Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde
6. César-Auguste de Saint-Lary, baron de Termes; spirituel «aais brutal ; il le montra en cette occasion.
Montmorency furent encore de ses adorateurs; et M. de Termes, qui se raillait lui-même de cette belle passion, était peut-être le plus épris. Voyant un jeune Bordelais, M. de Pontac, prêt à épouser la belle, il le lit bâtonner ; un duel en résulta; mais M"" Paulet, outrée, ne voulut plus voir M. de Termes.
Bien plus, elle quitta Paris, la cour, sa mère et se retira à Châtillon où elle vécut dans une austère retraite. Elle fut désormais irréprochable. Sur ces entrefaites, sa mère mourut, lui laissant une situation fort embarrassée; elle dut revenir» Paris, soutenir des procès et sauver les débris de sa fortune. Une femme très bonne et très vertueuse, M"'*' de Clermont d'Entragues, la recueillit chez elle et la présenta à M""*' de Rambouillet.
Il ne lui restait qu'une très médiocre aisance, ce qui ne Tempôchait pas de faire de grandes charités, car elle était foncièrement bonne. On n'en médisait plus et pour cause : M""' de Rambouillet Tadmit chez elle et la traita toujours en amie. Quand M'*' Paulet vint la voir à Rambouillet, la marquise la reçut en princesse : elle envoya à sa rencontre les plus jolies filles du lieu et de sa maison, dans leurs plus beaux atours et couronnées do (leurs; la mieux parée lui présenta les clefs du château, et Ton tira les canons quand elle passa sur le pont.
La marquise n'eut jamais à se repentir d'avoir oublié le passé : la lionne toujours jeune, toujours belle, fut un des ornements de son cercle. Elle devint dès lors VÉlise du grand Gyrus, la Par^
thénie de Saumaiseet eut une cour de « mourants ». Voiture lui en donnait sept, qu'elle laissait tranquillement mourir du reste. L'un d'eux, le cardinal de La Valette, l'appelait en riant « ma maîtresse », mais il n'avait d'autre passion au cœur que son violent amour pour M"*' la princesse, et on le savait. Le prévôt de Paris, Saint-Brisson*, ne cachait pas son adoration. Elle se laissa adorer sans encourager le moins du monde les adorateurs.
Mais il ne fallait pas la blesser : la lionne avait des gritfes, et Voiture, assez mal élevé, parfois mauvais plaisant, l'apprit à ses dépens; ce fut peut-être la seule personne à qui elle tint longtemps rigueur. Il avait pourtant, avec plus de
1. Louis de Saint-Brisson, un Séguier : certains vaudevilles le traitent de « cheval ».
Le gros Saint-Brisson, Cheval de Lorraine, Aura pour étrenne Des coups de bâton.
Il avait le malheur d'avoir pour valet un nommé TAvoîne et comme lieutenant à la prévôté un nommé d'Osson : on disait que le matin il demandait Tavoine et dans la journée du son; un couplet se terminait ainsi :
Et le gros Saint-Brisson Demandait pour tout vivre De l'avoine et du son.
Un autre chansonnier disait de lui :
Je jure par le bœuf, Le cheval du Pont-Neuf Et la porte Dauphine, Que le gros Saint-Brisson Dépense plus en son Que GuiWâume en farine.
Guillaume est ici le fariné Gros-Guillaume. Voir p. 73.
bonne volonté que de talent, célébré dans ses chansons sa voix et sa beauté :
Dans le fond d'un bois antique, Un rossignol disputa Sur ut, ré, roi, fa, sol, la, Avec la belle Angélique.
Mais le rossignol perdit Au doux son qu'elle épandit.
La beauté d'Angélique
Est unique, Et ses yeux, nos vainqueurs.
Ont un secret magique Pour gagner tous les cœurs.
comme dans sa lettre-chanson à M"^ de Rambouillet :
Arthénice^ où je contemple
Tant de miracles divers,
Les autres ont eu des vers
Mais à vous il faut un temple.
Il sera fait dans un an
Et déjà j'en ai le plan :
Frère Claude 2, l'héroïque, En sera le sacristain, Chapelain le chapelain :
Et l'Angélique Angélique Nuit et jour y chantera Les hymnes qu'il vous fera.
1. L'anagramme du prénom de la marquise, Catherine; Malherbe l'avait ainsi nommée :
Celle pour qui j'ai fait ce beau nom d'Arthénice.
2. Le maître d'hôtel de M"*" de Rambouillet, un niais, à qui des Réaux consacre une amusante historiette. — Chapelain, l'auteur de la Pucelle,
Angélique Paulet avait introduit à Thôtel de Rambouillet le poète Godeau, le futur évoque de Grasse qui avait et garda pour elle la plus tendre amitié. Apprenant qu'elle était fort malade en Gascogne, il vint exprès de Grasse, malgré la distance et les difficultés de ce long voyage, pour Fassister à ses derniers moments; et, quand elle fut morte, il composa sur son amie une élégie touchante.