‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 29 sur 85 · RER AR SRE DÉS EUR ER RE PER EE · texte numérisé non relu

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nous reste plus qu’à mettre l'épée à la main et àvendre chèrement notre vie. David, fais-nous aborder. »

Mais David ne parut pas entendre cet ordre.

Lui aussi, il regardait les pirogues des Hurons qui, très chargées, s’avançaient assez lentement en décrivant un demi-cercle, dans le but d’envelopper les trois barques des Abénaquis.

Une horrible anxiété étreignait son cœur.

Encore quelques minutes, et M. de Montcalm, son général, son héros, M. de Montcalm pour lequel il aurait donné vingt fois sa vie, allait tomber dans celte obscure embuscade ; il allait être le jouet d’une peuplade qui le vendrait peut-être aux Anglais.

Le pauvre David sentait de gresses larmes de rage mouiller ses paupières.

Tout à coup, de sauvages elameurs retentirent sur le fleuve et trouvèrent dans la profondeur du bois de terribles échos.

Les Hurons poussaient déjà leurs cris de victoire.

Il semblait qu'ils n’eussent plus qu’à étendre la main jour saisir leurs ennemis.

« Au rivage, David, au rivage! répéta M. de Montcalm avec animation. Là, du moins, nous pourrons nous défendre... M'entends-tu, David? »

David, comme réveillé en sursaut, se tourna soudain vers les Abénaquis, qui déjà quittaient leurs longues pagaies pour saisir les couteaux fixés à leur ceinture.

« En avant! en avant! leur cria-t-1l ; faites force de rames. Si vous arrivez à l'arbre avant les Hurons, je jure que vous serez sauvés! ! »

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üle, David Kérulaz se tint prèt à plonger dans le fleuve. Les Abénaquis avaient dans le chasseur de bisons autant de confiance que dans leur propre chef. Sans comprendre quel pouvait être le secours inespéré que David leur promettait, ils se penchèrent sur leurs pagaies et firent voler les trois pirooues sur la surface du fleuve.

« Ils sont fous! ils sont fous! s’écria l’un des officiers ; ils vont nous briser contre l'arbre... Arrélez! mieux vaut mourir les armes à la main en chargeant les Peaux-Rouges!T »

Mais les trois barques continuaient leur course,

Quant au chasseur de bisons, immobile et calme, l'œil fixé sur les barques des Turons, il voyait la distance diminuer, sans que rien, sur sa physionomie, trahit ses angoisses,

Cependant les Ilurons, sentant bien que leur proie ne pourrait pas leur échapper, ne faisaient pas usage de leurs fusils. Ils continuaient à ramer, la hache ou le couteau entre les dents, tout prûts à s'en servir au moment de l’abordage pour tuer ct pour scalper.

Quelques coups de feu retentirent cependant. Ils élaent tirés par les sauvages qui, restés sur le bord, assistaient à cette chasse émouvante.

Mais les barques ennemies furent bientôt si près les unes des autres, que l'intervention des Hurons cachés dans les bois pouvait être plutôt un danger qu'un auxiliaire utile pour les guerriers de leur nation. [ls cessèrent donc de tirer et se tinrent deboutsur la rive, attendant le moment de se jeter à la nage et de prendre part à la curée.

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