M— DE MONTBAZON, DE CUEVREUSE ET DE GUÉMENÉE
Ces dames, toutes trois fameuses par leui beauté et leurs intrigues, toutes trois de la maisoi de Rohan-Montbazon, furent toutes trois galantes mais de fort dift'érente humeur.
Hercule de Rohan, duc de Montbazon, leurliei commun, était un fort bel homme, un peu niais quoi qu'en dise Saint-Simon : on lui donnait ains qu'à M. d'Uzès le monopole des quiproquos, dei réponses saugrenues * ; on lui en prêtait mêm< beaucoup, mais on ne prèle qu'aux riches. Lî reine lui demandait un jour quand sa femm(
■ d. M"' de Se vigne y fera iillrsion à plusieurs reprises.
accoucherait, il répondit en fin courtisan : « Ce sera quand il plaira à Votre Majesté ! »
Ce bonhomme avait, de son premier mariage avec Magdeleine de Lenoncourt, deux enfants, les plus spirituels du monde : une fille Marie, la future M°* de Chevreuse, et le prince de Guémenée^
M. de Montbazon eut le bon esprit et Theureuse fortune de marier sa fille à M. de Luynes, qui, tout frais enrichi des dépouilles du maréchal d'Ancre et en grande faveur auprès de Louis XIII, était bien aise de se décrasser un peu en épousant une Rohan : Marie de Montbazon avait alors dixsept ans, elle était jolie, « éveillée » et fort aimable. Luynes mit dans la corbeille, pour la fille, les deux cent mille écus de pierreries de la maréchale d'Ancre, et, pour le père, le gouvernement de Paris et de FIsle-de-France avec la charge de grand-veneur, charge fort importante sous un roi passionné de lâchasse comme Louis XIII. Il la laissa veuve en 1621, et elle devint peu après duchesse de Chevreuse par son mariage avec Henri-Claude de Lorraine, « le mieux fait des Guise ».
Entre temps, son frère de Guémenée, fort laid, fort désagréable, mais plein d'esprit, épousait sa cousine, la belle Anne de Rohan, qu'on avait cru un moment destinée à devenir reine de France, car il avait été question de la marier à Louis XIII. Ce fut M"'" de Guémenée.
1. Louis Vil de Rohan, prince de Guémenée ou de Guimené, comme on disait aussi, de même qu'on disait Sévigny pour Sévigné.
,•! 11 faut croire que le veuvage et la solitud
*î| pesaient ferme an bonhomme Montbazon, cari
l \ éprouva, bien qu'il eût dépassé la soixantaine, l
; ; besoin de donner une belle-mère à ses deux enfant
i j d(^jà montés en graine. On fit sortir du couvent
j; I pour la marier avec lui, une superbe jeune fill
i: î de dix-sept à dix-huit ans, Marie de Bretagne^
{.; qui aima mieux être duchesse de Montbazoï
!{ : qu'épouser Jésus-Christ. Son mari ne l'appelai
; ''i i h cause de cela que « ma religieuse » ; ce fut uni
-, ; bien étrange religieuse.
Jl Au moment de ce beau mariage, ses deux belles
»|fi, filles avaient : M""* de Chevreuse, vingt-huit ans
;■ ; M""' de Guémenée, vingt-deux. Elles étaient dan
i/'! le plein éclat de leur beauté et déjà célèbres pa:
leurs intrigues : la nouvelle venue se piquî ■ .j d'honneur et les éclipsa.
•l^^ Bien que Saint-Simon nous montre ces troii
.1; dames fort unies^, M"'' de Montbazon joua à se:
.'5 deux belles-filles des tours pendables.
Elle accueillit d'abord ouvertement la cour in discrète que lui fit M. de Chevreuse; c'était public et M. de Montmorency ayant eu le front de chantei sous le nez de celui-ci un vaudeville courant su] son compte,
1. Fille du comte de Vertus, qui descendait par bâtardise di dernier duc de Bretagne, et petite-fille, par sa mère, de Fouque ■ f de la Varenne, cet officier des cuisines, puis entremetteur d<
i: f Henri IV, dont Saint-Simon a conté la mort bizarre.
I J 2. Elles le furent, en efi'et, mais uniquement pour les intérêt!
^ i de leurs maisons.
Mais il fait cocu son beau-père El lui dépense toul son bien^ Tout en disant ses patenôtres^ 11 fait tout ce que font les autres,
M. de Chevreuse mit Tépée à la main; et, s'ils n'eussent été dans le logis du roi, où c'était crime de lèse-majesté, il eût fallu en découdre.
Elle ne traita pas mieux la princesse de Guémenée : le comte de Soissons était Tamant déclaré de la princesse^, au vu et su de tout le monde, même du mari; la jeune belle-mère le lui souffla. M"* de Guémenée, assez philosophe, prit bien la chose, ofl^rit à Dieu sa déconvenue, puis, le diable aidant, se consola avec M. de Montmorency. Cela ne suffit pas à cette gale de belle-mère ; elle voulut que le comte lui fit un vrai trait de goujat. Il avait conservé avec la princesse des relations de courtoisie; M°*^ de Montbazon exigea de lui qu'il sortît de chez elle dans une tenue tout à fait indécente ; il le fit et s'en excusa d'ailleurs sans en cacher la raison.
Ces deux intrigues furent chantées des vaudevillistes :
Belle de Monlbazon, Vous avez bien raison
1. Gomme la plupart des Guise, M. de Chevreuse était fort dévot, au moins en apparence.