‹ Le grand siècleChapitre 12 sur 17 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

I. La succession d'Espagne. — II. La guerre. — III. La fin du grand Roi.

Lorsqu'en 1665 le fils tardif de Philippe IV monta sur le trône d'Espagne, il paraissait assez qu'il ne pourrait vivre longtemps. Agé de quatre ans, Charles II était un enfant rachitique, rongé de scrofule et de fièvre, dégénéré, qu'on n'avait pu encore sevrer de sa nourrice, qui parlait à peine et ne marchait qu'en lisières. Or cet avorton régna durant trente-cinq ans. Le visage étonnamment maigre et allongé, le nez lourd, la lèvre pendante, le front fuyant, le cheveu rare et d'un blond décoloré, illettré, inquiet, usant ses journées à jouer aux jonchets avec ses nains, incapable par anémie intellectuelle de s'appliquer à rien, ce pauvre homme sentait du moins la grandeur de la tradition qu'il incarnait, et son orgueil, sa gravité, sa dévotion aussi, lui valaient malgré tout le cœur de son peuple. Marie-Louise, sa première femme, étant morte subitement en 1689, il avait épousé la même année une fille de l'Electeur-Palatin, Marie-Anne de Neubourg. C'était une fraîche Allemande de vingt-deux ans, coquette, ambitieuse et violente. Le débile Charles II l'aimait de toutes ses forces qui n'étaient pas grandes, et les émotions diverses que lui procurait cette passion le rapprochaient chaque nuit du tombeau.

L'Espagne semblait presque aussi mourante que son roi. C'est à peine, à cette époque, si 20 à 30 000 soldats en haillons, mendiant ou volant afin de vivre, lui demeurent pour défendre les restes de la Flandre, le Milanais, Naples, la Sicile, la Sardaigne, les présides d'Afrique, les Canaries, une partie de l'Océanie et des Antilles avec Cuba, enfin l'Amérique du Sud entière, sauf le Brésil ou la Guyane. Néanmoins il ne manque pas de princes qui aspirent à recueillir, à la mort de Charles lî, cet immense empire en ruines et les vingt-deux couronnes des souverains d'Espagne. Trois d'entre eux surpassent les autres tant par leurs forces que par leurs droits '.

1" Le Dauphin réclame la succession à cause de sa mère, Marie-Thérèse, fille de Philippe IV et sœur aînée de Charles II, ou même à cause de sa grand'mère, Anne d'Autriche, sœur de Philippe IV; ces deux princesses ont bien renoncé au trône d'Espagne lors de leur mariage, mais leurs renonciations peuvent être regardées comme nulles parce que la loi de succession au trône ne saurait être modifiée par

1. Les autres prétendants sont : le duc de Savoie, le roi de Portugal et le duc d'Orléans.

Anne

épouse

Louis XIII

Page 1