Henri de Lorraino
KÉSISTANCES, IISTRIGDES ET COMPLOTS 2J9
à leurs parents, à leurs amis; à leurs clients, et rassemblèrent patiemment, à loisir, des forces importantes : Sedan devint Yantre des monstres^ comme disait le cardinal.
On ne se fait guère de nos jours une idée de la puissance militaire dont pouvait disposer personnellement un gouverneur aimé ou bien ancré dans sa province ; ainsi, nous avons vu le duc d'Epernon disposer en Guyenne de forces suffisantes pour venir au secours de la reine mère et tenir en échec Luynes et le roi ; — nous avons vu encore la noblesse de Languedoc suivre Montmorency dans sa rébellion ; — au retour de La Rochelle, Richelieu s'arrêta chez M. de La Rochefoucault, gouverneur du Poitou ; celui-ci, pour faire honneur à son hôte et malgré le sentiment de son frère, lavisé M. d'Estissac, réunit en quatre jours plus de quinze cents gentilshommes poitevins, tous ses parents, alliés ou amis ; il y perdit son gouvernement. Richelieu, l'ayant trouvé trop puissant, le remplaça peu après par M. de Parabère*, qui ne lui donnait point d'ombrage. Les grands gouvernements étaient pour l'autorité royale un danger permanent en cas de révolte. Ni Richelieu, ni Louis XIV, aussi impatient des résistances que le cardinal, ne s'y trompèrent; le grand roi y mit bon ordre en faisant de ce titre de gouverneur un titre purement honorifique et de façade, satisfaisant surtout la vanité du titu-
1. Henri de Baudéan, comte de Parabère, personnage insignifiant, qui ne s'était point même fait remarquer au siège de La Rochelle.
laire, qu'il plaça sous la eoulpo discrète des intendants; et ceux-ci dc^vinrciit les vcTital)les représentants et agents du roi, représentants forcément actifs et dévoués du pouvoir central ; car, simples bourgeois ou de mince noblesse pour la plupart, ils lui devaient tout et en dépendaient absolument.
En 1641, les trois rebelles crurent l'occasion favorable et s'allièrent aux Espagnols ; mais, comme on fit plus tard sous la Fronde, ils proclamaient bien hautement qu'ils faisaient la guerre au ministre seul et dans l'intérêt môme du roi. Les enseignes de M. le comte portaient la devise : Poin* le roijj contre le cardinal; celles de M. de Bouillon : Amy du roy^ ennemy du cardinal; enfin M. de Guise, se ressouvenant probablement encore des psaumes qu'il avait ouï chanter quand il était, à seize ans, archevêque de Reims, avait mis sur les siennes : Déposait potentem de sede, avec un chapeau de cardinal et une chaise renversée. Le fameux général espagnol Lamboi commandait l'armée, et ils servaient sous ses ordres.
Le cardinal leur avait opposé le maréchal de Châtillon^ Il l'employait bien h contre-cœur, car il ne l'aimait point et pour un motif bien futile : ce parpaillot de maréchal^ était le seul qui ne^ voulût jamais lui donner du «Monseigneur»; Richelieu devait, avec lui, se contenter de « Monsieur » : cuisante blessure d'amour-propre; mais