I . { La Lorraine et Bourbon
Vous ont mise en renom Dans toutes nos provinces.
Elle fut franchement dévergondée, et Gondi \ ■ { nous dira d^elle : « Elle eut peu de foi dans la ga-
lanterie, nulle dans les affaires. Elle n'aimait rien que son plaisir, et, au-dessus de son plaisir, son \: \ intérM. Je n'ai jamais vu une personne qui ait con-
, V serve dans le vice si peu de respect pour la vertu. »
: ? ' Elle était fort éclectique dans ses choix : après
';'J avoir eu les amants les plus qualifiés, elle ne fit
I ^ij point fi des bourgeois bien payants, et il courut sur
f,j son compte des vaudevilles terribles : Tun est telle-
ment ignoble que des Réaux, quoique peu réservé, ;.} se refuse à le reproduire 2. On lui donnait Gaston
d'Orléans, après le comte de Soissons, et le duc J Claude de Saint-Simon^. Elle causa les dissenti-
i ments de M. de Longueville et de sa jeune femme, la
\ jolie M"' de Bourbon, sœur du grand Condé; comme
;| ce descendant du beau Dunois était malingre,
J chauve, « un homme élevé dans une peau de mou-
ton », on chantait :
1. Le duc de Chevreuse, Henri-Claude de Lorraine; le comte de Soissons, Louis de Bourbon.
2. On le retrouve dans plusieurs chansonniers manuscrits à l'air du Grand Guenipe,
3. Le duc avait fort mauvaise mine ; il ressemblait à un ramoneur, et des Réaux nous cite à ce propos le couplet à rimes en acrostiche de Neufgermain, un habitué de Thôtel de Rambouillet :
Un ramoneur nommé 5tmon, Lequel ramone haut et ba»^ A bien ramoné la maxBon j De monseigneur de Montbazon,
11 court un bruit dans la ville * Que monsieur de Longueville Est petit et sans cheveux ; Il veut courtiser les belles.
Qu'en dis-tu, Jean de Nivelle?
— Il n'est point bien dangereux !
Aussi bien que ces grands seigneurs, elle accueillera pour leurs écus de plus minces personnages : de Rou ville malgré sa laideur, etBonnelies- SuUion, «le dernier des hommes». C*est, en un mot, une femme d'argent; un chansonnier lui •dira durement :
Cinq cents écus bourgeois font lever ta chemise!
Enfin, avant et pendant la Fronde, Beaufort, « son .grand innocent », comme elle l'appelle, sera son jouet ; elle ferade ce fantoche tout ce qu'elle voudra ; et pourvu qu'on la paie, elle obtiendra qu'il prenne la détermination ou l'attitude qu'on désirera de lui. Chose bizarre! ce grand amour était, au dire des gens qui connaissaient bien Beaufort, tout à fait platonique : son orgueil seul était enjeu, car ^6 petit-fils du « Vert-Galant » n'était point de complexion très amoureuse : « Elle était bien sûre de le gouverner, quelque parti qu'il prit : elle avoit sur lui un ascendant absolu; il s'honoroit de la représentation de son amant, peu disposé par sa nature à s'assurer de la réalité... » Lorsque Beau-
i. Timbre : Jean de Nivelle,
Bourbon est sans attraits, Montbazon sans envie De voir par sa beauté nos libertés ravies.
{Les Conireveritez.)
i 264 LE RÉGNE DE KICilELlEU
l fort fut enfermé à Vincennes pour avoir voulu
i faire assassiner le Mazarin, disait-on, les chan-
' sonniers malicieux demandaient qu'elle lui adou-
cit la solitude de la prison :
Beaufort esl dans le donjon ^ Du bois de Vincennes.
!' Pour supporter sa prison
Avec moins de peine,
Zeste, zeste, Il aura sa Moutbazon Deux fois la semaine.
M"* de Montbazon n'était point précisément jolie : son nez était trop grand; sa bouche, un peu ^ rentrée ; mais elle avait un teint éblouissant, de
beaux yeux, un corps superbe; c'était, en un mot, une magnifique créature, dont Topulente beauté fut un « grand ornement de la cour^ ».
Elle mourut, jeune encore, de la rougeole, et sa mort rapide détermina la vocation religieuse de l'un de ses derniers adorateurs qui assista à sa triste fin; M. de Rancé,un Bouthilier, se retira du monde, se consacra dès lors à une vie d'austérités et fut le grand réformateur de la Trappe.
M'"*' de Chevreuse ne s'avilit jamais comme elle^ quoiqu'elle ait été fort galante, quoique le public,