moi-même un prisonnier », répondit-il, faisant allusion à la terrible contrainte où lé tenait son ministre. C'est à M"® de La Fayette que les contemporains attribuèrent le rapprochement du roi et de la reine, rapprochement qui fit cesser, au grand étonnement de tous, la longue stérilité d'Anne d'Autriche. Elle eut, comme on sait, après vingt-trois ans de mariage et à Tâge de trente-sept ans, un fils que Ton nomma Déodat^ et qui fut Louis XIV. Cet événement imprévu provoqua bien des commentaires et fit naître d'étranges suspicions ; on en rechercha le pourquoi et le comment. L'on sut que, le 5 décembre 1637, le roi se trouvant alors à Grosbois, chez le duc d'Angoulême, vint voir sœur Angélique (M"' de La Fayette) au jour tombant, vers les quatre heures ; il ne la quitta qu'à huit: il avait l'air soucieux. Comme il faisait un temps abominable, le roi se rendit au Louvre au lieu de rentrer à Grosbois et vint demander l'hospitalité à Anne d'Autriche. Elle le fit manger et — chose qui ne s'était point vue depuis bien longtemps — « on mit le chevet », c'est-à-dire que Louis partagea le lit de sa femme. On sut aussi par Guitaut^, très dévoué à la reine et capitaine de ses gardes, que c'était elle qui deux fois avait envoyé chercher le roi à la Visitation, et