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On n’était plus qu’à dix toises de l’arbre renversé.
Les barques semblaient redoubler de vitesse comme si un tourbillon les eût emportées.
Malgré leur bravoure, les officiers sentaient un frisson parcourir leur corps.
Encore quelques secondes, et ils allaient se briser contre le tronc de l’arbre…
Encore quelques secondes, et les [urons allaient lancer leurs terribles haches dans les barques et massacrer tout ce qui s’y trouvait.
Ils étaient à portée. Déjà leur chef venait de se lever et de leur ordonner de quitter leurs pagaies pour prendre leurs armes. Par bonheur, à ce moment, et grâce à la célérité avec laquelle lies sauvages obéirent à cet ordre, deux de leurs pirogues se heurtèrent. Il en résulta un temps d’arrèt.
David en profita, plongea et reparut, en un clin d'œil, sur le bord, se glissa sous les branches épaisses, et tout à coup, comme s’il eût été manœuvré par un levier énorme, l'arbre qui barrait le fleuve s’éleva lentement au-dessus des eaux bouillonnantes. Les trois pirogues conduites par les Abénaquis s’engouffrèrent dans cet étroit passage et disparurent sous le tronc noir.
Entrainées par le courant et par la vigoureuse impulsion que les rameurs leur avaient donnée, les barques des Ilurons les suivirent. Mais, au même instant, l’arbre retomba lourdement, écrasant les guerriers hurons et brisant leurs pirogues légères.
Cela fut si subit et si imprévu que les sauvages cachés dans les bois crurent à quelque intervention surnalurelle,
ersé. Les branches touffues de l'arbre qui gisaient sur tesse | les rochers des rapides ne leur avaient pas permis d'apercevoir le chasseur canadien, debout sur la t un roche la plus élevée et supportant l'extrémité de l'arbre sur sa robuste épaule.
riser Cependant les Abénaquis ramaient avec une si furieuse ardeur que, lorsque M. de Montcalm et ses aient officiers, encore tout étourdis du prodigieux événees et ment qui venait si à propos de leur sauver la vie, pensèrent à tourner la tête, ils aperçurent à une de se énorme distance l'arbre couché sur les rapides, au gaies milieu des vapeurs blanchâtres que le bouillonne- > MO- ment des eaux faisait monter vers le ciel bleu. ati Quelques balles sifflérent autour d’eux et vinrent ogues s’enfoncer dans l'eau d’où elles firent jullir des t. agrelles argentées.
clin Puis, tout retomba dans le silence, et l’on n’ennches lendit plus que le bruit cadencé des pagaies mama- nœuvrées par les mains vigoureuses des guerriers ait le abénaquis.
ouil- Bientôt David Kérulaz, émergeant de l'eau, vint M les sauter à l'avant de la pirogue où se trouvait M. de ssage Montcalm et secoua en riant l’eau qui ruisselait de son épaisse chevelure.
rose Le marquis de Montcalm se leva.
les « Messieurs, dit-il en s'adressant à ses officiers, âme remercions tous ce brave garçon auquel nous som- HA mes redevables de la vie. »
ae. | Il étreignit avec force la main de David, tandis 2 ges que ses officiers, émerveillés de tant d'audace el de on | vioueur, poussaient un hourra de reconnaissance
en l’honneur de Bras-de-Fer.
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LE MARCIÉ
Avant d'arriver à Québec, et au moment où les barques passaient devant ce toit de chaume entouré de peupliers auquel David avait fait quelques semaines auparavant de si tendres adieux, le chasseur de bisons s’approcha de M. de Montcalm et lui dit avec un peu d'embarras :
« Monsieur le marquis, vous serez dans une heure à Québec : vous n’avez sans doute plus besoin de mes services ?
— Assurément non, mon brave David, s’empressa de dire Montcalm, 1l n’est pas probable que les Hurons viennent ici barrer le Saint-Laurent. Tu es libre, et, si tes affaires t’appellent de ce côté, tu peux débarquer. »
David dirigea la barque vers la rive, sauta légèrement à terre, et, ayant adressé à M. de Montcalm un dernier salut, 1l s’avança à grands pas vers une maison au toit de chaume, presque perdue au mi-
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lieu des arbres, Sur un banc de pierre placé près de la porte, une jeune fille assise faisait tourner un roue.
David Kérulaz, marchant sur la pointe des pieds, retenant son haleine, le cœur tressaillant d’émetion, s’avançait doucement.
L'ombre qu’il projeta révéla sa présence.
Marthe releva la tête; un cri de surprise et de je? s'échappa de ses lèvres.
€ David! David! » s’écria-t-elle.
Et, se levant, elle courut au chasseur et mit sa petite main dans les siennes.
« David, murmura-t-eile d’une voix entrecoupée, il ne vous est pas arrivé malheur? J'étais inquiète, je ne sais pourquoi. Être restée si longtemps sans recevoir de vos nouvelles! Enfin, vous voici de retour... Je suis heureuse, bien heureuse!
— Oui, Marthe, je suis de retour et pour ne plus vous quitter, dit David Kérulaz d’une voix grave. Le père est-1l à la maison?
— Oui.
— Je vais entrer lui parler. »
David serra la main de Marthe et poussa la porte de la maison.
Le père Dervieux, assis près de l’âtre, taillait le manche d’une bêche.
Il jeta un regard de côlé en entendant la porte s'ouvrir, reconnut le chasseur de bisons et, lui tendant sa main ridée :
€ Bonjour, garçon, lui dit-il. D'où viens-lu ?
— Du lac Champlain.
— Tu as vu M. de Montcalm?
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