‹ Le grand vaincu [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 36 · PR LE CU · texte numérisé non relu

PR LE CU

disant : Ah! pour le coup, mon ami, les officiers de

garde ne L'empécheront pas de te présenter à Sa Majesté et de lui demander une compagnie pour le petitfils de Pierre d'Arramonde! Vous saurez, mon cher vicomte, que lorsqu'un d’Arramonde à une idée en tète, il faudrait lui attacher les picds ct les mains pour l'empêcher de Fexécuter. »

Le vicomte de Frontenac sourit etle gentilhomme béarnais continua :

Je suivais donc la voiture du roi, mais à distance, pour ne pas éveiller les soupçons ni les jalousies. Car il faut vous dire que j'avais réfléchi depuis le malin et je n'étais fait ce raisonnement : — Pour: quoi ce blane-bec a-t-il voulu t'empêcher de voir le roi? — Quoique gentilhomme montagnard, j'avais entendu parler de l'envie des gens de cour et je compris aussitôt à quel sentiment le freluquet avait obéi en me barrant la route. Vous allez voir que je ne me frompais pas.

« Me voici donc devant Trianon. Je laisse entrer la voiture du roi ct celles qui la suivent, je me prépare à franchir la grille... Au même instant, qui est-ce que je vois paraitre devant moi, couvert de bijoux, de dentelles, souriant toujours de son sourire impertinent, le lorgnon toujours plaqué contre les yeux?...n Je vous le donne en cent, en mille...

— Le freluquet !... !

— Juste! vous avez deviné ! Eh bien! qu’en pen- | sez-vous ? n'étail-ce pas la jalousie qui le mettait cette

| fois encore sur mon chemin? Pourquoi le trouvais-je à Trianon, lorsque le matin il était de garde au chàteau? Il s'était dit évidemment : Ce gentilhomme a

bonne mine; si tu lui laisses voir le roi, il obtiendra de lui tout ce qu'il voudra, il te prendra ta place peut-

| être... Sa place! un métier de soldat de boudoir! Voilà

bien, en effet, ce qui convient à un d'Arramonde !

<—- Eh bien! monsieur l'officier, dis-je en marchant vers lui, sans m'inquiéter de ses regards outrecuidants ni de son lorgnon, vous voyez que je ne me décourage pas. Je vais voir le roi, et j'ai bien l'honneur de vous saluer. »

« Et je passai, car le carrosse du roi venait de s'arrèter devant les marches; Sa Majesté allait mettre pied à terre.

« Mais l'impertinent eut l'audace de me retenir par un pan de mon habit.

« — Avez-vous une audience de Sa Majesté?» me

demanda-t-il,

tit

« Furieux, je me retournai.

«— Une audience! et depuis quand, m'écriai-je de façon à ètre bien entendu des courtisans qui passaient, depuis quand un d’Arramonde a-t-il besoin d'une audience pour parler au roi? Sachez, monsieur, que mon grand-père à tenu le roi Henri dans ses bras et lui a fait boire son premier verre de jurançon ! Sa Majesté connait bien ma famille et quand je lui dirai qui je suis.

24 LE GRAND VAINCU « — Monsieur, répliqua-t-il, je vous répéterai ce que j'ai eu l'honneur de vous dire ce matin. J’ai la

consigne de ne laisser entrer personne au château. À

Faites-vous présenter demain à Sa Majesté à son lever. ? Un gentilhomme d’aussi bonne famille que vous doit »

avoir de nombreuses relations à Versailles... »

« Et pendant ce temps, le roi étant entré, les voi-

tures avaient disparu, il ne restait plus dans la cour

de Trianon qu'une douzaine de gentilshommes, avec » de la poudre, des dentelles et des lorgnons, eth

ils avaient l'air de se moquer de moi!

« Songez que j'étais venu de Béarn à franc étricr,

que j'avais crevé deux chevaux pour me trouver en b

face d’une pincée d’insolents!... Ah! je ne puis penser encore à cela sans être hors de moi! Les d'Arramonde ont le sang vif et n'aiment pas les railleurs! J'avais les poings crispes, je devais être terriblement pâle, il me prenait des envies d'arracher le fusil du soldat qui montait la garde et de distribuer une correction à ces freluquets !

« Je ne sais plus ce que je dis, ni ce que je fis, mais ce que je sais bien, c’est que le soir, à la brune, M. de Saint-Preux et moi nous étions l'épée à la main, l’un

en face de l’autre, derrière la pièce d’eau des Suisses.

« Ah! Fétoile qui m'avait conduit à Versailles n’était pas heureuse!

« Nous croisions à peine le fer, lorsque le bruit de nos épées altira deux officiers de la maréchaussée

MOSS + RATES SE Von dd NS

TC SRE PRE Rs 2 LE ON US OU SES ne ÉRDRA ner à UE CHNCIL AS

ne

Page 1