‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 8 sur 182 · Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne · texte numérisé non relu

Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne

le lut, resta un instant rêveur, puis : « Rien ne presse », dit-il, « et la nuit porte conseil. » Là-dessus il se recoucha. Le lendemain, contre son habitude, il se leva et sortit assez tard ; la première nouvelle qu'il apprit fut l'assassinat du maréchal. Ne crut-il pas au complot; ou bien, confiant en son étoile, conscient et de sa valeur et de la médiocrité politique des Luynes et consorts, pensat-il ne pouvoir que gagner à un changement, et dès lors laisser courir les événements? espéra-t-il encore remplacer Concini dans la faveur de la reine mère et par elle arriver au pouvoir suprême? Il est difficile de se prononcer. Quelques présomptions sembleraient toutefois étayer Taffirmation de Brienne :

C'est d'abord la constante bienveillance qu'il témoigna à Ferrier, bienveillance qui alla jusqu a vouloir en faire un secrétaire d'Etat, aloi's que rien dans le passé de cet intrigant — sauf peutêtre sa fourberie — ne justifiait semblable faveur : Ferrier, d'abord pasteur protestant et membre influent du Consistoire de Nîmes, beau parleur mais vide, usant et abusant des larmes, — comme Richelieu d'ailleurs à qui Marie de Médicis le reprochait, — Ferrier passa sa vie à se faire marchander par les catholiques et par les protestants. D'une avarice sordide et d'une cupidité sans bornes ^, il fit une énorme fortune en les leurrant

1. n transmit ces qualités à sa fille qui épousa un autre avare insigne, le lieutenant criminel Tardieu, et fut assassinée avec lui par des voleurs. Ce couple d'avares a été stigmatisé par la X* satire de Boileau.

les uns et les autres, louvoyant de Duplessis- Mornay au cardinal du Perron et vice versa; il écrivit pour et contre, souffla le chaud et le froid ; et enfin, ayant apparemment trouvé son chemin de Damas, il mourut catholique fervent au moment même où Richelieu Tappelait aux affaires .

Il est bien possible que ce personnage, ayant un pied dans tous les camps et de nombreuses relations, ait pu être renseigné; d'autant mieux que certains conjurés manquèrent de discrétion, Vitry lui-même, leur chef, avait pris pour confidente sa maîtresse, M™^ de Noirmoustier — une huguenote — , qui lui avait promis mariage, s'il gagnait à cette entreprise le bâton de maréchal.

D'autre part, une chanson populaire S qui décrit avec force détails son arrivée en enfer et la belle réception que Lucifer en personne daigna •faire à ce prince de TEglise, renferme ce couplet caractéristique :

Feu d'Ancre, le maréchal 2

Aperçoit le cardinal ;

Tout aussitôt, il s'écrie :

« GhaufFcz-le bien, je vous pri^,

Laoïpons, Camarades, lannpons !

Cette animosité, que la croyance populaire prête au maréchal envers son protégé, n'aurailelle point sa source dans la trahison dont le public accuse vaguement Richelieu, trahison qui a pris

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