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Parce qu'il était né sous le signe de la Balance

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véritablement roi de France, Louis se rendit lui-môme en Béarn et y fit de force rouvrir les éijlises.

Il n'était pas revenu à Paris qu'une assemblée générale des protestants se réunissait, en dépit de sa défense, à La Rochelle. Et, le 10 mai 1621, elle votait la division de toute la France en huit « cercles », commandés par des chefs qui administreraient avec l'aide des conseils provinciaux, lèveraient des armées en temps de guerre et percevraient les impôts aux lieu et place du Roi. Ces résolutions qui établissaient à grand fracas, au sein du royaume, une « république minutée à la hollandaise », et formée spécialement contre le Roi, c'est-à-dire contre la France même, auraient été très graves si elles eussent été réalisables; en fait, elles ne changeaient rien à la situation. Mais, le 27 mai, Louis XIII ne put que déclarer criminels de lèsemajesté l'assemblée de La Rochelle et ceux qui la soutiendraient. Puis il se mit lui-même à la tête de ses troupes avec son favori, Luynes, qu'il venait de faire connétable, occupa Saumur, prit Saint-Jean-d'Angély, conquit Clairac, s'empara en quelques mois de cinquante villes fortifiées, et mit enfin le siège devant Montauban; cette place forte tombée, il ne resterait plus guère aux réformés que La Rochelle.

La plupart des grands seigneurs huguenots avaient refusé de s'associer à l'assemblée : pour être protestants, ils n'en étaient pas moins nobles, et leurs intérêts ne se trouvaient pas les mêmes que ceux de la masse du parti, qui tendait fort nettement à une sorte de république théocratique et oligarchique. Mais La Force et Rohan accom'urent à Montauban. Pendant que le premier défendait courageusement la ville avec le consul Du Puy, le second escarmouchait contre les assiégeants et ravitaillait les assiégés. Au contraire, les opérations de l'armée royale étaient assez mollement conduites par le nouveau connétable — qui n'avait, dit Brienne, « jamais tiré l'épée que contre les cerfs et les sangliers », — en sorte que, après trois moi.^ d'efforts infructueux.

Louis XIII dut lever le siège sans aucune gloire, au?c approches de l'hiver.

Ce lui fut une cruelle humiliation, et dont il garda rancune à son favori, car son amour-propre était particulièrement sensible aux insuccès militaires. D'ailleurs, Luynes n'avait pas assez ménagé sa susceptibilité, durant ces derniers mois. Il semblait même que la connétablie eût tout à fait tourné la tête au favori : maintenant il parlait au Roi « le bonnet sur l'oreille », le contredisait en s'écriant : a Tout beau. Sire! », citait derrière son dos la puissance des maires du palais, l'humiliait en donnant plus d'argent que lui. Si bien que Louis XIII « fut enfin frappé des dimensions de ce colosse formé tout à coup », comme dit Saint-Simon. En tout cas, il commençait de tirer bien souvent ses familiers dans les embrasures des fenêtres, pour leur confier que le connétable (devenu aussi garde des sceaux) voulait « faire le roi », — ^ et ceux-ci ne se dépensaient apparemment point en grands efforts pour lui persuader le contraire. Bref, la faveur de Luynes commençait de décliner rapidement.

Aussi bien, à cette heure, tout le monde l'attaquait et les libelles contre lui pullulaient. Les pamphlétaires raillaient cruellement sa couardise : à Montauban, racontaient- ils, M. de Luynes n'a jamais osé s'approcher des remparts jusqu'à portée des canons, mais, réfugié derrière une colline, — surnommée le « plastron du connétable », — et se souvenant qu'il était garde des sceaux, il « s'amusoit à sceller pendant que les autres étoient aux mains ». Même le parti catholique, dont il avait toujours soutenu la politique au Conseil, se déchaînait à présent contre lui. Il réussit encore à faire renvoyer le confesseur du Roi, le P. Arnoux. Mais il était à la veille de sa propre disgrâce quand il moru-ut de la fièvre pourpre (scarlatine ou rougeole), devant la petite place de Monheurt qu'il assiégeait, le 15 décembre 1621. Son ami le Roi ne le regretta guère. Sa veuve se remaria quelques mois plus tard au duc de Chevreuse. « Quand on porta son corps pour être enterré, je crois, à son duché de

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Luynes*, raconte Fontenay-Mareuil, au lieu de prêtres qui priassent pour lui, j'y vis de ses valets jouer au piquet sur son cercueil, pendant qu'ils faisoient repaître leurs chevaux. »

A la mort de Luynes, Louis XIÎI s'était bien promis que désormais « il agiroit par lui-môme sur toutes les affaires de l'Etat, comme il faisoit à cette heure ». Le souvenir de l'échec de ivlontauban lui cuisait encore : en brave soldat qu'il était, et contre le sentiment de tous ses conseillers, sauf Condé, il marcha droit à l'ennemi. Soubise, le frère de Rohan, avait remporté quelques succès dans l'ouest : le Roi le culbuta à l'île de Riez. Après quoi, Louis s'empara de Royan, reçut en Quercy toutes les places de Sully qui les lui rendit, prit Négrepelisse, Saint-Antonin, et mit enfin le siège devant Montpellier. G'étaitun des boulevards du protestantisme. Les assiégés, — aidés par Rohan qui escarmouchait aux alentours de la ville, comme il avait fait à Montauban, —se détendirent si bien qu'au bout de six semaines l'armée royale semblait à bout de forces. C'est pourquoi, quand Lesdiguières, nouvellement converti, proposa sa médiation, il fallut bien l'accepter. A Montpellier, fut signé un nouveau traité entre le Roi et les protestants ses sujets (octobre 11)22).

Richelieu continuait de diriger à sa guise la politique de la Reine-Mère, plus que jamais engouée de lui. Mallieureusement Louis XIII, lui, ne pouvait souffrir M. de Luçon, et il ne se faisait pas faute de « lancer des brocards ^> à sa mère sur ce favori dont l'ambition ardente l'inquiétait. Mais elle, tôtue à miracle, défendait son Richelieu contre tous, et, sans se décourager, inlassablement, elle sollicitait pour lui. Jusqu'ici, elle n'avait pu encore le faire cardinal : Louis

■1. Luynes fut inhumé à Amboiso.

n'»vait travaillé qu'à contre-cœur à réaliser la promesse qu'on lui avait arrachée au traité d'Angoulème; de leur côté les ministres, surtout le vieux Brùlard de Siliery et son fils, Puisieux, étaient secrètement opposés à ce que cet inquiétant évêque reçut la pourpre : eux aussi sentaient pour Richelieu cette antipathie qu'il inspira, durant toute sa vie, à presque tout le monde... Mais lorsque, après le traité de Montpellier, qu'il avait déconseillé, le prince de Condé s'en fut allé bouder en Italie, ils n'osèrent plus jouer la Reine-Mère : en septembre 1622, dans une modeste auberge, M. de Luçon apprit, avec une joie si ardente qu'elle perce malgré lui dans sa correspondance, qu'il était enfin cardinal.

C'est ainsi, peu à peu, qu'on le voit s'imposer, mais avec quelle peine ! « J'ai eu ce malheur — dira-t-il plus tard sans aucune modestie, — que ceux qui ont pu beaucoup dans l'iitat m'en ont toujours voulu, non pour aucun mal que je leur eusse fait, mais pour le bien qu'on croyait être en moi ». Silierv, Puisieux étaient notoirement insuffisants : conduite par eux, la France se déconsidérait pai^ la faiblesse de sa politique extérieure, en Allemagne, en Valteline, partout. Et cela, le Roi le savait, car chaque jour, Marie, bien chapitrée, répétait au Conseil les leçons de son grand ami. Mais Louis XIII, ombrageux et craignant toujours d'être mené, ne pouvait vaincre la méfiance que lui inspirait cet homme dont tout le monde à la Cour détestait comme lui la supériorité impérieuse. En vain voit-on l'orgueilleux cardinal se faire prévenant, souple, modeste, insinuant, rassurant; en vain l'opinion publique (qu'il subventionne) le réclame-t-elte; en vain son mérite éclatant impose-t-il à chacun ; en vain la Reine-Mère, entêtée, revient-elle toujours à la charge : quand le Roi se décide enfin à disgracier les Brûlart (janvier-février 1624), il n'accorde pas même au nouveau cardinal l'entrée au Conseil, et c'est La Vieuville qui devient le principal ministre. — Seulement, voilà que les affaires étrangères se compliquent encore. Q i^

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faire? Les avis de ce Richelieu si vanté seraient bien nécessaires... Alors La Vieuville croit avoir trouvé le moyen de se servir de lui sans l'admettre au Conseil : il |,ropose de lui donner la présidence d'une sorte de Conseil secondaire, au-dessous de celui du Roi, le « Conseil des dépêches ». Malheureusement le Cardinal, qui se sait indispensable, n'a garde d'accepter un poste où il aurait la responsabilité sans avoir la liberté... Et le 29 avril iG24,à Compiègne, sur les deux heures de l'après-midi, il faut bien que Louis XIII appelle au Conseil et présente à tous son nouveau ministre, M. le cardinal de Richelieu. — Quatre mois plus tard, le nouveau venu, devenu le maître, mettra La Vieuville à la porte.

Ouvrages A consult?:k : Mémoires de Bricnne. Fontenay-Mareuil. La Force, Ponlcharlrain, Riche'ieu, Rohan. Journal d'Héroard. Relazioni degli ambasciatori veneti nel secolo deeimo settimo. pub) par Barozzi et Berchet.

Vicomte d'Avencl, Richelieu et la monarchie absolue (1884-90). — L. Batiffol, Au temps de Louis XIII (1904) ; La vie intime d\me reine de France (1906); Le roi Louis XIII à 20 ans (1910).— G. Fagnioz, Le P. Joseph et Richelieu (1894) . — G. Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu (1896 et suiv.). — Mariéjol, Histoire de France, publiée sous la direction d'E. Lavisse, t. VI, n (190,5). — G. Picot, U'.stoire des É/als-géne'raux (1888). — B. Zeller, La minorité de Louis XIII (18'J7; ; }.ouis XIII... (1898) : :.-oiiis XIII... (189y]

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