‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 57 sur 85 · LE MESSAGE · texte numérisé non relu

LE MESSAGE

Dès le point du jour, le lieutenant Garnley vint réveiller Jean d'Arramonde.

Celui-ci se souleva aussitôt et se frolta les yeux:

« Le moment est venu, monsieur, dit l'officier anglais d’un ton grave. Vous avez cinq minutes pour prendre vos dispositions dernières. »

Jean d’Arramonde parut réfléchir quelques inslants.

« Ne pourrais-je pas parler à votre général ? demanda-t-1l enfin. J'ai une importante communication à lui faire. »

Le lieutenant Garnley connaissait les conditions que James Wolf avait mises à la grâce du gentil homme, et le général lui avait dit de lui amener immédiatement Jean d’Arramonde, si, avant de marcher au supplice, il témoignait le désir de le voir.

Néanmoins l'officier anglais ne put réprimer un mouvement d'étonnement,.

Le sang-froid que d’Arramonde avait montré quelques jours auparavant lorsqu'il était adossé au mur pour être exécuté, sa conduite ferme et résolue depuis qu'il était en prison, ne laissaient guère supposer qu'il pût céder au dernier moment à la crainte du supplice.

Le lieutenant sut pourtant cacher sa surprise, et, s’inclinant froidement, àl dit :

« Je vais vous conduire, monsieur, devant Île général Wolf, » |

Ils traversèrent la cour de la ferme déjà remplie d'officiers et de soldats que l'annonce de lexéeution d’un espion français avait attirés à cette heure malinale.

Dès que d'Arramonde fut en présence du général Wolf, ee dernier fit signe au lieutenant Garnley de se relirer.

Demeuré seul avee le prisonnier :

« Ainsi, dit James Wolf après un court silence, vous avez réfléchi, monsieur”?

— J'ai réfléchi, général.

— Vous êtes prêt à remplir les conditions que je vous ai indiquées”?

— Je suis prêt,

— Vous aiderez mes troupes à débarquer ?

— Oui, dit d'Arramonde en feignant de faire un riolent effort sur lui-même.

— Vous devez comprendre, monsieur, que, lorsqu'il s’agit d’une chose aussi grave que le salut d'une partie de mon armée, je prenne mes précauions et J’exige de vous quelques sûrelés. »

Jean d’Arramonde s’inclina.

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QI faut done que vous m'indiquiez à quelles dispositions vous vous êles arrêté pour assurer Île débarquement de mes troupes.

— J'irai plus loin, général, je vous indiquerai mème, si vous le désirez, quel sera le lieu de débarquement. »

James Wolf eut un geste d'étonnement, Jean d'Arramonde reprit :

«I n'y a sur la côte sud de Québec qu'un point qui soit abordable : c’est l’anse du Foulon.

— Je le sais, mais ce point est gardé par un poste important que M. de Montcalm y à placé,

— Je puis faire relirer ce poste.

— En vérité!

— Alors la route sera libre, et votre armée pourra débarquer en toute sécurité. |

— Mais comment obtenir que ce détachement s'éloigne”? »

Jean d’Arramonde parut réfléchir, mais en réalité son plan était fait d'avance.

Q L faudrait trouver un émissaire, un homme de confiance... »

Puis, comme s’il eût eu une inspiration subite :

« Général, dit-1l, veuillez faire venir cet homme qui a failli être fusillé avec moi l’autre jour, et auquel vous avez daigné faire grâce de la vie. Il se nomme Franck Renaud... On le trouvera facilement au village de l’Ange-Gardien. Il semble audacieux et dévoué, et, comme j'ai eu l’occasion de lui être utile, 1l ne me refuscra pas le service que je lui demanderai. Je lui remettrai devant vous un ordre écrit que je daterai du camp de M. de Montcalm et

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