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CHAPITRE lîT

i. La maison d'Au*nchi>. — 11. succùs de la 8uède. — 111. Succès de la France. — IV. Dernifres intrigues de Cour. — V. L'affaire Cinq-Mars. Mort du Cardinal et du Roi.

Après la Journée des dupes, Richelieu se voyait délivré du péril protestaîil et débarrassé de !a Reine-Mère; il pensait avoir découragé l'indiscipline et les conspirations. Maître, croyait-il, de ces « quatre pieds carrés du cal;iiiet du Roi, plus difficiles à conquérir que tous les champs de bataille de l'Europe », il put travailler désormais à « relever le nom du Roi dans les nations étrangères au point où il devoit être ».

Depuis Charles-Quint, la balance, en Europe, penchait du côté de la maison d'Autriche. Alliés par la parenté, ce qui est beaucoup, les Habsbourg de Madrid et les Habsbourg de Vienne le sont par des intérêts communs, ce qui est plus encore. Le roi d'Espagne, en effet, a besoin de l'Empereur pour se maintenir en communication avec ses domaines de la Franche-Comté et des Pays-Bas, tandis que l'Empereur, sans le roi d'Espagne, perdrait toute importance en Italie. Et les deux branches de la maison d'Autriche, ainsi unies par la parenté, par l'intérêt et par la lutte qu'elles mènent, toutes deux, contre le protestantisme, maîtresses de l'Espagne et de l'Empire avec les immenses territoires qui

en dépendent, semblent détenir une puissance auprès de laquelle celle du roi de France paraît peu de chose. Mais en réalité, il n'en va pas de la sorte.

D'une part, en effet, l'Espagne est en décadence; elle possède le Portugal, le royaume de Naples, le Milanais, la Franche-Comté, les Pays-Bas et tous les trésors de l'Amérique; mais elle est habitée par une population qui diminue, elle est en proie à une bureaucratie corrompue, ruinée à ce point que ses banqueroutes successives ne remédient à rien, — et ruinée sans ressource depuis l'expulsion des Morisques, ses seuls sujets laborieux, car les Espagnols ne travaillent point et ce sont des étrangers qui détiennent leur commerce et leur industrie, qui exploitent leurs colonies, qui labourent jusqu'à leurs champs et accaparent jusqu'aux petits métiers de leurs villes. Il est vrai qu'elle possède encore une armée très forte, mais composée d'étrangers pour les deux tiers, et que d'ailleurs les troupes françaises finiront par égaler.

Quant à l'Empereur, il règne sur un mélange inextricable de races et sur plusieurs centaines d'Etats inégaux, séparés non seulement par les rivalités de leurs chefs, mais encore par leurs profondes dissensions religieuses et sur lesquels, comme on l'a dit, il n'a guère plus de pouvoir qu'en France, sur leurs vassaux, les premiers Capétiens. Ses domaines sont de deux sortes : d'abord ceux où il gouverne directement eten souverain absolu ; puis l'Empire où son pouvoir est déterminé par une constitution ancienne, combattu par les Diètes ou assemblées impériales, et souvent méprisé par les princes régnants dont il est le suzerain. Pourtant, depuis deux siècles, les sept électeurs (quatre catholiques au temps de Richelieu : les archevêques de Cologne, Trêves, Mayence et le roi de Bohême ; trois protestants : le comte palatin, le duc de Saxe, le margrave de Brandebourg) ont toujours élu Empereur un membre de la maison de Habsbourg. Et peu à peu cette famille s'est constitué, en fait, à côté de l'Empire, un vaste patrimoine : la Hongrie, la Bohême, l'Autriche, la Styrie,

la Cai'intiiie, la Carnioie, le ïyrol, la Silésie, la Moravie, le Brisgau et la plus grande partie de l'Alsace. Naturellement, les Habsbourg s'efforcent à rendre l'Empire héréditaire dans leur maison, à le joindre à leurs autres domaines, bref à faire de la grande fédération allemande une monarchie analogue à celle de P^ance ou d'Espagne, sous leur hégémonie. Or, en 1G3(J, ce dessein semble avoir beaucoup de chances de réussir. C'est que l'Empereur a trouvé en Allemagne un puissant appui dans le parti catholique dont il est le chef; du jour où le Habsbourg a associé sa cause à celle du catholicisme, les progrès de la religion romaine sont devenus ceux de sa maison, et, quand il a travaillé à fortifier son propre pouvoir, c'est au nom du catholicisme qu'il a semblé combattre. On voit les avantages qu'il a pu retirer de cette confusion : les princes catholiques de l'Empire, dont il combattait les ennemis, l'ont aidé, ou tout au moins ne l'ont point gêné, et c'est à l'armée de la Sainte-Ligue, commandée par Tilly, qu'il a dû ses premiers succès... — Depuis 1629, sa fortune, servie par l'éclatant génie de Waidstein, paraît atteindre à son comble. Ferdinand II se sent assez fort pour ordonner, par l'édit de Restitution, que les protestants abandonnent tous les biens ecclésiastiques qu'ils ont usurpés depuis un siècle, notamment deux archevêchés (Brème et Mtigdebourg), douze évôchés et une foule d'abbayes. Solidement établie autour de Magdebourg, l'armée de Waidstein veille à l'exécution de cet édit, et le général ne se prive guère de déclarer qu'il faudra réduire les Electeurs à la condition des grands d'Espagne et les princes ecclésiastiques à celle de chapelains de l'Empereur. — Mais, des ambitions qui se précisent ainsi peu à peu, les catholiques eux-mêmes, fidèles alliés de l'Empereur, commencent à s'inquiéter; après la défaite complète des protestants, qui donc sera assez fort pour tenir tète à Waidstein, se demandent-ils, lorsqu'il lui plaira de renverser la vieille constitution de l'Empire et de faire de son maître, au détriment des princes allemands, un souverain absolu? C'est pourquoi les querelles religieuses

passent désormais au second plan, et, même en Allemagne, tout le monde commence à comprendre que la véritable question n'est plus l'avenir du catholicisme, mais celui de la maison d'Autriche.

Richelieu, lui, entendait moins que personne laisser l'Empereur se couvrir d'un projet de restauration catholique pour faire de l'Allemagne un Etat uni et héréditaire. Dès son arrivée aux affaires, il avait eu à lutter contre les Habsbourg: nous avons vu comment il s'était opposé à leurs projets en Valteline, puis à Mantoue. En Allemagne, son plan sera de dévoiler aux princes catholiques les desseins de Ferdinand II, de les unir contre lui, de former avec eux, comme il l'a fait déjà avec les Etats protestants, une ligue puissante qui s'oppose aux empiétements de l'Empereur. — Mais ses agents ont été tout d'abord mal reçus par les Electeurs. Puis son allié secret, le roi de Danemark, a été défait à Lutter et repoussé par Tillj et Waldstein jusque dans leJutland (1627). Heureusement pour la France — ou, comme disent les historiens (français), pour 1' « équilibre européen » — ses intrigues vont avoir plus de succès à la diète de Ratisbonne.

L'Empereur avait convoqué les Electeurs du Saint-Empire à Ratisbonne pour le 3 juin 1630. Il comptait obtenir d'eux tout d'abord l'élection de son fils comme roi des Romains (c'est-à-dire comme successeur désigné à l'Empire), puis des troupes pour combattre ses ennemis : bref une approbation de sa politique. Mais les Electeurs étaient fort mal disposés à son endroit : tandis que les protestants lui reprochaient l'édit de Restitution, les catholiques ne se sentaient nullement portés, comme nous venons de le dire, à encourager les projets qu'on prêtait à Waldstein et à son maître contre leur indépendance . C'est pourquoi la première condition qu'ils posèrent à l'Empereur fut le renvoi de son général.

PREPONDERANCE DE LA FRAMCE 67

Ferdinand II, gros petit homme dévot, vivait entouré de prêtres ei. de moines : sans doute était-ce moins par adresse que par piété qu'il avait adopté une politique violemment catholique, et peut-être eût-il travaillé de la même ardeur au triomphe de la religion romaine s'il eût dû y perdre son trône. Ayant consulté son confesseur, il renvoya Waldstein. Mais, quand il se fut de la sorte désarmé, les Electeurs lui refusèrent à peu près tout ce qu'il leur demanda, notamment de procéder à Télection du roi des Romains.

Une foule d'agents diplomatiques étrangers étaient venus à la Diète. La France y avait envoyé, outre Rrûlartde Léon, son ambassadeur ordinaire, le Père Joseph : « Le bruit court, écrivit alors un Italien, que, quand le cardinal Richelieu veut faire quelque bon tour (pour ne pas dire quelque tromperie), toujours il se sert de personnes pieuses et dévotes »; et en effet les agents français travaillèrent avec beaucoup d'art : on raconte (mais le mot n'est rien moins que sûr) que Ferdinand déclara, après la Diète, « qu'un pauvre capucin l'avait désarmé avec son rosaire, et que, pour étroit que fût son capuchon, il y avait su faire entrer six bonnets électoraux »...

Officiellement, le Père Joseph et Brûlart avaient des pouvoirs sans limites pour régler avec l'Empereur l'aCraire de Mantoue, mais le Cardinal leur avait défendu d'entamer les autres questions litigieuses ; car, si Richelieu voulait bien clore les affaires d'Italie qui ne tournaient pas a notre avantage, il entendait rester libre d'agir à sa guise sur le* autres points. Malheureusement les ministres impériaux devinèrent facilement ce plan-là, et ils déclarèrent tout net aux agents français qu'ils signeraient une paix générale, ou rien. Acculés de la sorte, ceux-ci restèrent fort perplexes : d'une part, il importait, en effet, de conclure la paix d'Italie avant que Casai n'eût capitulé (c'est- à dire tout de suite, puisque, par la trêve de Rivalte, la garnison française s'était engagée à évacuer la ville si elle n'était pas secourue avant le 15 décembre} ; d'autre part, ni le Père Joseph, ni Brûlart n'avaient

de pouvoirs pour conciure une paix générale... Que faire? L« Cardinal ne répondait pas à leurs dépêches (on devinern toul à l'heure pourquoi)... Après avoir attendu tant qu'ils purent, ils finirent par se résoudre à signer la paix de Ratisbonne (i3 octobre 1630).

La nouvelle de ce traité parvint à Richelieu le 22 octobre, à Roanne. Aussitôt, le Cardinal feignit une violente colère et jura sur tous les tons qu'il était trahi. Puis il s'empressa de désavouer ses ambassadeurs, en arguant qu'ils avaient dépassé leurs pouvairs — ce qui, au reste, était exact, -et il s'empressa d'engager en Italie de nouvelles négociations avec l'Empereur, Le tout eut pour résultat les traités de Cherasco (avril-juin 1621), dont l'exécution fut encore une jolie comédie composée et mise en scène par Richelieu, par un ami de la France, Victor-Amédée de Savoie, et par l'habile agent du Pape, Giuîio Mazarini. Il avait été convenu qu'à une date fixée les Impériaux et les Français évacueraient les places qu'ils occupaient en Italie Conséquemment, le 21 septembre, les troupes royales firent semblant de quitter Pignerol. Seulement, un envoyé français exigea tout aussitôt de Victor-Amédée la cession de Pignerol pour six mois encore, sous prétexte que ni l'Espagne ni l'Empereur n'exécutaient les clauses du traité. Le duc de Savoie consentit, non sans crier bien haut, pour la galerie, qu'on lui faisait violence ; en réalité, depuis le mois d'avril, il s'était engagé secrètement à nous céàr la ville. — Tel fut le dernier acte et le dénouement de i'afPaire de Mantoue. La France y gagna une des porte» de l'Italie. Quant à l'Espagne et à l'Empereur, ils purent se dire, au moins, qu'ils avaient été supérieurement joués; c'était une consolation.

Aussi bien, Ferdinand n'était déjà plus en situation de s'opposera rien. Fort affaibli par cette diète de Ratisbonne dont il s'était promis tant d'avantages, et à laquelle il avait finalement accordé le renvoi de Waldstein et la réduction de son armée sans en rien obtenir en échange, il se voyait

maintenant en présence d'un nouvel et redoutable adversaire qui, avec l'appui de la France, se dressait contre lui : la Suède. C'était une nation pauvre et petite, qui s'étendait sur les bords du golfe de Bothnie, sans atteindre au Sund dont les deux rives étaient danoises. Mais les deux millions d'habitants en étalent braves, guerriers, pleins de loi et commandés par Gustave-Adolphe. A trente-quatre ans, en 1629, (ïustave avait déià vaincu le Danemark, la Pologne, la Russie. Ce grand et gros Scandinave aux yeux bleus, blond, carré d'épaules, jovial, solide, était d'une piété ardente, et il se proposait de descendre en Allemagne pour y assurer la liberté de conscience à ses coreligionnaires; mais il comptait bien, par la même occasion, y achever la conquête des provinces de la Baltique.

Il avait recruté dans son royaume, où le service militaire était traditionnel et presque obligatoire, une ai'mée de 40 000 hommes, nationale, et par conséquent très supérieure aux troupes mercenaires des Tiîly et des Waidstein. A cette époque, on engageait « des soldats pour livrer une bataille comme un particulier prend des ouvriers pour bâtir une maison ». Les capitaines faisaient marché pour fournir un certain nombre diiommes habillés, équipés et armés à leurs frais. Naturellement les mercenaires affluaient plus ou moins selon la réputation des chefs qui devaient les commander, et les soudards, qui faisaient métier de se battre comme un artisan d'ouvrer, se louaient plus ou moins cher suivant les risques qu'ils estimaient avoir à courir et le profit qu'ils espéraient tirer de leur campagne : de môme qu'un bon capitaine recrutait ses soldats plus aisément qu'un autre, un général renommé, un TilIy, un Waidstein, voyait les caoitaines s'enrôler en foule sous ses ordres et levait une armée à bon compte. Toutefois ses troupes ne pouvaient valoir une armée homogène comme celle des Suédois, qui ne se battait pas uniquement pour s'enrichir, mais pour sa foi et son roi en qui elle avait une confiance suriiatui-elle ; et c'est pourquoi, entraînés et commandés par iincompari.bie

70 LE GRAIsD SIECLE

général qu'était Gustave-Adolphe, 40.000 Suédois valaient i 00. 000 Impériaux.

Richelieu, renseigné par un de ses agents, savait cela, et il négociait depuis longtemps pour acquérir l'alliance de la petite Suède. Mais Gustave-Adolphe hésitait à s'embarquer { dans l'aventure; ce ne fut que le 23 février 1631 qu'il se décida. La France devait lui verser annuellement 1 000 000 de livres, moyennant quoi il entretiendrait contre Ferdinand II une armée de 36 000 hommes. Il était entendu qu'il n'entreprendrait rien contre le culte catholique là où il le trouverait établi. Et par cette dernière clause. Richelieu s'efforçait sans doute de concilier avec ses devoirs de ministre ses scrupules de cardinal : mais, à vrai dire, peut-être discernait-il encore plus clairement les premiers qu'il n'était sensible aux seconds.

Magdebourg, assiégée par Tilly, ayant succombé le 20 mai 1631, fut sauvagement mise à sac : on vit les soldats décapiter cinquante-trois jeunes filles dans une église où elles étaient cachées, des Croates empaler sur leurs sabres des enfants à la mamelle, les soudards éventrer les femmes enceintes, outrager les épouses et les filles devant les pères et les maris; Tilly refusait d'arrêter ces atrocités — mais l'eût-il pu, s'il l'eût voulu? — « Il faut bien que les soldais s'amusent », disait-il... A la nouvelle de ces « noces de Magdebourg », toute l'Allemagne luthérienne et calviniste frémit et se souleva. Les Saxons, jusque-là liésitants, se joignirent à Gustave- Adolphe pour écraser l'armée de Tilly à Rreitenfeld, sur l'Elster, non loin de Leipzig, le 17 septembre 1631; les paysans achevèrent les fuyards; « les montagnes du Harz se ruèrent » sur les tortionnaires de Magdebourg.

Alors Gustave-Adolphe commença sa randonnée triomphale à travers les riches pays catholiques du Rhin, de la Souabe, de la Franconie : il entra dans Francfort, Mayence, Spire, Worms... Durant l'hiver de 1632, lorsqu'il n'était plus séparé de la France que par l'Alsace, il entreprit

d'entraîner son allié — son commanditaire — Louis XIIÏ ; il lui conseilla de marcher sur les provinces de la rive gauche du Rhin. La majorité du Conseil trouvait ce projet séduisant. Mais le Père Joseph soutint ardemment l'avis contraire : se jeter ainsi sur la Franche-Comté, l'Alsace, le Luxembourg, la Flandre, n'était-ce pas rompre définitivement avec la religion romaine, assurer le triomphe des hérétiques en Allemagne? Richelieu restait irrésolu et le Conseil se sépara sans prendre de décision. Le lendemain, à six heures du matin, après une nuit sans sommeil, le Cardinal manda le capucin et lui annonça qu'il se rangeait à son avis... Quelles eussent été les destinées de la France si elle eut acquis d'un coup, dès 1632, ses frontières naturelles ?

Au printemps, Gustave-Adolphe reprit sa promenade vicforieuse. Tilly fui battu et blessé mortellement sur le Lech, près d'Augsbourg (15 avril), et les Suédois entrèrent dans Munich. Alors Waldstein sortit de sa retraite et leva une armée. Le 19 novembre 1632, Gustave-Adolphe l'attaqua à Lulz2n ; au soir, les Suédois occupaient les positions de leurs ennemis, mais leur roi, en chargeant dans le brouillard, avait été tué. Il avait trente-huit ans.

Cependant que le con({uérant qu'il avait été chercher sous le pôle, comme dit Voiture, emplissait l'Europe du bruit de ses succès, Richelieu avançait tout doucement nos affaires. Dès les premiers mois de 1632, l' Archevêque-Electeur de Trêves, jugeant l'Empereur trop loin pour le protéger, s'était donné à Louis XIII, et bientôt on avait vu des garnisons françaises sur le Rhin, à Philipsbourg et à Coblentz. Dans le même temps, sous prétexte de punir le duc Charles IV de Lorraine d'avoir accordé son appui à Gaston après la Journée des dupes, on lui imposait la cession de quelques villes (janvier-juin 1632). — La mort de Gustave-Adolphe n'arrêta pas les progrès de la France. Au lendemain de la bataille de Lutzen, en effet, Waldstein s'était mis à négocier avec loiît le monde. Méditait-il une trahison? Les historiens discutent encore... Cependant Richelieu continuait à

spolier le duc de Lorraine : dans Tété de 1634, la France occupait toutes les places du duché.

Mais, sur ces entrefaites, la fortune redevint favorable aux Habsbourg. Le 24 février l(i34, Ferdinand avait fait assassiner l'inquiétant Waldstein (non sans commander 3 000 messes pour le repos de son âme). En septembre, son général, Gallas, écrasa les Suédois à Nordlingen. Enfin, en mai 1635, il retira l'édit de Restitution, et aussitôt la Saxe et les petits Etats protestants firent leur paix avec lui. Désormais, la Suéde restait à peu près seule contre la maison d'Autriche... Richelieu comprit qu'il était temps de faire donner la France. Ayant, en quelques mois, avec une adresse incomparable, rassemblé autour de Louis Xlîl tout ce qui restait d'adversaires à la maison d'Autriche, il envoya un héraut déclarer solennellement la guerre, non pas à l'Empereur, mais à l'E-spagne (19 mai 1635).

Quelles étaient ses forces?

L'armée se composait, sous Louis XIII, de corps tout à fait inégaux par le nombre, par la qualité et par l'estime où on les tenait. Le premier, le plus nombreux, le plus honoré aussi, était le régiment des Gardes; venaient ensuite les vieux régiments de Picardie, Piémont, Navarre et Champagne, dont le Roi connaissait tous les officiers; puis les « petits vieux » : Normandie, Ile-de-France ou Rambures, Maugeron, Nereslang, Vaubecour, Belienave, Saint-Luc, Saulx, Chamblay (ces appellations varièrent), qui portaient les noms de leurs chefs; enfin, une centaine, peut-être, de régiments nouveaux, dont le nombre et l'importance augmentaient ou diminuaient sans cesse selon les besoins de la guerre et le crédit ou la fortune des gentilshommes qui les commandaient. D'ailleurs, les effectifs n'étaient pas fixés : le mostre de camp des Gardes avait peut-être 6 000 hommes

SOUS ses ordres, tandis que tel autre colonel pouvait n'en avoir que 300. Au total, en y comprenant les compagnies de cavalerie, l'armée française comptait, vers l63o, 130 000 hommes environ.

Les soldats, c'était une foule de bandits étrangers et tous les mauvais garçons du royaume. Même en France, rien ne saurait empêcher la Fieur, la Jeunesse, Champagne, Belhumeur ou Gargaillou (chaque soudard a ainsi son nom de guerre) de quitter les rangs quand il lui chante, et de s'en aller à \?l picorée, c'est-à-dire voler les poules, le bétail, les chevaux, les meubles, le fourrage, dévaliser les voyageurs, rosser les hôteliers et pendre les paysans avec une facilité déplorable. — Qu'on juge par là des atrocités qui se commettent à la guerre ! Le Cardinal consigne dans ses Mémoires, avec un peu d'indignation, que trop souvent les soldats « frottoient leurs bottes aux saintes huiles, rompoient les images de la Vierge, fouloient aux pieds le Saint- Sacrement et tiroient des mousquetades au crucifix »; et il faut renoncer à décrire les horreurs qui se passent au sac d'une ville, par exemple, ou quand un général, assiégeant une place, juge utile, pour atïamer l'ennemi, de dévaster quelque peu les alentours... D'ailleurs, pour pillards, incendiaires, meurtriers, tortionnaires qu'ils soient, les soldats n'égalent pas sur ce chapitre les goujats d'armée qui leur servent de domestiques ; tel de ces jeunes chenapans, de seize ou dix-sept ans, se vante avec gentillesse d'avoir « branché » de sa main une vingtaine de pavsans mâles et femelles. Même en temps de paix, le passage d'une armée française à travers une province du royaume est une calamité.

« Le mousquet sur l'épaule, la bandoulière au cou dans la main droite la fourchette, dans la main gauche une longue canne, tel nous apparaît « l'homme de pied » sur les gravures d'Abraham Bosse ou de Cal lot ». Pour tirer, il lui faut allumer sa mèche, charger son arme, reprendre sa mèche, l'enrouler autour du serpentin, la

« compasser » (ajuster); c'est à peine s'il a le loisir de faire feu une fois sur un régiment qui attaque, car son arme ne porte guère plus loin que Go mètres; aussi, pour la déiendre contre les charges, chaque compagnie comprend-elle des piquiers qui croisent contre les chevaux leur lourde lance de qualorze pieds. — Quant à la cavalerie, elle se compose des mousquetaires créés par Louis XÎÎI (ou dragons comme ils se surnomment eux-mêmes), infanterie montée qui met pied à terre pour tirer; des chevau-Iégers; des gendarmes en armure; des carabins qui battent l'estrade et servent d'éclaireurs.

Il n'y a point d'uniforme, sauf pour quelques troupes de choix; point de marques spéciales pour distinguer les officiers. Les drapeaux (immenses dans l'infanterie au point que l'étofïe en traînerait à terre si le porteur n'en maintenait l'extrémité sous son bras) et les légères cornettes de la cavalerie sont tous dissemblables. Si bien que, pour se reconnaître, les soldats d'un môme parti n'ont souvent d'autre moyen que de tirer tous leur chemise de leurs chausses ou bien de la passer sur leur pourpoint.

La hiérarchie est assez confuse et le ransr d'un officier dépend moins de son grade que de son régiment et de sa noblesse personnelle. Un simple soldat d'un régiment d'élite comme celui des Gardes ne respecte guère un lieutenant appartenant aux corps récemment formés, et qu'est-ce qu'un carabin, ancien laquais peut-être, à côté d'un gendarme noble qui sert avec ses valets et son écuyer? Les maréchaux de France sont tous égaux, et comme chacun d'eux dirige les opérations à son tour, aucun ne se soucie de poursuivre si vigoureusement l'ennemi que son collègue n'ait plus qu'à cueillir la victoire le lendemain ou l'autre semaine.

D'ailleurs, et quoiqu'on puisse passer officier étant encore adolescent, ce n'est pas l'expérience qui manque aux chefs, mais la discipline. Tout gentilhomme qui se destine aux armes a appris le métier militaire fort jeune, à son « académie », et il a servi quelque temps dans un régiment avant de

PREPONDERANCE DE LA FRANCP: 75

commander — ollicier à 17 ans peut-être, mais soldat à lo ou niêiiie à 13 comme Cinq-Mars. Malheureusement, ie jour de la bataille, chaque capitaine exécute à sa façon les ordres qu'il a reçus et escarmourche à peu près à sa guise. Chacun cherche à briller pour son compte, et quand les maréchaux de France ne savent pas résister au plaisir d'essuyer le feu en tête des premiers bataillons, il serait difficile de dissuader les colonels de marcher à l'ennemi, la pique sur l'épaule, à six pas en avant de leurs officiers, et ceux-ci, tous en ligne, devant leurs soldats.

Au reste, depuis les succès brillants remportés, par nos troupes, depuis La Rochelle et le Pas de Suze, i'art de la guerre a changé du tout au tout. Ce ne sont plus quelques milliers d'hommes comme autrefois, mais des masses immenses qu'il s'agit maintenant de remuer. Gustave-Adolphe a renouvelé la tactique, et les armées allemandes ont appris à manœuvrer en luttant contre lui : leurs mousquetaires savent se replier avec précision derrière leurs piquiers après avoir tiré, leur infanterie s'ouvrir à temps pour laisser parler les canons qu'elle couvrait, leur cavalerie se mêler sans désordre aux piétons. Ce n'est que par la pratique que les troupes de Louis XIII s'habitueront à ces évoliMions précises, et il leur faudra payer de plusieurs délaites leur apprentissage.

Au printemps, le maréchal de Châlillon envahit la Flandre espagnole, et, le 20 mai 1635, il battit une petite armée espagnole près de Liège. Mais ses soldats ayant commis, dans ce pays déshabitué de la guerre, les atrocités habituelles à la soldatesque, les populations se soulevèrent de toutes parts et l'armée française dut repasser la frontière.

L'année suivante, le prince de Condé fit sur la Franche- Comté une tentative qui n'eut d'autre effet que de décider

l'Empereur à déclarer officiellement la guerre à Louis XIII. Puis le Cardinal-Infant, don Fernand, gouverneur des Pays- Bas, franchit inopinément la frontière, obtint sans coup férir la capitulation de La Capeile, du Càtelet et de Gorbie, dévasta tout le pays compris entre la Somme et l'Oise, et ses coureurs parvinrent jusqu'à Compiègne (août 1636). A ce coup, la panique se répandit dans Paris ; déjà la populace y croyait voir les Espagnols sur les tours de la Bastille. On osa siffler dans les rues le carrosse de Richelieu. On conspua ses gardes qu'il venait justement d'habiller d'un superbe uniforme; l'un d'eux fut attaqué à la porte Saint-Denys... La haine populaire es^ singulièrement accablante pour les caractères nerveux, et Richelieu tomba tout d'abord dans un découragement profond. Mais le Père Joseph l'ayant sermonné — et même un peu rudement : on dit que le capucin traita le Cardinal de « poule mouillée », — il se ressaisit bientôt. Il eut l'idée de parcourir en voiture, escorté de quelques laquais seulement, les rues les plus houleuses, et, par l'un de ces revirements dont le badaud peuple de Paris est coutumier, toute la cité lui fit une ovation, puis courut s'enrôler à l'Hôtel de Ville, où le vieux maréchal de La Force, qu'on aimait parce qu'il n'était pas fier, serrait la main aux crocheteurs qui lui déclaraient, enthousiasmés : « Oui, monsieur le Maréchal, je veux aller à la guerre avec vous ! » Ce fut un beau moment. Chacun des corps de métier et des . corps constitués, le Parlement, la Cour des Aides, lEchevinage, etc., prit à sa charge l'entretien d'une troupe de volontaires plus ou moins nombreuse. On réquisitionna les chevaux. Des gentilshommes de province accoururent. Finalement le Roi se vit à la tête d'une armée de iîjOOO hommes, avec laquelle il marcha à la rencontre des Espagnols. ISIais le Cardinal-Infant ne l'atlendit pas et évacua la Picardie. Ainsi se termina « l'année de Corbie », dont les Parisiens gardèrent longtemps souvenance. Sur tous les autres théâtres de la guerre, en Allemagne, en Italie, sur la frontière d'Espagne, elle avait été néfaste pour la France.

PRTÎPONnÉRANCE DE LA FRANCE 77

Heureusement, les forces confédérées en Allemagne contre l'Empereur étaient commandées par le meilleur élève de Gustave-Adolphe : le duc Bernard de Saxe-Weimar, que Louis XIII avait eu soin de s'attacher secrètement par un traité particulier (octobre 1635). De janvier à décembre 1638, Bernard, bien muni d'art;ent français, conquit l'Alsace; après quoi il mourut (18 juillet 1630), au moment précis où, ne paraissant point trop décidé à rendre sa conquête à personne, il allaitdevenir gênant pour Richelieu; mais le Cardinal avait ce bonheur sans lequel il n'est point de grands politiques. — Bernard disparu, ses lieutenants et son armée mercenaires ne savaient trop à quel parti se ranger : Guébriant, un gentilhomme breton qui commandait le petit contingent français, leur persuada de se vendre au Roi Très-Chrétien, et c'est de la sorte que l'Alsace fut réunie, en fait, à la couronne de France. Désormais la Bourgogne et la Lorraine se trouvèrent protégées contre l'Empereur; de même, les communications entre le Milanais et les Pays-Bas, qu'avait ouvertes aux Espagnols la défaite en Valteîine des Finançais commandés parRohan (1637), turent définitivement coupées.

Cependant, l'armée du comte d'Harcourt et les belles paroles de Mazarin, devenu l'agent de Richelieu, secouraient la duchesse de Savoie, Marie-Christine, sœur de Louis XIII. et nous affermissaient à Casai et à Pignerol. Ainsi la France, venue la dernière au combat, prenait partout le dessus sur ses adversaires épuisés.

L'Allemagne n'était plus qu'un désert ravagé, où les habitants retournaient à la sauvagerie. Dans ses contrées les plus éprouvées, les paysans qui survivaient aux massacres, aux famines et aux épidémies, n'avant plus de charognes d'animaux pour se nourrir, dévoraient de la chair humaine : vers 1638, certaines rôtisseries du Palatinat débitaient, dit-oa, des cadavres de pendus... Et la misère, bien plus que les soldats du nouvel Empereur, Ferdinand III, arrêtait les armées suédoises dans ce pavs dévasté.

Du côté de l'Espagne, moins de résistance encore. Depuis

1637, les généraux français prenaient une à une les places de l'Artois : cette iente guerre de sièges, où il fallait plus de patience que de génie, était leur affaire. En 1639, TEspagne rassembla, au prix de sacrifices immenses, une escadre qui mit à la voile, portant des renforts pour Dunkerque; mais, à la nouvelle que la flotte des Provinces-Unies, nos alliées, les attendait dans la Manche, ses navires se réfugièrent dans les eaux anglaises : c'est là, près de Douvres, dans des eaux neutres, que l'amiral hollandais Tromp vint les détruire (octobre). L'année suivante, Arras capitula (août 1640). En même temps, la Catalogne et le Portugal se révoltèrent contre le Roi Catholique. Il n'était plus besoin de grands efforts pour achever un ennemi si faible : tandis que Richelieu promettait des secours aux Portugais et qu'il en envoyait aux Catalans, les troupes françaises faisaient la conquête du Roussillon, que Louis XIII terminait par le siège et la prise de Perpignan (septembre 1C42).

Le Cardinal mourut au moment où il venait de signer des « préliminaires » avec l'Empereur, et persuadé que la paix allait se faire sans tarder. Rien n'était fini pourtant, mais Louis XIII avait acquis l'Alsace, l'Artois et le Roussillon; il tenait par le Piémont la porte de l'Italie; il avait la main sur l'Espagne, et « le grand arbre de la maison d'Autriche, qui donnait de l'ombrage au reste de la terre, était ébranlé jusque dans ses racines ».

Et tandis qu'il menait si habilement les affaires extérieures de la France, Richelieu résistait avec peine à ses ennemis français. Sans doute, depuis la Journée des dupes, ceux-ci se trouvaient affaiblis. Puis Louis XIII, qui n'avait pas l'âme basse, appréciait le ministre qui aidait tant à sa gloire. Mais il était autoritaire, il était susceptible et il s'engouait de ses favoris avec une passion incroyable.

PRl'PONDÉRANCE DE LA FRANCE 79

Richelieu, qui n'avait d'autre appui, clans cette Cour où on ne raiiiiait pas, que l'ombrageux Roi lui-même, devait redouter bien fort la puissance des favoris : « On ne tombait pas de ses bonnes grâces par degrés, mais par précipices », a-t-il dit un jour de son souverain, et cette petite phrase donne à penser.

Il avait des ennemis très redoutables : les dames. Dans Tentourage de la reine Anne, on le haïssait, et Mme de Ghevreuse joignait contre lui les ressources de son esprit qui étaient considérables à celles de sa beauté qui ne l'étaient pas moins. Richelieu travaillait de son mieux à se concilier bes ennemies, et quelquefois par les moyens les plus simples : il semble certain, en effet, qu'il essaya de plaire à Anne d'Autriche, laquelle se moqua de lui. « Quant à ?vime de Ghevreuse, toujours sa beauté avoit eu des charmes » pour le galant Gardinal, assure Mme de IMotleville, et, après la Journée des dupes, Richelieu avoua à cette trop belle duchesse que, « malgré la rigueur qu'il avoit eue, il ne l'avoit jamais haïe >>. Gomme on pense, l'habile coquette se garda bien de décourager un si illustre amant; mais elle ne vit, dans les sentiments qu'il faisait paraître pour elle, qu'un moyen de l'endormir dans une confiance trompeuse et de le jouer plus sûrement.

II venait de nommer garde des sceaux un assez triste sire. Gharles de l'Aubespine, marquis de Ghâteauneuf, avait condamné à mort l'honnête maréchal de Marillac, frère de son prédécesseur aux sceaux, et Montmorency; il devait tout à Richelieu, qui l'avait fort poussé comme il faisait toujours ses créai ares, et il avait cinquante ans... Pourtant Mme de Ghevreuse n'eut qu'à entreprendre de tourner la tète à ce barbon pour y réussir sur-le-champ.

Selon sa coutume, la belle duchesse était alors occupée à des intrigues très compliquées. G'éfait le temps où Gaston d'Orléans venait de se réfugier en Lorraine, puis à Bruxelles auprès de sa mère (1632) : on travaillait à lui persuader d'aller chercher asile en Angleterre, avec Marie de Médicis.

Mais, pour cela, il fallait d'abord renverser le niinlstère anglais, très favorable à la paix et peu soucieux de se brouiller avec Louis XIII. puis faire arriver aux affaires l'entreprenant comte de Hoîland, et remplacer enfin l'ambassadeur de France à Londres, Fontenaj-Mareuil, par le chevalier de Jars. Mme de Chevreuse était attachée au triomphe de Gaston comme tous les ennemis de Richelieu. De plus, le séduisant Hoîland et l'aimable Jars demeuraient ses amis, après avoir été, peut-être, davantage : c'était assez pour qu'elle employât à les servir ce merveilleux talent d'intrigue qui fit d'elle presque une puissance en Europe; mais elle y conjura aussi Ghâteauneuf, qui n'hésita pas, pour lui plaire, à manquer à tous ses devoirs de ministre. Il était ivre d'elle : en novembre 1632, pendant que le Cardinal, malade à mourir, restait à Bordeaux entouré de ses fidèles, lui, il no put s'empêcher d'accompagner à La Rochelle Anne d'Autriche et Mme de Chevreuse. Le voyage ne fut qu'une série de fêtes, mais il eut une malheureuse fin : en effet, le 25 février 1633, l'amoureux garde des sceaux fut arrêté et l'on se saisit de ses papiers, où Richelieu trouva, dit-on, certaines lettres de Mme de Chevreuse qui traitaient ses espoirs galants avec un dédain peu flatteur... Châteauneuf fut emprisonné; on condamna Jars à avoir la tête tranchée et on ne lui fit grâce qu'à la dernière minute; quant à Mme de Chevreuse, elle fut exilée dans ses terres, en Touraine, — où elle intrigua de plus belle.

Louis XIII était alors épris d'une dame d'honneur de la Reine, Marie de Hautefort, et, sous l'influence de cette blonde et rieuse jeune fille, il devenait peu à peu de « galante humeur », et la Cour « fort agréable ». Plusieurs fois par semaine, il emmenait à la chasse tout un escadron de jeunes femmes, outre sa chère Hautefort. « Il souffroit en ce temps-là qu'on lui pariât avec assez de liberté du cardinal de Richelieu, et une marque que cela ne lui déplaisoit pas, c'est qu'il en parloit lui-même ainsi », rapporte Mlle de Montpensier. Amie d'Anne d'Autriche, Marie de Hautefort

ne se privait point de brocarder le puissant ministre, ni de vanter au Roi les qualités de la Reine. Quant à celle-ci, elle se souciait peu des amours de son époux, car l'affection de Louis pour son amie était toute platonique : on sait assez la fameuse anecdote (d'ailleurs douteuse) de la lettre que Mlle de Hautefort avait cachos dans son corsage : pour cueillir le billet, le pauvre Sire pensa user d'une paire de pincettes.

Au reste, les rourtisans remarquèrent un jour que le Roi s'entretenait bien volontiers avec Mlle Marie-Louise de La Favette. Cette petite provinciale de dix-sept ans, sans fortune, brune, et d'une beauté assez ordinaire, était douce, sérieuse, réservée, et ses propos ne surprenaient pas comm.e ceux de la blonde et vive Hautefort : le Roi ne tarda pas à s'en trouver épris. On peut croire qu'elle fut touchée par la chaste affection que lui témoignait le roi de France; mais elle avait toujours eu le dessein de se faire religieuse : elle se sentait appelée par « une forte vocation de Dieu »... Louis lui donna en pleurant la permission de partir. Le 19 mai 1637, Mlle de La Fayette se retira au monastère de la Visitation du faubourg Saint- Antoine.

Pendant que ces événements se passaient, Mme de Chevreuse, à Tours, continuait ses intrigues. La belle duchesse avait une de ces imaginations inexorables qui font des femmes, selon les circonstances, des héroïnes de la Fronde ou des mailieuicuses « Elle aimoit sans choix, et purement parce qu'il falloit qu'elle aimât quelqu'un... Son dévouement à sa passion, que l'on pouvoit dire éternelle, quoiqu'elle changeât d'objet, n'cmpêchoit pas qu'une mouche lui donnoit quelquefois des distractions; mais elle en revenoit toujours avec des emportements qui les faisoient trouver agréables » (Retz). Elle estimait les complots excitants pour l'imagination, et que les agréables dangers qu'ils procurent donnent infiniment de ragoût à l'amour. . . De Tours, Mme de Chevreuse communiquait donc secrètement avec Anne d'Autriche par le moyen du dévoué valet de chambre de la Reine,

8iJ LK GRAND SIÈCLE

La Porte, ou de quelques gentilshommes sûrs, tels que lord CraftouLa Rochefoucauld, et. comme àce moment l'Espagne et la France se disputaient l'alliance du duc de Lorraine, Anne et son amie s'employaient de leur mieux à persuader celui-ci de se prononcer en faveur de l'Espagne... Chos;-. plus grave encore : la reine de France faisait passer à sou frère, le Cardinal-Infant, tous les renseignements qu'elle pouvait surprendre : tantôt l'avertissant que Richelieu venait d'envoyer en Espagne un moine chargé d'une mission secrète, tantôt que l'Angleterre négociait avec la France contre le cabinet de Madrid, tantôt que les pourparlers de Louis XIÏÏ avec le duc de Lorraine semblaient sur le point d'aboutir et qu'il était grand temps d'aviser. . .

Et certes, en agissant ainsi, il est bien évident qu'Anne se conduisait plus en infante espagnole qu'en reine de France et qu'elle était coupable envers son pays d'adoption. Toutefois n'oublions pas que le patriotisme n'était pas alors un devoir si clair et si exigeant qu'il l'est à présent : combien de grands se rendirent coupables de l'appel à l'étranger! Pour un Condé, par exemple, se révolter contre le Roi, ce n'était guère, peut-être, que se brouiller avec son cousin. Et Anne d'Autriche n'a sans doute jamais compris que sa faute était d'avoir trahi son peuple, et non pas seulement d'avoir trompé son mari. La patrie, c'était une notion abstraite dont on n'entretenait guère les petites infantes, — à qui l'on apprenait à peine à lire, — et il est bien permis de croire qu'Anne ne la concevait pas très nettement; au lieu que M. le Cardinal, elle le voyait et le haïssait tous les jours. Comme les femmes de son époque et de toutes les épocues, elle était entièrement conduite, en politique, par ses sympathies ou ses antipathies à l'égard des politiciens. Son état d'esprit était celui de ses romanesques contemporaines; toutes celles-ci, depuis Mme de Chevreuse et Mme de Longueville jusqu'à la Grande Mademoiselle, ont senti, pensé et auraient à l'occasion agi comme elle.

C'était au Louvre, la nuit, ou bien au Val-de-Gràce, où

elle se retirait pour faire ses dévotions, que la Reine écrivait ses lettres secrètes. Le fidèle La Porte les traduisait en chiffres, et lui ou la supérieure du couvent les faisaient passer à Mme de Chevreuse ou les confiaient à un secrétaire de l'ambassade d'Angleterre qui les adressait à Bruxelles. Un jour, le Cardinal intercepta un des billets à Mme de Chevreuse. Sur-le-champ, La Porte fut écroué à la Bastille et menacé de la question; puis le chancelier Séguier vint perquisitionner au Val-de-Gràce et interroger la supérieure, à qui l'archevêque de Paris commanda de tout dire sous peine d'excommunication. La Reine débuLa par jurer sur le Saint-Sacrement qu'elle n'avait jamais écrit que des choses indifférentes. Mais, voyant que le Cardinal en savait plui^ qu'elle n'en disait, elle finit par coniesser tout, sur l'assurance, oue lui donna Richelieu, que le Roi lui pardonnerait pourvu qu'elle avouât. Ce fut une scène lamentable (s'il en faut croire le Cardinal). Anne s'humiliait, elle pleurait, elle disait: « Quelle bonté faut-il que vous ayez. Monsieur le Cardinal ! » ; elle protestait au minisire qu'elle lui aurait une reconnaissance élernelle ; et elle finit par lui demander : a Donnez-moi la main », ce que le Cardinal, — il a bien soin de nous le dire — « refusa par respect, se retirant par le même motif au lieu de s'approcher »... On fit signer à la Reine un papier où elle confessait ses fautes et jurait de n'y plus retourner. Après quoi le Roi lui donna Toidre (toujours par écrit) de ne plus communiquer à l'avenir avec Mme de Chevreuse ou ses « entremetteurs », et même de n'envoyer aucune lettre sans l'avoir fait lire auparavant à sa dame d'honneur qui lui en rendrait compte à lui-même. Telles furent les conditions humiliantes auxquelles Anne obtint son pardon (août 1637). Et Louis n'oublia jamais.

Richelieu s'efforçait de faire bonne mine à Mme de Chevreuse, — « cet esprit si dangereux », comme il l'appelle, — dont il craignait qu elle ne s'en fut à l'étranger « porter les affaires à de nouveaux ébranlements qu'on ne peut prévoir ». Mais elle, iuéfianle, jugea plus sûr de s'esquiver. En sep-

tembre 1637, ayant séduit en un {ournemain le vieil archevêque de Tours, elle se sauva dans les conditions les plus romanesques, traversa toute la France, déguisée en cavalier, et atteignit l'Espai^ne.

Cependant Louis XIII visitait parfois Mlle de La Fayette à son couvent : il l'aimait encore. Le confesseur du Roi, le Père Caussin, qui dirigeait cette innocente jeune fille, tenta imprudemment de s'en faire une arme contre le Cardinal. Chapitrée par lui, La Fayette essaya de remontrer à Louis qu'il péchait gravement en soutenant les protestants d'Allemagne contre l'Empereur catholique, et en traitant si rigoureusement sa mère et sa femme. Mais, au premier mot qu'elle dit au Roi à ce sujet, Louis « lui tourna le dos et partit sans lui répondre ». Peu après, le 10 décembre 1637, des archers conduisaient le Père Caussin, disgracié, au fond d'un couvent de son ordre, à Rennes.

Et les visites du Roi à La Fayette eurent un efïet que l'on n'aurait su prévoir. Un soir de décembre, Louis, qui sortait de chez son amie, fut empêché par la neige de regagner Versailles où il logeait à celte époque et il lui fallut se réfugier au Louvre. Or, l'usage était en ce temps que le Roi voyageât avec tout son mobilier ; quand il quittait un de ses châteaux, il le laissait entièrement démeublé. Au Louvre, il n'existait pas d'autre chambre où le Roi pût coucher à l'improviste que celle de la Reine, qui y habitait. Et, le 5 septembre 1638, Anne mit au monde le futur Louis XIV.

Avec le Père Caussin disparut jusqu'au dernier vestige du parti dévot, qui avait suscité tant de difficultés à Richelieu dans les premières années de son ministère. Mais le parti des « grands » n'était pas détruit. En 1636, pendant que l'armée royale assiégeait Corbie, un complot se forma, où le duc d'Orléans et le comte de Soissons étaient engagés, pour

assassiner le Cardinal. A Amiens, tout était prêt : M. le Comte devait sortir du Conseil en compagnie de Richelieu et l'entretenir quelques instants devant la porte; à ce moment, Monsieur donnerait le signal du meurtre. Mais une fois de plus le courage manqua à Gaston : quand le Cardinal apparut sur le seuil, imposant et redoutable, Monsieur perdit la ièfe et s'enfuit sans qu'on pût le retenir. Richelieu ignora toujours le danger auquel il avait échappé.

Néanmoins, Soissons et Gaston jugèrent prudent de s'aller mettre en sûreté, l'un dans la forte place de Sedan, l'autre dans sa ville de Blois. M. le Comte était un bon soldat, mais, à part l'ambition, il ne possédait aucune des qualités d'un chef de parti. Pourtant sa haine lui tint lieu d'adresse. Une très vaste conspiration se noua, où entrèrent, avec le duc de Bouillon, prince de Sedan (frère de Turenne), des grands, des seigneurs, des officiers de l'armée et jusqu'à des prisonniers de la Bastille, comme ce comte de Cramail, qui jurait qu'il soulèverait la garnison de la forteresse quand il lui plairait, avec l'aide du maréchal de Vitry. L'Espagne, sollicitée, promit volontiers d'appuyer une révolte qui faisait si bien ses affaires ; à son tour, Charles IV de Lorraine dénonça le traité qu'il venait de signer avec la France. Quand tout fut prêt, le général espagnol Lamboy passa la frontière avec une armée de 6 000 hommes et battit à La Mariée le maréchal de Châtillon (juillet 1641). Mais Soissons avait été tué pendant la bataille, et sa disparition désorganisa le parti qui s'était formé sous son nom. La débâcle en devint complète six mois plus tard, après que Lamboy eut été complètement défait, à Kempen, par Guébriant (janvier 1642).

Mais déjà un nouveau complot se tramait contre le ministre détesté. « Le Cardinal, qui ne s'étoit pas bien trouvé de La Fayette et qui voyoit bien qu'il falioit queicjue amusement au Roi », avait choisi pour distraire son maître Henri d'Effiat, 1 marquis de Cinq-Mars, (ils d'un de ses plus fidèles serviteurs, et dont il comptait être bien servi. C'était un joli jeune homme, / vif et ardent, qui mettait une grâce extrême à tout ce qu'il

faisait : le projet d'ailer s'enfermer au château de Saint- Germain en compagnie d'un vieux roi autoritaire et grognon ne lui souriait guère; il hésita un an et demi avant que de se laisser faire

La passion dont le Roi ne manqua pas de se prendre pour lui fut jalouse et tyrannique : il fallut que Cinq-Mars usât ses jours auprès de Louis à courre le cerf et le loup, à fouiller les terriers à renards, à prendre des merles avec des éperviers, le tout en compagnie d'une douzaine de gens de peu et fort mal embouchés. Comme distraction, il avait les histoires de chasse et les propos sur le métier militaire. . . Souvent, le soir, à moitié mort d'ennui, il sautait à cheval et galopait d'une traite jusqu'à Paris, où il donnait la sérénade à Marion de l'Orme qui l'aimait, à moins qu'il ne passât la soirée avec Messieurs du Marais, une société des « plus honnêtes gens de la Cour », paraît-il, et des moins tristes, qui tenait ses assises chez Mme de Rohan. Mais le lendemain, il n'apparaissait que tard au lever du Roi ; Louis, à qui l'on ne manquait pas d'apprendre les frasques de son favori, s'indignait, se lamentait, boudait; Cinq-Mars, las et énervé, lui tenait tête ; bref, c'étaient des scènes, après lesquelles le Cardinal, seul, savait réconcilier le Roi et « Monsieur le Grand » (comme on nommait Cinq-Mars en sa qualité de grand écuyer), en lem* ménageant des accords en bonne et due forme pareils à celui-ci : « Nous, ci-dessous signés, certifions à qui il appartiendra être très contents et satisfaits l'un de l'autre et n'avoir jamais été en si parfaite intelligence que nous sommes à présent. En foi de quoi nous avons signé le présent certificat. Fait à Saint-Germain, le 26 novembre 1639... » — Une faveur si extrême n'était-elle point pour tourner la tête à un favori de vingt ans ?

Or, tandis que Louis XIII traitait Cinq-Mars comme un jeune frère gâté, Richelieu, lui, le gourmandait comme un petit garçon sans importance, et, quand il devina que Monsieur le Grand rêvait de jouer un rôle dans l'Etat, il le rabroua » comme un valet ». Cinq-Mars n'aspirait à rien de moms que

PREPOl\DERA^'CE DE LA FRANCE 87

la main de la princesse Marie de Mantoue ; ue plus, il prétendait assister au Conseil et obtenir un grand commandement militaire. Le Cardinal avait une manière de railler ces prétentions qui froissait cruellement i'amour-propre du jeune homme; puis il lui rappelait aussi, et sans aucune précaution, que, s'il l'avait placé près du Roi, c'était pour lui servir d'eapion... En sorte que, bientôt, Cinq-Mars ne songea plus qu'à perdre le brutal qui le blessait de la sorte.

Il avait été instruit de la conspiration du comte de Soissons ; après la bataille de La Mariée il s'aboucha avec le duc de Bouillon. En même temps il travaillait fort activement à desservir le Cardinal dans l'esprit du Roi. Louis ne détestait pas qu'on lui dît pis que pendre de son ministre; en réalité, il ne prenait point ces propos au sérieux; mais, en les écoutant, il encourageait si bien les conjurés, que chacun d'eux était persuadé qu'il approuvait secrètement le complot. C'est pourquoi, s'étant mis d'accord, l'éternel Gaston d'Orléans, le duc de Bouillon et Cinq-Mars signèrent hardiment un traité avec l'Espagne (mars 1642). Anne fut instruite de cet acte, et le meilleur ami de Cinq-Mars, François- Auguste de Thou, en reçut également la conlidence, qui l'effraya sans le convaincre de dénoncer son ami.

Richelieu, malade à Narbonne, sentait, pour ainsi dire, toutes ces intrigues sans en pouvoir saisir la preuve décisive. Un jour, enfin, un de ses policiers lui procura une copie du traité : il était sauvé. Depuis quelque temps déjà. Louis avait déclaré à Cinq-Mars que les mauvais propos sur M. le Cardinal lui déplaisaient à présent. Quand il eut entre les mains le traité signé par les conjurés, il n'hésita pas à faire arrêter un favori qu'il n'aimait plus guère. Souffrant, il se fît transporter dans la chambre où le Cardinal était étendu : il était tout honteux de son ingratitude ; le ministre mal remis encore de l'inquiétude qu'il avait éprouvée ; tous deux pleurèrent d'émotion, — et décidèrent la mort du jeune Cinq-Mars.

Cela se passait à Tarascon. Richelieu partit pour Lyon par le Rhône, et le bateau qui portait le lit sur lequel il se mou-

* rait remorquait la barque où De Thou était gardé à vue. A Lyon, ii désigna lui-même les commissaires chargés de condamner Cinq-Mars et De Thou, coupaJDie de n'avoir pas trahi son ami. Les deux jeunes gens furent décapités, le 12 septembre, sur la place des Terreaux : tous deux s'appliquèrent à mourir stoïquement, à l'exemple de ces héros de l'antiquité qui étaient si fort à la mode, et ils y réussirent forl bien : leur bravoure fut admirable. Quant à Monsieur, il avoua, dénonça, pleura, s'humilia, bref il fut plus ignoble que jamais. On lui pardonna, ainsi qu'au duc <le Bouillon.

Cependant Richelieu regagnait Paris. Moribond, pourri d'ulcères, presque en décomposition, il voyageait dans une litière, une chambre plutôt, tendue de drap violet, où l'un de ses secrétaires, avec une table et une chaise, trouvait place à ses côtés; et, quand on ne pouvait la placer sur un bateau, cette pesante machine était portée par vingt-quatre gardes, le chapeau à la main. Pour la couchée, on faisait une brèche dans quelque maison, on bâtissait un plan incliné du sol à l'étage, et c'est par là que pénétrait la litière immense, toujours sur le dos des gardes.

En arrivant à Paris, le Cardinal fit chasser le commandant des mousquetaires à cheval, le fidèle Tréville, son ennemi. Puis il obtint, le l"'" décembre 1642, une Déclaration par laquelle Gaston était privé de presque tous ses pouvoirs. Le lendemain, il entra en agonie. Il déclara à son confesseur, le curé de Saint-Eustache, qui l'exhortait à pardonner à ses ennemis, qu'il n'en avait jamais eu d'autres que ceux de l'Etat. Après quoi il expira avec courage, le 4 décembre 1642.

« Le Roi, dit Tallemant, ne fut voir le Cardinal qu'un peu avant qu'il mourût, et, l'ayant trouvé fort mal, il en sortit fort gai. » D'ailleurs, Louis ne changea rien à la politique de son grand miuistre, et il laissa aux affaires les créatures mêmes de Richelieu. Mais, malade, il n'eut pas l'énergie de résister tout à fait à la réaction ; peu à peu les exilés rentrèrent : les Vendôme, la duchesse de Guise ; les disgraciés reparurent : Monsieur; les prisonniers sortirent

de la Bastille : Bassomoierre, Vitrj. Pourtant, quar.d Louis XIII sentit la mort approcher, il se ressaisit. Le 2 avril 1643, il lut devant toute la Cour et les députés du Parlement la déclaration qui subordonnait la régente, Anne, et le lieutenant-général du royaume, Gaston, à un conseil composé de Séguier, Bouthilier, Chavigny etMazarin. Le 8 mai suivant, Louis XIII fut au plus mal; enfin le 14 mai, vers trois heures, il rendit le dernier soupir.

Et quelques jours plus tard, le duc d'Enghien remportait la victoire de Rocroy...

Ouvrages a conshlteb : Les ouvrages déjà cités et les Mémoires de La Porto, de Moniglat, de Campion, de Du Plessis-Besançon, du marqui.s de Ghouppes, de Puységur, etc.

J. P. Basserie, La conjuration de Cing-Mars {i?.9Ci). — V. Cousin, Mme de Hautefort (1836). — Vicomte de Noailies, Episodes delà guerre de Trente Ans (1906-1908). — Le P. de Rochomontoix, Nicohis Cuussin. confesseur de Louis XllL et le cardinal de Richelieu (1911). — A. W'aiidington. La répahligue des Provinces-Unies, la France et les Pays-Bas espagnol fie lobO à 16b& (ioJoJ.

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