‹ Le grand vaincu [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 36 · D2 LE GRAND VAINCU · texte numérisé non relu

D2 LE GRAND VAINCU

et il designa du regard Saint-Preux et d’Arramonde.

Ceux-ci s'étaient levés, dès qu'ils avaient compris que cet officier aux manières si simples et si bienveillantes était le marquis de Montcalm.

David répondit :

— Ce sont deux Français que M. de Frontenac à prié l’Aigle-Noir de conduire à votre camp, monsieur le marquis.

— Ah! vous venez de Québec, messieurs? dit Mont” calm en se rapprochant des deux gentilshommes.

— Non, mon général, nous venons de France, répliqua Saint-Preux qui s’inclina respectueusement.

— De France ! répéta le marquis de Montcalm.

Et aussitôt il tourna instinctivement la tête : une expression émue, attendrie, se peignit sur sa physionomie si mobile, et son regard devenu rêveur se porta dans la direction de cette patrie bien-aimée pour laquelle il combattait en héros, de cette patrie qu'il ne devait plus revoir, hélas ! et où il avait laissé les plus chers objets de sa tendresse.

— De France ! répéta-t-il encore en reprenant soudain le ton vif et animé qui lui était habituel. Comment êtes-vous venus ? Vous deviez avoir une flotte puissante pour forcer l'entrée du Saint-Laurent. Avezvous brûlé quelques croiseurs anglais ? Nous apportez-vous enfin des secours, des hommes, des vivres, de la poudre ?

— Nous sommes venus seuls, mon général, répon-

dit Saint-Preux, sur un brick que les ennemis ont été bien près de prendre, mais que le courage de quelques bons matelots a su défendre. Je ne vous apporte, hélas ! d'autre secours que mon épée. Je suis aussi chargé pour vous d’une lettre de M. le maréchal de Belle-Isle, mon parent.

— Entrez ici, messieurs, dit M. de Montcalm en prenant les devants et en soulevant lui-même le pan de toile qui fermait l'entrée de sa tente. Je serai heureux de causer avec vous de notre cher pays. Je vous demande seulement cinq minutes : le temps de donner le mot d'ordre à M. de Bourlamaque.

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