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amour, malgré la maison de France, malgré le duc de Lorraine. Lors de son second exil volontaire, il Tavait enlevée de nuit, déguisée en page de sa suite ; et elle ne manquait jamais de rappeler à M. de Beauvau un piquant épisode de cette fuite nocturne. Fort empêtrée dans son déguisement, en proie d'ailleurs à une émotion bien naturelle, la pauvre jeune femme s'acquittait mal de son office. M. de Beauveau, qui la suivait, la prit pour un page en ébriété, Tadmonesta vertement et, pour la faire marcher droit, appuya ses paroles d'un malencontreux coup de pied vous savez où ! Elle ne lui en voulut nullement d'ailleurs, mais le bon M. de Beauvau lui en fit des excuses toute sa vie.
Richelieu voulut donc faire rompre ce mariage : une réunion d'ecclésiastiques consultée à ce propos lui donnait raison ; seul, l'austère Saint- Cyran, le grand Janséniste, n'admit point que des raisons d'intérêt purement humain pussent entrer en balance avec la sainteté d'un sacrement irrévocable; il y gagna d'être emprisonné à Vincennes.
Gaston, de son côté, ne voulut point entendre parler de rupture et les choses en restèrent là.
La satire virulente et ordurière des Mil vers se fait Técho de l'opinion publique, en traitant d'infamie cette prétention
De dissoudre un saint mariage Pour faire un ridicule ouvrage, Pour faire reine Conibaiet, La veuve d'un pauvre argoulet.
La postérité d'un notaire, L'hermaphrodite volontaire, L'amante et Tamanl de Vigean * La princesse au teint de safran...
En désespoir de cause, et n'ayant pu faire de sa nièce une princesse ni une reine, Richelieu acheta pour elle la duché-pairie d'Aiguillon et elle en prit désormais le titre.
Oncle et nièce vécurent toujours dans la plus étroite intimité ; elle était reçue par le cardinal à toute heure; il la consultait môme parfois, car elle ne manquait ni d'esprit, ni de sens. Elle venait le voir en toilette assez galante ; ses corsages échancrés laissaient entrevoir la naissance d'une belle gorge qu'elle couvrait d'un bouquet, il est vrai : mais, comme son oncle aimait beaucoup les fleurs, le bouquet avait disparu quand elle se retirait. Lui-môme, avant de se coucher, lui rendait régulièrement visite. Sortant un soir assez tard de chez M""" de Chevreuse : « Ne laissons pas, dit-il, de passer chez ma nièce ; car que diroit-elle, si je n'y allois ? » Ces privautés ne paraissaient pas naturelles ; on les commentait sans bienveillance, joint que la fierté de la dame, ses dédains, son caractère impérieux, son avarice lui avaient valu bien des ennemis, comme sa fortune, des envieux. Qu'on s'étonne après cela si elle a passé pour la maîtresse du cardinal. Le courtisan
1. On trouvera, au cours de l'étude, l'explication de toutes ces imputations. 11 s'agit ici d'Anne de Neubourg, baronne de Vigean, mère de la chaste et charmante jeune fille que l'amour de Condé rendit célèbre.
le chuchotait, le public le disait, la chanson le <;lamait sans vergogne : nous venons de le voir. Mais le plus enragé contre elle était son •oncle Brézé : il était amoureux de sa nièce et follement jaloux de son beau-frère. D'après lui, les trois petits Vignerot^ neveux de la duchesse qui héritèrent du nom et du titre de Richelieu, étaient bel et bien les fils qu'elle avait eus du cardinal : il entrait dans mille détails sur leur naissance, leur supposition, leur éducation ; il lui en donnait même un quatrième : « Oh ! dit la reine, il ne faut jamais croire que la moitié de ce que dit M. de Brézé! » On en fit une jolie épigramme :
Philis pour soulager sa peine ; Se plaiguait hier à la reiae Que Brézé disait haulemeut Qu'elle avait quatre Ris d'Armand.
Mais la Reine d'un ton fort doux, Lui dit : u Philis, consolez-vous.
Chacun sait que Brézé ne se plaît qu'à médire ; Ceux qui pour vous ont le moins d'amitié, Lui feront trop d'honueur de tout ce qu'il peut dire De ne croire que la moitié. »
Un jour que Richelieu, assez mauvais plaisant, raillait sur le compte de M"** d'Alais^, en présence du bailli de Valençay, oncle de la dame : « Par- <lieu, dit vertement celui-ci, il ne faut pas croire
1. Richelieu avait fait de son neveu Vignerot du Pont-de-Courlay, personnage assez effacé, le général des galères. Pont-de- Courlay était bossu, assez niais et ne ressemblait en rien à sa sœur.
2. Henriette de La Châtre, fille de la maréchale de La Châtre, une d'Estampes-Valençay.
loiit ce qu'on dit, ou bien il faudrait croire que vous couchez avec voire nièce! » et le cardinal resta déferré.
M"* d'Alais, à la vérité, avait quelque peu défrayé la chronique scandaleuse ; c'était une belle et imposante personne*. Comme elle se remaria sur le tard avecM. de Rhodes, et secrètement — pour garder son rang, car son mari était le petit-fils du roi Charles IX et de Marie Touchet — M""'' de Rambouillet rappelait en riant « le colosse de Rhodes ». Dans sa jeunesse, les chansons ne l'épargnèrent pas : un couplet gaillard sur elle et M"* de Chalais causa la mort de M. de Pontgibaud^; le voici à titre de curiosité.
Pongibaud se vante
D'avoir vu la...
De la comtesse d'Ahis
Qui aime fort les ballets,
Et dit qu'elle est plus charmante
Que celle de la Ghalais ;
et ce grand amour des ballets a aussi inspiré b* couplet suivant :
Que lagrand'comtesse d'Alais Soit ua beau cheval de relais, Que chacun la... à sa guise, Et qu'on l'ait trouvée dansant Une sarabande en chemise; Tout cela m'est indifférent!
1. Son père, le maréclial de La Châtre Nançay était un fort bel homme. « Avaugour et Nançay sont devenus étiques. » {Les Contrevéritez).