‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 143 sur 182 · Magdeleine de Souvré · texte numérisé non relu

Magdeleine de Souvré

Madame de Sablé n'est plus visionnaire.

{Les Contreveritez.)

Elles n'ont guère été ridicules que sur le théâtre de Molière ; leur influence fut grande, et la chanson, qui alors ne respecte rien, leur rend un hommage indirect ; un récalcitrant se plaint en& ces termes de leur sévérité :

Précieuses, vos maximes GoDlrecarrent qos plaisirs, Et vous nous faites des crimes Des plus innocents désirs.

Rambouillet et vous, d'Aumale, Quoi ! ne vcrra-t-on jamais L'Amour et votre cabale Faire un bon traité de paix?

Rambouillet désigne probablement ici la Julie- Lucine à qui fut dédiée la célèbre Guirlande : elle n'avait, on le sait, aucune inclination au mariage, et M. de Montausier avant de Tépouser fut son « mourant » de longues années. Nous devons même à cette persévérante adoration ce monument de galanterie précieuse, cette Guirlande de Heurs oii tous les beaux esprits de Thôtel de Rambouillet apportèrent leur tribut sous forme de madrigaux, de sonnets, de poésies légères; quand je dis tous, je me trompe cependant : on y cherche en vain le nom de Voiture ; mais Voiture faisait profession d'être épris de Julie et détestait le trop franc M. de Montausier qui le goûtait peu.

Rambouillet est peut-être encore Angélique- Charlotte, la sœur de Julie, laquelle « étoitundes.

originaux des Précieuses »; et, voyez l'ironie de la destinée : cette Une précieuse eut pour mari un homme fort prosaïque, ce M. deGrignan ^ que son physique, sa moustache ébouriffée et sa réputation avaient fait surnommer le Matou.

Pour M"" d'Aumale, son renom de pruderie était tel que, lorsque M. de Langeais 2 eut, après un retentissant proccis, été séparé de sa femme pour cause d'impuissance, des plaisants le remariaient avec elle.

Dans cette « cabale » des Précieuses, dont Saumaise nous a laissé le catalogue, se distingue la sympathique figure de Parthénie^ Angélique Paulet.

M"" Paulet se fit remarquer à Thôtel de Rambouillet par sa beauté peu banale, son esprit et sa belle voix. Elle se crut obligée à la pruderie à cause de sa jeunesse quelque peu orageuse; mais il n'y avait eu guère de sa faute : le milieu frivole où elle fut élevée, l'encens que les plus grands seigneurs lui prodiguèrent à l'envi, eussent tourné bien des têtes ; et elle eut le grand mérite de revenir, jeune encore, de ses égarements passagers. Ce fut une femme très à la mode et son souvenir mérite d'être conservé.

Elle était fille de ce Paulet, qui donna à Sully l'idée de créer le fameux impôt auquel on donna son nom, la Paulette, et fut admise toute jeune, presque enfant, à la cour de Henri IV. Elle était

1. Il épousa en secondes noces M^'' du Puy du Fou et en troisièmes noces M'^' de Sévigné. Dans ses lettres, sa belle-mère rappelle à plusieurs reprises ce surnom.

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