LE ROI
Ce fut un étrange personnage que ce roi. Dans ses Mémoires, Saint-Simon — besogne ingrate!
— tâche h le grandir, et Ton ne saurait Ten blâmer ; c'est par reconnaissance : il n'oublie pas que son père dut h Louis XIII ce titre héréditaire de duc et pair, dont il se montre si vain en toute occasion car c'est le plus élevé dans la hiérarchie sociale après celui de prince du sang ^ Mais de toute l'apologie de Saint-Simon, l'on ne peut guère retenir que ceci : Louis XIII montra certain courage, de la fermeté en face de réels dangers et fut parfois de bon conseil. C'est tout.
En réalité, la futilité constituait, avec une timidité sournoise et quelque méchanceté, le fond de son caractère. Nul roi — tout en se montrant fort jaloux des prérogatives royales — ne fut moins
1. Le titre de prince érigé ne donnait pas de rang comme un simple brevet de duc. H y avait en France une dizaine de principautés : Guémené, Enrichemont, Bidache, Chabanais, Marcillac.
roi que lui, et consciemment : car ce roi fainéant, convaincu de son impuissance, eut le mérite de déléguer une autorité trop lourde pour ses faibles mains à un maire du palais qu'il jugea, sainement, capable d'affermir cette autorité et de Texercer pleinement. Nous avons vu comment, en quelles circonstances, et n'y reviendrons pas K
Louis XIII était futile, mais ce n'était point tout à fait de sa faute. Concini et la reine mère, voulant disposer en maîtres du pouvoir, l'avaient systématiquement tenu en dehors des affaires. Chasser devint sa grande distraction ; et tous ceux qui contribuèrent à satisfaire ce goût furent ses favoris. 11 aimait tout ce qui se rapporte à la chasse : les chevaux, les chiens, les oiseaux, les armes. C'était le thème favori de ses conversations, même avec ses pseudo-maîtresses 2.
Ses premières sympathies allèrent ainsi à ses palefreniers, à ses piqueurs. Saint-Amour, son cocher, avait toute sa confiance. Quand il fut question de son mariage avec Anne d'Autriche, ce jeune prince de quinze ans envoya secrètement à Madrid le père de ce Saint-Amour afin qu'il le pût renseigner de visu sur le physique de sa fiancée dont on disait beaucoup de bien.
Haran, son valet de chiens, eut aussi grande part à ses bonnes grâces.
Luynes, l'un des derniers fauconniers de France, se montra fort habile à dresser les petits oiseaux :