‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 84 sur 182 · Saint Vincent de Paul · texte numérisé non relu

Saint Vincent de Paul

dément : « Les grandes joies », disait-il, « parlent peu ! » Ces grandes joies étaient de la rage, et les persécutions allaient recommencer plus violentes^ que jamais. Jusqu'alors, le cardinal, convaincu quele roi n^aurait point d'enfants, avait plus redouté Gaston, Théritier présomptif, que la jeune reine; il ne Tavait tourmentée que par intermittences et quand il Tavait — non sans raisons — soupçonnéede faire cause commune avec ses ennemis. Lorsque Torage grondait trop fort, la reine, qui était sincèrement dévote, se retirait au Val-de-Grûce oîi elle jouissait d'une tranquillité relative; puis, Taccalmie se faisant, elle revenait à la cour, comme si de rien n'était.

La naissance du dauphin, en rejetant Gaston au second plan, la rendait redoutable, et l'éventualitéde la mort de Louis XIII tourmenta plus que jamais le cardinal : forte de sa maternité, la reine devenait régente. Richelieu redouta peut-être moins des représailles contre lui que de voir compromettre, par la faiblesse d'une régence, la grande œuvre à laquelle il s'était voué corps et âme. Il voulut donc se débarrasser de cette personnalité gênante dans le présent, dangereuse pour l'avenir, et songea un temps à la faire répudier. M"* d'Aiguillon l'en empêcha, ce qui peut expliquer la considération constante que la reine marqua à la nièce bien-aimée de son persécuteur.

II n'est point interdit d'admettre que, ce moyen brutal et offensant écarté, le cardinal ait pensé l'obliger, en l'accablant de dégoûts, h s'exiler d'elle-même; ce moyen lui avait bien réussi avec

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Marie de Médicis, et il faillit lui réussir encore. Ses persécutions devinrent donc plus violentes que jamais : Taccusant toujours de trahir la France pour sa patrie d'origine, la traitant en criminelle d'Etat, il lui fit formellement interdire de correspondre avec son frère Philippe IV; il lui fit défendre de voir l'ambassadeur d'Espagne, M. de Mirabel. Dans un moment de juste colère, la reine dit imprudemment que son frère la vengerait de ces indignes traitements; pour peu, «elle eût montre du chagrin des prospérités de la France ». Elle se retira encore au Val-de-Grâce, son refuge habituel ; mais, cette fois, on ne l'y laissa point tranquille. Le cardinal « faisait indécemment surveiller la reine ». Il apprit donc que, malgré les défenses, M. de Mirabel était venu la voir en secret ainsi que le duc de Lorraine ; il sut que La Porte, un officier d'Anne d'Autriche, qui lui était dévoué k mourir pour elle, lui servait d'intermédiaire direct avec la cour d'Espagne. La Porte fut arrêté, on n'en tira rien. Le chancelier Séguier fut alors chargé d'aller interroger la reine au Val-de-Grâce; il ne se contenta pas de l'interroger, il fouilla minutieusement dans sa cellule ; enfin, il osa porter la main sur elle pour voir si elle n'avait point caché dans son corsage quelque papier compromettant. Cette brutale hardiesse de Séguier fit grand bruit; et pourtant Anne d'Autriche a toujours par la suite fort bien traité le chancelier : elle l'a fait comte de Gien, duc de Villemor, pair de France ; on ne peut expliquer cette bienveillance, anormale chez une personne assez vindicative, que par une hypo-

thèse : pour faire sa cour au cardinal, Séguier porta en public la main sur la reine ; mais, pour la ménager et réserver Tavenir, l'habile homme laissa, où elle se trouvait, la lettre dangereuse; et Anne d'Autriche lui sut plus de gré de sa discrétion qu'elle ne fut offensée de sa violence*.

Ces procédés exaspérèrent la hautaine Espagnole ; elle résolut de s'enfuir à Bruxelles (1639) : Le prince de Marcillac^, alors âgé de vingt ans, devait ïy conduire en croupe; M""' de Hautefort les eût accompagnés, pendant que, de son côté. M"* de Chevreuse, alors exilée à Tours, se serait rendue en Espagne pour les rejoindre ensuite. Tout était prêt, quand Anne d'Autriche — probablement sur les avis de son frère, peut-être par les conseils de Mazarin, ou encore, effrayée par les conséquences possibles de cette fuite et par l'exemple de Marie de Médicis — revint au dernier moment sur sa délermination.

Seule, M"* de Chevreuse, prévenue. à tort, prit le chemin de l'exil ; elle s'enfuit déguisée en homme et manqua d'être prise; une indisposition mensuelle faillit la trahir : elle prétendit avoir été blessée en duel et que sa blessure s'était rouverte.

Le vieux gentilhomme, que M. d'Epernon avait

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