ÉPILOGUE
La bataille d'Abraham avait été livrée le 15 septembre. Le 18, Québec capitulait.
Oubliant l’ordre suprême de M. de Montcalm qui lui avait recommandé de ménager lhonneur de la France, Ramsay livrait aux Anglais la capitale, sans essayer de la défendre, et à l'heure mème où elle allait être secourue",
Il fut convenu que la garnison et ses officiers seraient embarqués pour la France.
Deux jours après la capitulation, un vaisseau anglais levait l’ancre dans le port de Québec et “lissait, toutes voiles dehors, sur la surface azurée du Saint-Laurent.
Ce vaisseau était chargé de soldats français. A l'avant, se tenaient deux jeunes officiers, les mains
À. Au moment où la capitulation se signait soixante cavaliers, précédant l’armée de secours de M. de Lévis, venaient d’entrer dans la ville. (Voir l'appendice n° À, à la fin du volume.)
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entrelacées et contemplant d’un regard profond, attendri, cette côte d'Amérique dont ils s’éloignaient pour jamais.
C'étaient Saint-Preux et d’Arramonde.
Ils songeaient à tous ces grands événements où ils avaient joué un rôle et sentaient une poignante émotion oppresser leur cœur.
Ils ne se parlaient pas, car, si leurs lèvres serrées s’élaient entr'ouvertes, si leurs regards s’étaient rencontrés, 1ls n'auraient pu retenir leurs sanglots n1 leurs larmes.
La veille au soir, dans une petite chapelle de Québec, ils avaient assisté au mariage de David Kérulaz et de Marthe Dervieux, encore toute pâle et se soutenant à peine. Le vieux fermier, les servantes de la ferme et deux ou trois laboureurs assistaient seuls à cette modeste cérémonie.
Le visage de tous ces braves était austère et triste.
On lisait sur leur front penché le deuil de la patrie perdue. David et Marthe pensaient au Grand Marquis, qui avait promis d’être leur témoin, et qui était étendu là-bas immobile et glacé, à l’ombre d’un pilier d'église. Ils priaient pour lui les mains jointes. La tristesse de leurs pensées donnait une impression sérieuse et recueillie à ce grand moment de leur vie, qui, dans d’autres cRconstances, leur aurait apporté tant de Joie et de fête
Lorsque, le lendemain, Saint-Preux et d’Arramonde s’embarquèrent pour la France, Marthe et le chasseur de bisons voulurent les accompagner jusqu'au port de Québec,
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En chemin, David Kérulaz dit à Gaston de Saint- Preux :
« Monsieur, vous êtes-vous demandé comment les Anglais avaient pu débarquer et s'établir si rapidement près des hauteurs de Sillery, le jour de celle funeste bataille?
— J'avoue, David, que c’est encore un mystère pour moi, répliqua le gentilhomme.
— Eh bien! monsieur, je vais vous le dire. L’armée anglaise a profité de la marée basse pour s’aj:procher de la partie de la rive où se trouve l’eutrée d'un vaste souterrain qui communique avec le sommet de la falaise. C’est par là qu’elle a pu gagner sans être aperçue la plaine d'Abraham.
— Mais comment le général Wolf a-t-il su que ce souterrain existait?
— Monsieur, je quitterai Québec dès demain, car je connais l’homme qui le lui a indiqué, et, si je le rencontrais, rien ne pourrait m'empêcher de lui loger une balle dans la tête. Il se nomme l’intendant Varin, retenez bien ce nom; c’est celui du traître qui a livré notre pays aux Anglais! »
Quelques. instants après, d’Arramonde et Saint- Preux disaient un éternel adieu à David Kérulaz et à Marthe.
Le moment de la séparation fut une dernière épreuve pleine de tristesse. Les aventures courues ensemble, les dangers affrontés en commun, les angoisses éprouvées pendant cette dernière bataille, la douleur ressentie en voyant mourir sous leurs yeux l’héroïque défenseur du Canada, avaient établi entre eux ces mille liens puissants et mystérieux
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qui semblent déchirer l'âme lorsqu'ils viennent à se rompre.
Enfin le signal du départ fut donné, les deux jeunes gens montèrent sur le pont du navire,
Tant que le vaisseau fut en vue, d'Arramonde et Saint-Preux ne cessèrent d'envoyer des signes d’adieu à ces amis si bons,
si dévoués, qu’ils perdaient pour toujours.
Quelques mots suffiront pour faire connaître ce que devinrent dans la suite les principaux personnages de ce récit,
David Kérulaz réalisa en partie le rève qu'il avait formé de devenir l’un des grands fermiers des rons de Québec.
Dieu bénit ses efforts. Il apporta dans la culture de la terre la hardiesse et le courage dont 11 avait donné tant de preuves durant sa vie aventureuse des prairies.
Grâce à lui, la ferme de Sillery devint un magnifique domaine dont les moissons dorées et les herbeges veloutés s'élendirent à perte de vue. Marthe, loujours bonne, aimante, dévouée, lui donna une nombreuse famille. Peut-être, si on allait de nos Jours frapper à la porte d’une des grandes fermes qui avoisinent Québec, serait-on reçu par un des robustes petits-fils de David Kérulaz..
Quelques années plus tard, la reconnaissance des Canadiens et l’admiration de ses ennemis devaient élever à la mémoire de Montcalm d’impérissables monuments’. En même temps, les misérables qui,