‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 23 sur 85 · L’INCENDIE · texte numérisé non relu

L’INCENDIE

Cependant, des coups de feu lointains annonçaent que Gaston de Saint-Preux n’avait pas si facilement raison de ses adversaires.

Un élan superbe, irrésistible, avait entraîné ses soldats à l'attaque du camp anglais.

Mais leurs forces étaient épuisées par tant de cruelles privations.

Arrivés, haletants, à portée de pistolet des Anglais, ils durent s’arrêter. Plusieurs d’entre eux, pris de vertige, tombèrent à terre, râlants, à demi-morts.

Gaston de Saint-Preux fit mettre ses soldats à genoux afin de les garantir autant que possible du feu de l'ennemi.

Les hautes herbes de la prairie leur faisaient un rempart naturel. |

Le feu s’ouvrit sur toute la ligne; mais les Anglais | avaient eu le temps de les voir venir, ils étaient bien préparés à les recevoir.

uent nent

Formée en tirailleurs, la troupe ennemie s’avancait lentement. C’étaient des Écossais, bons tireurs ; leurs coups avaient une terrible précision.

De plus, ils étaient supérieurs en nombre.

Saint-Preux eut un moment d'hésitation.

Au bout de quelques minutes de fusillade, ses soldats avaient été déjà cruellement éprouvés.

Ces pauvres gens avaient à peine la force de tenir leur fusil; la longue course qu'ils venaient de fire les avait exténués. Leurs balles, mal dirigées, causaient peu de mal à l'ennemi.

Les Anglais avançaient toujours. À leur tête se tenait Jackson le Virginien.

Voyant l'incertitude du tr des Français, il marchait à découvert, le bras en écharpe, montrant du bout de son bâton aux tirailleurs cachés dans les herbes les endroits où 1ls devaient diriger leur feu.

De l’autre côté du fort, vers le nord, dans la direclion où d’Arramonde avait promis d'attaquer la première troupe anglaise, on n’entendait plus rien.

Saint-Preux eut une terrible angoisse.

SiJean d’Arramonde était vaincu, le commandant Smith allait pouvoir s’avancer vers le fort, l’occuper, et alors, tant de courage, de souffrances, devenaient inutiles; lui-même se verrait obligé de rendre son épée ou de faire massacrer jusqu’au dernier de ses soldats.

Î n’y avait plus pour lui qu’un parti à prendre : battre en retraite du côté du blockhaus, s’y enfermer ct s’y défendre à outrance.

Pourrait-il seulement arriver jusque-là?

Les hommes ripostaient vaillamment au feu des Anglais et rendaient coup pour coup. Mais l'ennemi était deux fois plus nombreux, son feu mieux dirigé, et une grande distance séparait les Français du port.

Lorsque Saint-Preux arriverait au premier retranchement du blockhaus, combien d'hommes lui resterait-1l? Pourrait-1l avec une poignée de défenseurs repousser l’assaut des Anglais?

Tout à coup un galop sonore retentil sur la gauche; le gentilhomme tourna la tête.

C’étaient les cavaliers américains qui venaient le charger et lui couper la retraite.

Ïls couraient comme des fous, au nombre de vingt environ, faisant caracoler leurs chevaux dont les crinières flottaient au vent.

La situation devenait terrible.

D'un côté les Écossais qui avançaient, marchant toujours lentement et dirigeant un feu inexorable sur celte poignée d'hommes qui cédaient le terrain peu à peu.

De l’autre, les cavaliers accourant à toute vitesse, le sabre ou le pistolet à la main.

Et à cette attaque furieuse Saint-Preux n'avait plus à opposer qu’une trentaine d'hommes!

Il se tenait debout dans la prairie, appuyé sur son épée, se souciant peu des balles qui sifflaient à ses creilles, offrant aux carabines ennemies un but contre lequel elles faisaient rage, et, au milieu de cette vive fusillade dont il ne paraissait guère s’inquiéter, 1l fixait ses regards anxieux sur les cavaliers qui approchaient et que ses hommes, étourdis

mers

ar le bruit et la fumée, n'avaient pas encore Ï

aperçus.

Il remarqua que le tir de ses soldats était moins VIYOUTeUx.

« Courage! s’écria-t-11, et défendons-nous à oulance.

— Capitaine, dit un soldat près de lui en déchirant une cartouche qu'il glissa dans son fusil, voici ma dernière balle, »

Les soldats n'avaient plus de munitions... Et les cavaliers américains, accourant ventre à Lerre, étaient

à deux cents pas à peine.

En ce moment critique, trois détonations successives déchirèrent les airs.

Ces détonations venaient du fort.

Au même instant les cavaliers réunis pour charger se dispersèrent comme un troupeau de daims effarouchés, et, laissant sur le terrain la moitié des leurs que ces trois volées de mitraille avaient couchés par terre, ils firent rapidement volte-face: et s’enfuirent en courant de tous côtés.

« Bravo, La Ressource! s’écria Saint-Preux qui avait constaté les merveilleux effets de la mitraille envoyée si à propos par le brave sergent. »

Ces trois coups de canon lui prouvaient que le fort n’était pas encore aux Anglais, que tout allait bien de ce côté et que Jean d’Arramonde avait dû réussir dans son atlaque contre l’autre groupe anglais,

Tout à coup Saint-Preux vit un homme à cheval accourir vers la droite.

Sa monture faisait des bonds prodigieux sous

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