La Chevreuse a l'esprit tranquille et pacifique
{Les Contreverites.)
rage, ne connaissait rien d'impossible... elle ne croyait à la vertu d'aucune femme et regardait Tamour comme le seul principe actif qui puisse •déterminer des démarches vives et soutenues... » Gondi, qui de son côté Ta bien connue, nous dit encore: «Je n'ai jamais vu qu'elle en qui la vivacité suppléât au jugement... Si le prieur des Chartreux lui eût plu, elle eût été solitaire de bonne foi... elle s'abandonna [aux affaires] parce qu'elle s'abandonnait atout ce qui plaisait h celui qu'elle aimait... il n'était môme pas difficile de lui donner un amant de partie faite * ; mais, dès qu'elle l'avait pris, elle l'aimait uniquement et fidèlement..., jamais personne n'a fait moins d'attention sur les périls, et jamais femme n'a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs ; elle ne connaissait que celui de plaire à son amant... »
Ce fut donc une grande amoureuse, une passionnée ; mais comme elle n'eut jamais Thypocrisie de masquer ses sentiments, ni les erreurs, ni les fautes où ils l'entraînèrent, on fut sévère pour elle.
M""* de Guémenée tient des deux : elle fut à la fois passionnée et intéressée, moins pour elle cependant que pour sa maison, et elle ne prit que des amis pouvant contribuer à sa grandeur. Elle était fort belle, quoique ayant la figure un peu plate et le front petit. On lui donna comme
1. Gondi et sa fille lui firent prendre M. de Laigues pour amant.
amants Boule vilN'. le comle de Boissons, qui la battait par jalousie et dont elle eut le petit chevalier de Rohan. Parlant de cet enfant, elle écrivait un jour au comte : « Je vous mènerai votre fils »». Le mari, qui prenait bien la chose, disait de son •côté : « On ne pourra point nier que celui-ci soit prince ». Il disait encore à son fils aîné que son cadet était de meilleure maison que lui. Montmorency vint ensuite'. Cet hurluberlu de marquis de Roquelaure* voulut, mais sans succès, passer pour «on amant, et les chansonniers se moquèrent de lui. De Thou s*y vint brûler les ailes : dans son A^aniteux désir de fréquenter les grands seigneurs •qui lui coûta la vie, il venait souvent chez la princesse ; quand il mourut, on dit que décidément elle portait malheur comme M** de Chalais : ses quatre amoureux, Bouteville. Soissons, Montmorency et de Thou, eurent, en effet, une fin tragique. D'Êsmery, lui, n'en mourut pas. quoiqu'elle l'eût bien accueilli quand il fut surintendant des finances: la comtesse de Maure disait ironiquement à ce sujet : c Elle veut convertir le vieux larron. » Enfin, pendant la Fronde. Gondi lui fit une cour assidue et qui ne fut point mal-
i. Voir couplet, p. 193.