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Et tous vinrent serrer cette main qui si souvent leur avait montré le chemin de la victoire. Quelques-uns y déposèrent un pieux baiser et y laissèrent couler leurs larmes.
Dans le groupe qui était autour de lui, Montcalm avait aperçu David Kérulaz et quelques Canadiens appuyant sur leurs carabines leurs mains noires de poudre et contemplant d’un regard atterré et farouche les derniers moments de ce héros qui mourait pour eux, pour leur pays.
« Viens ici, Bras-de-Fer, » dit Montcalm en s'adressant au chasseur de bisons.
David Kérulaz se jeta à genoux; de profonds sanslots soulevèrent sa rude poitrine; 1} prit la main du marquis de Montcalm et l’arrosa de pleurs.
« Mon pauvre garçon, dit Montcalm d’une voix faible, les Anglais ne m'ont pas permis de tenir la promesse que je t'avais faite... Puisses-tu être heureux, toi et tous ceux de ton pays!... Mes amis, mes enfants, n’oubliez jamais la France !.. »
Puis ses yeux parurent se troubler. Au milieu des affres de la mort, il sembla craindre, pour ce cher peuple canadien qui l'avait tant aimé, la venseance d’un ennemi irrité.
« Monsieur, dit-il à un officier qui se trouvait près de lui, prenez de quoi écrire. Je veux envoyer au général ennemi un dernier mot en faveur de ces braves gens. »
L'officier s’agenouilla à ses côtés, prit une feuille de papier, un crayon, et, se penchant vers le mourant, recueillit les paroles suprêmes qui sortaient de sa bouche.
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« Général, dicta Montcalm d’une voix expirante, l'humanité des Anglais me tranquillise sur le sort des prisonniers français et sur celui des Canadiens, Ayez pour ceux-ci les sentiments qu'ils m'ont inspirés. Qu'ils ne s’aperçoivent pas qu'ils ont changé de maîtres. Je fus leur père, soyez leur protecteur. » :
« Vous enverrez cette lettre sur-le-champ au général Wolf, ajouta le marquis de Montcalm après avoir signé péniblement les lignes si simples et si touchantes qu’il venait de dicter. |
— On dit que James Wolf a été blessé à mort, mon général, murmura un officier.
— Lui aussi! dit Montcalm en hochant la tête. Plus heureux que moi, 1l voit en mourant le triomphe de son pays... »
Quelques instants après, une crise douloureuse parut s’emparer du blessé. Son visage devint encore plus livide. L’altération de ses traits révéla de cruelles souffrances.
Il fit signe à ses soldats, à ses lieutenants, de se rapprocher. de lui. Jusqu'au dernier moment, il voulut voir ces fidèles compagnons de ses dures campagnes, les témoins des merveilleuses victoires qu'il avait remportées pendant trois années dans les grandes plaines de l'Amérique du Nord.
« Mes enfants, adieu... fit-1l d’une voix brisée. Dites bien aux Canadiens que je les ai aimés jusqu'à mon dernier moment... que je suis heureux de mourir pour eux. Pauvres gens qui avaient tant (2 confiance en moi!... Dites-leur bien aussi que les Anglais n’ont dû leur victoire qu’à une infâme tra-
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Un peu à l'écart, d’Arramonde et Saint-Preux se tenaient par la main, muets, désespérés. Pendant la bataille, ils avaient toujours été au premier rang. La compagnie que commandait Saint- Preux avait été presque entièrement anéantie en chargeant l’ennemi à la baïonnette. Lui-même était blessé.
Le marquis de Montcalm aperçut les deux jeunes gens, Il fit un effort pour se redresser, et leur tendant aussi la main :
« Monsieur de Saint-Preux, dit-il, vous direz au maréchal de Belle-fsle que j'ai tenu la promesse que J'avais faite au roi de sauver la colonie ou de périr… Vous le voyez, je meurs sur les ruines de la Nouvelle-France. »
La robuste nature du général semblait disputer à la mort chaque minute de vie. L’agonie fut lente mais très douce.
Enfin, au moment où le jour commençait à baisser, le marquis de Montcalm ferma les yeux. Depuis deux heures il ne parlait plus, mais ses regards encore pleins de vie semblaient communiquer à tous les assistants les pensées qui animaient son âme ardente.
Lorsqu'il vit le blessé fermer ses paupières, le chirurgien secoua tristement la tête. Il glissa sa main sous l'uniforme du marquis de Montcalm, à
l'endroit de la poitrine.
Enfin, au bout de quelques instants, il se releva et dit d’une voix très basse :
« Messieurs, ce grand cœur a cessé de battre. »
Il y eut un moment de stupeur.
Puis, d’un même mouvement, tous fléchirent le genou. Ensuite, un officier se releva, courut vers la porte de l’église et l’ouvrit à deux batltants.
Alors la foule qui se pressait devant le parvis des Ursulines, attendant le dénouement de ce grand drame, entra lentement dans la nef assombrie par les crèpes du soir.
Soldats de cette pauvre armée vaincue, habitants de Québec, Canadiens, sauvages, tous vinrent défiler silencieusement autour du corps près duquel étaient agenouillés cette poignée de soldats et d’officiers fidèles.
Peu à peu des flambeaux s’allumèrent et jetèrent leurs grandes lueurs rouges sur les piliers de la vieille église,
La famée des torches de résine, montant en noirs tourbillons, s’échappa à travers les grandes baics que les boulets et les bombes anglaises avaient ouvertes dans la toiture.
L'église, à demi ruinée par le bombardement, prit, ainsi éclairée, un aspect étrange.
Contre les murailles et dans les nefs latérales, celte foule recueillie, atterrée, murmurant des prières entremêlées de sanglois; de tous côtés, des colonnes brisées, de grandes solives noires s’avançant au milieu des clartés rouges de la nef, des statues mutilées et qui semblent, avec les blessures dont elles sont eriblées, personnifier le peuple canadien décimé par cette guerre implacable; puis, sur le pavé où les bombes ont, en éclatait, creusé de
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Bientôt au loin le canon retentit, les cloches sonnent le glas funèbre, les flambeaux paraissent jeter des flammes plus vives.
Le moment est venu de déposer le héros dans sa dernière demeure.
Au fond de l’église, près d’un pilier, est un trou profond creusé par une bombe anglaise.
Les soldats réunissent de nouveau leurs fusils, en forment un brancard. Le marquis de Montcalm y est silencieusement déposé.
On porte lentement le corps du général à l’extrémité de la nef, on le couche dans l’excavation formée par l'explosion de la bombe ennemie.
C'est là, dans cette église aux murs effondrés, aux piliers croulants, que dormira de l'éternel sommeil le vaillant soldat, le grand capitaine qui avait juré de sauver la Nouvelle-France ou de mourir!
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LE GRAND VAINUU,