Antoine Arnauld, le docteur
Elle montra pourtant ces notes à Arnauld qui là-dessus fit son livre ; les Jésuites y virent avec raison une attaque à leurs trop indulgentes maximes ; ils n'aimaient déjà pas beaucoup les Arnauld et tâchèrent de les discréditer*; ils insinuèrent que Tabstention relative des sacrements était une forme du calvinisme ; de là à faire d'Arnauld un suppôt de Calvin, il n'y avait qu'un pas ; ils le franchirent : « Paulm^ dirent-ils, geniiit Augustinum^ Augusliniis Calviniim^ Calvimis Jansenium^Jansenins Sancyranum^ Sancyranus AfTialdiim et fratres ejus, » Et c'est peut-être à cette accusation que Ton doit attribuer la vigueur des œuvres postérieures d 'Arnauld contre les calvinistes : il ne voulait point que le Jansénisme en pâtit. Mais il est piquant de voir une discussion de femmes frivoles provoquer un pareil mouvement de polémique religieuse : il est vrai que le x vu* siècle fut un siècle éminemment religieux.
Et les maris, que pensaient-ils de tout cela? diront les curieux. 11 est facile de les satisfaire : le vieux M. de Montbazon, qui n'avait jamais pensé à grand'chose, était en adoration perpétuelle. M. de Chevreuse, en philosophe, avait adopté le système commode de la liberté réciproque ; pourvu que ce grand dépensier eût de l'argent pour ses fantaisies nombreuses et ses mignonnes, il se souciait peu du reste. Enfin, M. de Guémenée
1 . Les Jésuites leur en voulaient encore du plaidoyer célèbre que l'avocat Arnauld, père du docteur, prononça contre eux en faveur de TUniversité (juillet 1594).
270 LE RÈGiNE DE RICHELIEU
était trop homme d'esprit pour se tourmenter de vétilles où sa maison et lui-même trouvaient grand profit. Et puis, le monde était si indulgent!
Nous pourrions parler encore deM°*' de Rohan*^ la mignonne et trop séduisante fille du grand Sully, ou encore de Taimable et fantasque marquise de Sablé ^. Sachons nous borner.
La ville suivait l'exemple de la cour, et il est certain que la société — noblesse, clergé, robe^ riche bourgeoisie : le reste ne comptait pas — était à la fois quelque peu grossière et fort galante pour ne pas dire corrompue.
Mais tout excès entraîne sa réaction : la retenue de langage, parfois de conduite, que sut imposer M"® de Rambouillet à la société, choisie quoique nombreuse, qui venait chez elle; l'aimable pruderie des Précieuses; la diffusion, inconsciente mais sensible, des austères principes du jansénisme ne contribuèrent pas peu à atténuer cette licence et exercèrent la plus heureuse influence, non seulement sur les mœurs, mais encore sur la politesse,. Turbanité du langage et des relations sociales.
La grande évolution janséniste, qui eût pu être une révolution, si ses promoteurs n'eussent oublié parfois « qu'il faut de par le monde une vertu Iraitable », est et doit rester en dehors de notre cadre,, mais les Précieuses nous appartiennent.