Henri Goiffier-Ruzé d'Efûat, marquis de Cinq-Mars
2. On appelait ainsi le grand écuyer et, par conséquent, Cinq- Mars.
cardinal, eût voulu attirer à lui Boisrobert, en faire son espion auprès du ministre ; il lui fit des ouvertures non déguisées : « Vous n'avez », lui dit-il un jour, « chassé que moineaux el alouettes, je vous ferai chasser perdrix et faisans » ; puis, il s'emporta contre le cardinal et ses espions h gages. M. Le Grand s adressait mal : rien n'était moins dans le caractère de Boisrobert que ces noirceurs. Cinq-Mars fut donc froidement accueilli ; Boisrobert toutefois ne voulut pas en parler à Richelieu; il ne vit là qu'une boutade de jeune homme, et il ne put se résoudre à lui nuire; il en pâtit lui-môme. Pour couper court à de dangereuses confidences, il évita ostensiblement M. Le Grand, et sa froideur parut suspecte h celui-ci qui, se croyant vendu, trahi, voulut se débarrasser de lui. Il dit au roi pis que pendre de Boisrobert, lui conta par le menu — (le roi se plaisait infiniment aux commérages) — tous le& mauvais bruits qui couraient sur Boisrobert, sur ses mœurs infâmes, etc., etc., si bien que le très chaste (?) Louis Xlll, prenant fait et cause pour M. Le Grand, dit à Richelieu que le pauvre diable déshonorait sa maison.
Au fond, qu'y avait-il devrai dans ces vilaines^ histoires ? Les nombreux ennemis de Boisrobert prétendaient qu'il avait trop d'amitié pour les jeunes pages du cardinal ; quelques apparences étaient contre lui, et cet écervelé ne fit d'abord qu'en rire — à tort ; mais on voulut trop prouver, et le jour où les accusations prirent corps^ se précisèrent, Boisrobert put en public con-
LES AMIS ET LES PROTÉGÉS i2l
vaincre ses ennemis de mensonge, de calomnie. II en resta cependant quelque chose, et il fut de bon ton de railler Boisrobert sur ce chapitre ; il s'en amusait. Ninon de Lenclos, sa grande amie, « sa divine », en riait avec lui. Quand les dévots la firent enfermer aux Madelonnettes, les bonnes religieuses traitèrent si bien Taimable femme, qu'elle lui écrivait : « Je crois que je ferai comme vous : je me réconcilierai avec mon sexe. »
Ninon était d'ailleurs la grande confidente de Boisrobert; un jour que Torage grondait sur sa tête plus menaçant que jamais, il vint la voir tout hors de lui : « Ma divine, je m'en vais me « mettre au noviciat des Jésuites * ; je ne sais plus « que ce moyen-là de faire taire la calomnie. J'y << veux demeurer trois semaines, au bout des- « quelles je sortirai sans qu'on le sache, et on « m y croira encore. Tout ce qui me fâche, c'est « que ces bougres-là me donneront de la viande « lardée de lard rance, et pour tous petits pieds « quelque lapin de grenier. Je ne m'y saurais « résoudre. » Il revint le lendemain. « J y ai pensé, « c'est assez de trois jours, cela fera le môme (( effet. » Le voilà encore le lendemain. « Ma divine, « j'ai trouvé plus à propos d'aller aux Jésuiles^; « je les ai assemblés, je leur ai fait mon apologie, « nous sommes le mieux du monde ensemble, je « leur plais fort, et en sortant, un petit frère « m'a tiré par la robe et m'a dit : « Monsieur, « venez nous voir quelquefois, il n'y a personne