‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 86 sur 182 · LA PRINCESSE LOUISE-MARIE DE GONZAGUE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE LOUISE-MARIE DE GONZAGUE

Eut, elle aussi, l'honneur d'être distinguée par le cardinal. La princesse Louise-Marie, ou plus simplement Marie, qui fut reine de Pologne, était fort belle et l'enfant gâtée de la maison de Nevers. Monsieur avait voulu l'épouser, et, pour couper court à cette amourette, Marie de Médicis avait envoyé la princesse réfléchir quelques jours dans

la prison de Vincennes sur les inconvénients d'être recherchée par un fils de France. Elle en sortit d'ailleurs sur la promesse qu'elle fit d'être bien sage.

Un jour qu'elle avait demandé audience au cardinal, il resta dans son lit et fit écarter tout le monde. Il Taccable de compliments, se confond en protestations; il lui prend tendrement les mains à deux reprises; et, comme il devenait pressant, la princesse effarouchée le planta là sans lui avoir même exposé l'objet de sa demande.

Une laissa pas de la bien traiter lors delà conspiration de Cinq-Mars, dont elle causa inconsciemment la perte. Cinq-Mars,eneffet,futamoureux d'elle, ou plutôt feignit de l'être, car les familiers de la maison de Nevers disent qu'il ne l'aimait que par vanité; il ne se gênait nullement pendant cette intrigue pour aller voir M"* de Chémerault et lui promettre mariage. Cinq-Mars ne déplaisait pas à la princesse qui, s'il eût été plus qualifié, l'eût épousé, bien qu'il fût plus jeune qu'elle ; elle le lui dit, et cela lui tourna la tête. Les Coiffier d'Effiat étaient en effet de noblesse récente* et, quoique favori de Louis XIII et grand-écuyer de France à vingt ans, Cinq-Mars était un trop mince gentilhomme pour aspirer à cette alliance princière ; il voulut se grandir et avoir la duchépairie. Richelieu jugea avec raison que l'office de mignon du roi ne méritait pas cet honneur. Il s'y opposa formellement, et le jeune ambitieux

Page 1