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Marthe dut s'arrêter suffoquée et se cramponner à un arbre pour ne pas tomber.
La rafale passée, elle reprit sa course,
Maintenant la nuit était tout à fait venue.
Le ciel était d’un noir d’encre. Heureusement la jeune fille connaissait bien le chemin; elle serait allée les yeux fermés à la ferme de Sillery, et par conséquent elle n’aurait pas de peine à trouver le campement de Saint-Preux, qui en était peu éloigné.
Elle rabattit sur ses cheveux flottants le capuchon noir de sa pelisse, arrondit les épaules et baissa la tête, comme si elle eût voulu se faire toute petite sous le grand effort du vent.
Bientôt elle entendit tomber autour d’elle de grosses gouttes d’eau. Une bouffée d'air humide vint fouetter son visage sous la pelisse qui le cachait. La pluie descendait du ciel en trombes serrées
Le chemin montait et allait rejoindre le sommet d'une falaise, la plus haute de la côte. L’eau qui ruisselait dans ce chemin creux lui donnait l'aspect d’un torrent.
Marthe, secouée par les tourbillons de vent ct de pluie, glissait dans cette fange et semblait près de tomber à chaque pas.
Enfin elle parvint au bout du chemin. D’un côté, un étroit parapet de terre et de cailloux battus la protégeait contre une chute dans le grand fleuve, dont les vagues grossies mugissaient en bas.
De l’autre côté, s’étendait une lande immense, semée de gros rochers. C'était là que David avait conduit l’intendant Varin; c'était dans cette plaine
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que se trouvait, à près de deux milles, l'entrée du vaste souterrain qui communiquait avec la rive inférieure du Saint-Laurent.
Marthe redescendit la pente opposée.
Cette pente, très douce, conduisait à l’anse du Foulon, située à un mille environ.
Quittant le bord de la falaise, la jeune fille se dirigea vers la droite et pénétra dans l’intérieur des terres par un chemin qu’elle connaissait et qui abréveait la route.
Elle devina dans l'ombre la ferme de son père, qui dressait à quelque distance ses murs jaunis et ses grands toits de chaume.
Il lui sembla même apercevoir au loin une lumière qui piquait les ténèbres épaisses,
« Pauvre père, se dit-elle, 1l m'attend, Comme il doit être inquiet! »
Et elle eut la pensée de courir à la ferme, de rassurer le vieillard, de lui dire le motif qui la retenait loin du logis. |
Mais c'eût été perdre du temps, et David Kérulaz lui avait recommandé de se hâter.
La pluie redoublait, le vent faisait toujours rage. Malgré da rapidité de sa marche, la pauvre enfant se sentait toute glacée.
« David! David! murmura-t-elle. Mon Dicu! donnez-moi la force d'aller jusqu’au bout, »
Et pensant à son fiancé qui avait mis sa confiance en elle, pensant à l’armée de M. de Montcalm qu’elle croyait sauver, pensant à Dieu qui devait la protéger, Marthe sut vaincre la fatigue et le froid qui engourdissaient ses membres.
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