‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 63 sur 182 · Diane d'Estrées · texte numérisé non relu

Diane d'Estrées

2. On donnait pour amants à M"" de Villars, M. de Chevreus& et le très riche partisan Moisset, qui bâtit Ruel, le séjour de prédilection de Richelieu.

et qui fit un duc de son benêt de mari, poursuivit publiquement un Père capucin de ses assiduités; mais le capucin, le P. llenri de Lagrange- Paiaiseau, lui résista vertueusement; cela fit quelque bruit. M"'" de Nant et de Sanzay furent honnêtement décriées. Enhn la dernière sœur, Angélique d'Estrées, abbesse de Maubuisson, mena une fort joyeuse vie : Maubuisson devint le rendez-vous de la plus galante compagnie ; ce fut en s'y rendant pour la voir, que le maréchal de Roquelaure* perdit un œil; une branche lui fouetta la ligure et une épine léborgna.

Chose étrange, cette abbesse si frivole, si mondaine, devait élever près d'elle la plus austère des réformatrices, la célèbre mère Angélique de Port- Royal (Marie- Jacqueline Arnauld). Angélique d'Estrées aimait beaucoup la petite Jacqueline, que son père lui avait confiée. O^iand cette enfant reçut la confirmation, Angélique voulut être sa marraine et lui donna son propre prénom. N'estil point piquant de voir grandir dans ce milieu plus que frivole cette sévère personne qui incarnera toute la rigidité, toute rinirailable vertu du Jansénisme? Elle débuta d'ailleurs, dans sa car-

1. Antoine, baron de Roquelaure, très attaché à Henri IV. Cet accident lui valut une jolie malice de la part d'une harengôre. Il était dans le carrosse du roi qui, par suite d un embarras de voitures, s'arrêta près de la barque de cette femme : « Vous avez là de beaux maquereaux, ma commère », dit le maréchal, « savezvous seulement reconnaître les mâles des femelles?» — «Rien de plus aisé, Monsieur, les mâles sont borgnes. » Le piquant, c'est qu'on accusait le bon maréchal d'avoir rendu quelques services intimes à son mallreet ami, de lui avoir, à l'occasion, servi de porte-parole.

rière de réformatrice, en faisant enfermer aux filles repenties la trop aimable Angélique d'Estrées : qu'on se rassure sur son compte, elle n'y resta pas longtemps.

Leur frère, le maréchal d'Estrées, — celui-là même qui eût été cardinal sans la mort de son aîné et qui passa le chapeau à son cousin de Sourdis, — le maréchal ne valait pas mieux que ses sœurs, disait-on : on les avait surnommés les sept péchés capitaux. Une dame fort spirituelle, M""* de Neufvic^ grande amie de M°' de Bar, la sœur de Henri IV, composa cet impromptu en voyant passer Tenterrement de Gabrielle :

J'ai vu passer par ma fenêtre Les six péchés mortels vivants, Gooduits par le bâtard d'un prêtre 2, Qui tous ensemble alloient chantant Un requiescat in pace Pour le septième trépassé.

Le souvenir de ce beau surnom resta vivace :

près d'un siècle après la mort de Gabrielle, le très dévot duc de Charost^ le rappela devant toute la cour au duc d'Estrées avec qui il s'était pris de querelle, à propos d'une frasque un peu bien forte du comte de Béthune, parent de Charost :

« Ils se prirent de paroles, le duc de Charost et lui ; c'était le jour de Notre-Dame. Le duc d'Es-

1. OA trouve d'elle dans divers manuscrits des impromptus assez piquants.

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