‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 82 sur 182 · Henri de Beringhen, plus tard premier écuyer · texte numérisé non relu

Henri de Beringhen, plus tard premier écuyer

Il attendit roccasion de se venger, et môme il la fit naître peu après, lors du complot de Chalais, où il trouva moyen de compromettre la reine. Il Taccusa d'abord d'intelligences avec TEspagne : il est possible, en effet, que, dans son abandon, sans appui, sans affection, la pauvre jeune femme ait fait appel à sa famille, à son frère Philippe IV qui Taimait. Mais, grief bien plus grave aux yeux du jaloux Louis XIII, le cardinal s'attacha à prouver au roi que les conjurés en voulaient à sa vie, afin de faire épouser à sa veuve son frère Gaston, Monsieur, rhéritier de la couronne, ce duc d*Anjou qui allait devenir duc d'Orléans par la mort de Chalais. 11 faisait fond pour cela sur de prétendus aveux écrits de la main même de Chalais, aveux qu'il aurait obtenus en allant en personne dans sa prison lui promettre une grâce que le roi se garda bien de faire. Le cardinal s'efforça ainsi de rendre criminelle aux yeux du roi l'amitié très vive et toute naturelle que la reine témoignait ouvertement à son jeune beau-frère, le seul membre de la famille royale qui l'eût traitée avec affection; l'humeur joyeuse, l'esprit enjoué du jeune prince portaient seuls quelque gaieté dans la monotone et mélancolique existence de la reine et faisaient, par contraste, ressortir davantage à ses yeux l'éternelle morosité et l'ennui incurable du roi son mari. Le cardinal implanta si bien ce soupçon dans l'esprit ombrageux de Louis XIII qu'à son lit de mort, seize ans après, le roi y fit encore allusion. La reine fut pour ainsi dire jugée par un conseil de famille et fortement admonestée;

Marie de Médicis, le roi et le cardinal lui reprochèrent son prétendu complot avec l'Espagne; elle nia tout; et, quand on l'accusa d'avoir voulu la mortdesonmari pour épouserGas ton : u Vraiment», dit-elle en souriant dédaigneusement, «je n'aurais pas assez gagné au change ! »

M""* de Chevreuse fut exilée, mais n'en devint pas plus sage.

Richelieu fit encore son possible pour compromettre la reine à propos de Buckingham^ à l'égard duquel elle n'avait point assez caché ses sympathies.

U paraît certain, en effet, que la reine eut pour lui un sentiment fort tendre. La beauté, la magnificence, même les audaces compromettantes du jeune duc le firent éclipser à ses yeux ses nombreux adorateurs : M. de Montmorency'^, le duc de Bellegarde '^j ce don Juan vieilli, lui firent leur cour sans nul succès et Voiture écrivit un couplet sur ce dernier :

L'astre de Roger iNe luit plus au Louvre.

Chacun le découvre Et dit qu'un berger Arrivé de Douvre L'a fait déloger.

Le même Voiture osa, longtemps après (1644), rappeler à la reine ce souvenir de jeunesse, sans

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