Concini
De Noyers n'esl qu'un valet complaisant pour le bien comme pour le mal :
SoD âme est égale à sa mine ;
Elle est petite, faible et flne.
Brézé, La Meilleraye, qui viennent d'être battus,
sont des héros
Qui nous délivrent de nos maux.
Enfin les infirmités physiques ne trouvent point grâce devant Tauteur. Il gratifie comme de juste le cardinal de Tépithèle malséante que nous avons reproduite trop souvent, et, faisant allusion à la gibbosité des malheureux Coislinet Pont-Courlay, il prétend que
Ces deux bosses couvrent la France I
Ce court résumé permet d'avoir une idée de ce grossier monument de haine parfois volontairement injuste.
LES VERS HÉROÏQUES DU COMTE d'eSTLAN SUR l'entrée des ennemis en FRANCE (l636)
sont de tout autre qualité; Tauteur est un grand seigneur lettré ; il est le fils du maréchal de Saint- Luc, le petit-fils du mignon de Henri III, et Ta même rappelé sans vergogne à propos de Barradas ; il a la vivacité d'esprit de son oncle Bassompierre avec la malice en plus ; mais il ignore le respect,
et ses railleries le font craindre et aimer. N'estelle pas charmante en sa concision Tépitaphe anticipée qu'il a faite pour son père':
EafiQ Saiat-Luc ici repose Qui ne fit jamais autre chose ?
Bassompierre, dans sa splendeur, en avait fait un abbé — drôle d'abbé qui composa mille et une vilenies pour ne pas dire pis — ; il brûla, il est vrai, à sa mort, à peu près tout ce qu'il avait écrit, et l'on ne trouve presque plus rien de lui^. Des Réaux lui-môme, si curieux de littérature contemporaine, n'a pu se procurer les Vers héroïgnes dont il a pourtant entendu parler.
La disgrâce et l'emprisonnement de Bassompierre, son protecteur, lui firent haïr Richelieu. Il avait composé l'histoire satirique des cinq premières années de son ministère ; et les Vers héroïques auraient probablement chanté sa chute qui semblait imminente.
Après un court préambule consacré à nos revers en Picardie, Estlan éprouve le besoin de dédier ses vers au cardinal, et en bons termes :
Incomparable prince, Eminent Richelieu Que mon œuvre naissante invoque comme un Dieu, Je ne saurais sans vous votre histoire décrire iNi manquer de fureur si la vôlre m*inspire.
1. Il mourut quelques jours après lui, en 1644, d'une chute de cheval.
2. Le manuscrit 19145 renferme d'assez belles stances, malheureusement le rythme en est peu harmonieux.
Déclarez-vous parrain de cos enfants trouvés r ' Aucun n'en médira si vous les recevez ;
Ils pourront délier la censure ennemie j De Tasuier commissaire * cl de TAcadémie,
; Dont on voit bien souvent un auteur accablé
Faire un long repentir au logis de Tremblay 2
Il conte ironiquement comment fut déclarée la I guerre Tannée précédente, et comment Tinvasion
I vint tirer le ministre de sa douce quiétude :
Déjà Tan révolu avait fini son tour i Parmi tous ces débats, lorsqu'on vit à la cour
; Arriver un courrier qui vint tout hors d'haleine,
; Le paquet à la main, demander la Folène 3,
î Dit qu*il veut sans délai parler à Monseigneur,
j Et par son insolence il témoigne sa peur.
! Il passe l'antichambre, et, d'une épaule forte,
{ Choquant maint cordon bleu, parvint jusqu'à la porte.
Le démon de l'Etat enfermé là dedans ^î Y jouait à première-* avec ses confidens.
Le courrier en tremblant lui conta la nouvelle I : Que le camp espagnol entourait la Capelle,
Et que le gouverneur, de frayeur éperdu, [ Ou de force ou de peur serait bientôt rendu.