‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 128 sur 182 · mars · texte numérisé non relu

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<lit-on, malins, et il Tétait doublement ; avec cela bon compagnon, gai et spirituel, mais il n'admettait point qu'on se moquât de sa difformité. A la représentation de A/im/zie, il s'était permis — se ■croyant apparemment dans un théâtre ordinaire — ■de parler haut, de rire avec M. de Ruvigny et quelques amis, suivant l'habitude des jeunes gentilshommes à la comédie, oii il était de bon ton de «e faire remarquer en faisant grand tapage, en troublant môme le spectacle ; il n'avait point prêté h la pièce inspirée par Son Eminence une trop religieuse attention. Richelieu l'avait remarqué, âl ne l'oublia pas, et son amour-propre froissé lui inspira une cruauté inutile. Avisant, peu de jours après, Fontrailles dans son antichambre au moment où l'on annonçait un ambassadeur: « Rangezvous donc, monsieur de Fontrailles, lui dit-il devant tout le monde, M. l'ambassadeur n'est pas venu en France pour voir des monstres. » Cette blessante parole, dont il essaya, à la vérité, de -corriger la dureté en plaisantant peu après avec sa victime, ne lui fut point pardonnée. Et si, comme il parut, Fontrailles fut la cheville ouvrière du complot, le cardinal paya cette méchanceté des plus cruelles angoisses.

Dans sa solitude à Narbonne, tenaillé par l'incertitude, incapable du moindre effort physique et uniquement soutenu par son énergique volonté, obligé par surcroît de consacrer aux affaires de l'Etat, dont il portait tout le fardeau, les quelques instants de répit que lui laissait la maladie, le cardinal eut en outre des craintes pour sa sûreté, le

bruit ayant couru que Cinq-Mars avait fait venir des gens pour l'assassiner. On conçoit aisément qu'il ait alors amassé dans son cœur des trésors de haine, et (|u'il lui ait été bien doux — quoique frappé h mort lui-môme — de détruire impitoyableujent ses ennemis.

11 craignit en efl'et sérieusement pour sa vie : un autre Barradas pouvait avoir préparé un coup de main contre sa personne et le tenter, grâce à son isolement relatif, avant que ses amis eussent pu le prévenir; cette peur le hanta, et il voulut quitter Narbonne, se retirer en Provence près du comte d'Alais qui lui devait, nous Tavons vu, ce beau gouvernement; il pensait avoir près du comte un abri sur et pouvoir s'y reposer. Il ne voulait pas cependant avoir Tairde céder à la crainte; les médecins lui fournirent un bon prétexte : ils prétendirent — et c'était peut-ôlre vrai — que l'air de cette ville, entourée d'étangs marécageux, lui était contraire; ils citèrent Pline qui attribuait à cette région delaliaule narbonnaise des influences malignes. Richelieu quittait donc Narbonne par raison de santé. Puis il fallut le transporter, et ce fut une affaire d'Etat. Il ne pouvait être question d'un carrosse pour moelleux qu'il fût. Afin d'éviter les heurts à ce corps endolori, on construisit une énorme litière ^ — la fameuse machine — qui

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