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David Kérulaz attendit une grande heure.
Enfin son cachot s’ouvrit de nouveau, et il vit paraître maître Taboureau, le geôlier en chef.
Ah! mon garçon, c’est done vous ? dit ce dernier en entrant. Que diable venez-vous faire 1c1 ?
— Mafoi! mon brave François, je vous serais bien obligé de me le dire... Du reste, si ma présence vous gûne, vous savez, Je vous permets de me donner la clef des champs.
— Comme vous y allez! Savez-vous bien, David, que j'ai reçu tout à l'heure l'ordre de vous veiller de près, et, comme si on n'avait pas encore assez confiance en moi, on a mis devant la porte de là prison un piquet de six hommes.
— C'est un grand honneur; j "en suis vraiment fort reconnaissant à ceux qui m'ont fait enfermer ic... Mais vous n'avez sans doute pas reçu pour consionc de m'empêcher de voir mes amis, mes parents?.…
— Non, certes... cependant... |
— Eh bien! faites-moi le plaisir d'envoyer immédiatement un de vos hommes chez Dervieux de Sillery. On dira à sa fille Marthe que je désire lui parler sur-le-champ; 1l s’agit d’une affaire de la plus grande importance. »
Le geôlier parut réfléchir,
Enfin, après un silence :
Soit; J'enverrai faire votre commission, dit-il, mais à une condition, David.
— Et laquelle ?
— C'est que vous me donnerez votre parole de ne pas tenter de vous évader,.
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— Père Taboureau, répondit David, je vous promets de ne pas m'évader si je vois Marthe avant la fin du jour... Sinon, je ne réponds de rien.
— Je vais la faire chercher, je vais la faire chercher sur-le-champ, David, » dit le geôlier en sortant précipitamment du cachot.
Vers le soir, David entendit de nouveau les gros verroux grincer dans leurs anneaux de fer.
« C'est Marthe! » s’écria-t-1l en se levant brusquement.
Son cœur ne l'avait pas trompé. C'était, en effet, Marthe Dervieux, sa fiancée, qui entrait dans la cellule au bras du père Taboureau.
« Marthe!
= David! »
Ce double cri s’échappa simultanément de leurs lèvres,
« David, mon bon David, dit Marthe d’une voix tremblante, est-1l bien possible que vous soyez 1c17...
— Venezici, Marthe, dit le chasseur canadien en atlirant sa fiancée sur le banc de pierre où 1l s’assit à ses côtés. J'ai des choses graves à vous dire. »
Et s'adressant au vieux zeôlier :
« Père Taboureau, dit-il, vous nous laisscrez bien seuls quelques instants ? »
Le vieillard parut hésiter.
€ Eh! eh! dit-il d’un air soupçonneux, on à bientôt fait de mettre une lime dans la main d'un prisonnier et de lui glisser une corde dans la poche. »
David se leva d’un bond :
« Père Taboureau, dit-il. ne vous ai-ic pas juré
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de ne point m'évader? Avez-vous jamais entendu dire que David Kérulaz ait manqué à son serment”?
— Non, mon ami, non, cerlainement ; mais vous comprenez... »
ar un mouvement foudroyant, David saisit le vieillard à la cravate et arracha en même temps, de son autre main, le trousseau de clefs qui pendait à la ceinture du geôlier. Puis, le regardant avec une expression de pitié :
« Voyez, lui dit-1l, si j'avais envie de m’échapper, je n'aurais qu'à serrer un peu plus fort votre cravale et à ouvrir toutes les portes avec les clefs que voici. »
Il lâcha le vieillard, lui rendit ses clefs, et acheva en souriant :
« Soyez tranquille, je n’en ferai rien, père Taboureau. Mais laissez-moi seulement cinq minutes avec Marthe. »
Le vieillard quitta le cachot, et tout en se se. couant comme un chien qui sort de l’eau, il mur: mura :
« Ce diable de David! Il a une façon de plai-
santer!... »
« Marthe, reprit le chasseur canadien dès qu'ils furent seuls, vous êtes une fille de cœur, n'est-ce pas?
— Ah! mon cher David, si je n'avais pas eu du courage, Je n'aurais pu supporter cette terrible nouvelle... Vous, en prison !... Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi ?
— Plus tard... je vous le dirai, Marthe. Vous savez bien que je n’ai rien commis de mal, n'est-ce pas ?
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— Oh! certes, fit-elle en joignant les mains avec une touchante expression de foi candide.
— Eh bien! c'est l'essentiel... Nous nous expliquerons un autre jour, Maintenant, il faut que vous me rendiez un grand, un immense service...
— Parlez, David.
— Lorsque j'ai été pris et amené ici, ditA11 d’une voix rapide, je traversais la ville pour me rendre à l’anse du Foulon... Vous savez qu'il ÿ a là un détachement de l’armée de M. de Montcalm,
— Oui, je le sais. Les pauvres gens! Leur eampement n'est pas loin de notre ferme, et je leur ai donné souvent du lait et des galettes de blé noir.
— Bon!... Vous connaissez sans doute aussi lof. ficier qui commande ce détachement”?
— Oui, vraiment, Il vient quelquefois causer avec le père. Je sais qu'il s'appelle M, de Saint- Preux... un brave jeune homme qui à laissé, lui aussi, je crois, une fiancée là-bas, en France.
— Vous allez partir sur-le-champ et vous irez trouver M. de Saint-Preux. Vous lui direz que vous m'avez vu, que Je suis chargé pour lui d’un message de M. d'Arramonde.… Vousretiendrez bien ce nom”...
— Certes oui, David, dit Marthe en souriant.
M. de Saint-Preux m'a souvent parlé de lui.
— M. d’Arramonde est en ce moment prisonnier des Anglais.
— Ah! pauvre garçon!
— Ils voulaient d’abord le fusiller, mais 1ls lui ont fait grâce, à condition qu’il leur indiquerait sur la côte de Québec un endroit où ils pourraient débarquer et surprendre la ville,
LAS Es. FE lo AS 2 |
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— Ïl a refusé, j'en suis sûre.
— Non, Marthe, il a accepté, 11 doit les conduire devant l’anse du Foulon, vous comprenez... C'est pour cela qu'il faut que M. de Saint-Preux soit prévenu, afin qu'au lieu de se laisser surprendre par les Anglais, il les reçoive avec de bens canons et de bonnes carabines, Je courais l’avertir, mais des coquins m'ont fait enfermer ici... Alors j'ai pensé à vous, ma bonne Marthe...
— Ah! David, vous avez bien fait de penser à moi! dit la jeune fille en se levant. Depuis que les canons des Anglais bombardent notre pauvre ville, j'ai regretté bien souvent de n'être pas un homme, de ne pouvoir, comme vous, tenir une carabine entre mes mains. Enfin je vais donc pouvoir servir mon pays, moi aussi! Je vais pouvoir faire du mal aux Anglais!
— Allezet hâtez-vous, ma bonne, ma courageuse enfant, dit David ému par ces paroles; il n'y a pas un instant à perdre. Il faut que vous soyez ce soir à l’anse du Foulon.
— J'y serai... Adicu, David!
— Adieu, Marthe! »
Le chasseur de bisons embrassa tendrement « fiancée. Le père Taboureau entr’ouvrait justement la porte pour avertir David que les cinq minutes étaient écoulées. La jeune fille sortit.
Alors David Kérulaz eut une aspiration profonde, comme si un poids énorme avait été enlevé de sa poitrine.
« Maintenant, dit-il, à nous deux, monsieur Varin! »
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Au moment où le jour tombait, Marthe Dervieux, sortie de Québec, longeait la haui: falaise qui domine la rive gauche du Saint-Laurent.
La jeune fille marchait d’un pa: ferme et rapide, les mains serrées sur son cœur, comme si elle eût voulu y tenir enfermé l'important secret dont elle était gardienne.
De grands nuages noirs avaient assombri le ciel avant l’heure habituelle de la chute du jour.
On entrait dans la saison des pluies; Marthe redoutait un orage, et cette crainte hâtait encore sa marche.
Bientôt le vent s’éleva. La vaste surface argentée du fleuve se couvrit de rides légères, qui se gonflèrent peu à peu et vinrent se dérouler en écumant sur la longue bande de sable qui s’étendait au bas de la falaise.
Il y eut tout à coup une rafale si violente que
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