‹ Le grand vaincu [microforme]Chapitre 76 sur 85 · LA BATAILLE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE QUÉBEC

L'armée française campée au nord de Québec, près du village de Beauport, s’éveillait à peine lorsqu'un cavalier, monté sur un vigoureux cheval couvert de sueur, parut à travers les petites tentes blanches qu’il renversait dans sa course furieuse.

« Aux armes! aux armes! » criait ce cavalier d'une voix retentissante.

Son cheval s’abattit, épuisé de fatigue ; mais lui, continuant à courir, se précipita vers la tente de M. de Montcalm, où il entra avant que le soldat qui la gardait eût le temps de croiser son arme.

« Monsieur le marquis, les Anglais sont près de Sillery! » s’écria David Kérulaz.

Quelques minutes après, les roulements du tambour emplissaient le camp de leur bruyant appel.

Des officiers couraient de tous côtés, rassemblant leurs hommes et leur faisant prendre les armes.

M. de Montcalm, paisible, résolu, au milieu des

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Cependant là-bas, dans la plaine d'Abraham, l'armée anglaise s’avançait toujours, déployée sur une ligne rigide, partagée en trois blocs qui semblaient être d'acier.

James Wolf, enivré par l'espoir d’une victoire prochaine, marchait d’un pas triomphal au milieu de ses lieutenants.

Son visage pâle paraissait comme transfiguré. Une sorte d’auréole lumineuse jetait autour de lui des clartés vives.

Les regards fixés vers le ciel aux tons d’opale, il récitait à demi-voix des vers inspirés, l’élégie sublime que Thomas Gray venait d'achever et qui se termine par ces mots :

« Le chemin de la gloire ne conduit qu'au tombeau. »

Ses compagnons, l'épée nue à la main, le visage grave, l’écoutaient en silence avec une sorte de recueillement religieux.

Lorsqu'il eut terminé cette invocation qui semblait une prophétie, Wolf se tourna vers ses officiers et leur dit avec un sentiment profond :

« Mes amis, je préférerais la gloire d’avoir écrit de si beaux vers à celle de vaincre tout à l’heure. »

Puis, comme suffoqué par l'émotion qui emplissait son cœur enthousiaste, 1l s'arrêta, planta son épée en terre et fit un signe en étendant les deux bras.

1. Les hauteurs d'Abraham, si tristement célèbres, tirent leur nom d'un pilote, Abraham Martin, qui y possédait une maison.

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