VIRENT : DU CANADA
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Nous ne cachons pas que le but de ce livre est surtout d'intéresser le lecteur à ces grands événements trop ignorés, de lui donner le désir d'étudier cette partie peu explorée de notre histoire, de lui inspirer quelque admiration pour ces héros, nos pères, qui défendirent si vaillamment, à quinze cents lieues de la patrie, l'immense territoire où flottait notre pavillon, — et de l'émouvoir enfin de quelque pitié pour ce malheureux peuple làchement abandonné par la fatale politique de Louis XV, et dont pourtant l’amour filial envers la mère-patrie est toujours resté si fidèle et si touchant‘.
Il nous a donc semblé que notre ouvrage ne serait pas complet, si, après les développements, romanesques dans la forme, mais scrupuleusement exacts dans le fond, que nous lui avons donnés, nous ne précisions, en quelques pages, les événements qui suivirent la mort de M. de Montcalm.
Le soir de la bataille d'Abraham, la petite armée française, battue et dispersée, se réfugia à Québec en désordre. Un conseil de guerre fut aussitôt rassemblé. La délibération fut confuse ; les uns voulaient se fortifier dans la capitale du Canada et y attendre le siège que l'ennemi ne manquerait pas d'entreprendre; les autres, jugeant que Québec ne pouvait se défendre sérieusement, de-
4. Vers la fin de 4870, dans l’assemblée des artisans de Montréal, un sujet de la reine Victoria finissait ainsi son discours d'ouverture des classes du soir : « Et si quelqu'un veut savoir maintenant jusqu’à quel point nous sommes Français, je lui dirai : Allez dans les villes, allez dans les campagnes, adressez-vous au plus humble d'entre nous et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fixa l'attention du monde ; annoncez-lui que la France a été vaincue, puis mettez la main sur sa poitrine et dites-moi ce qui fait battre son cœur aussi lort, si ce n’est. l'amour de la patrie, » (Montcalm et le Canada français, essai historique par Ch. de Bonnechose.)
ie mandaient que l'armée battit en retraite et allât se reforner plus loin. Ce dernier avis prévalut malheureusement. On laissa à Québec une garnison de 1700 miliciens ous les ordres de Ramsay et on se retira du côté du fort Jacques-Cartier.
Ce Ramsay était une créature de M. de Vaudreuil. II ctait indigne d'occuper le poste d'honneur qu’on lui confiait, incapable de commander à des troupes et de ‘eur inspirer la confiance nécessaire dans ce moment de rouble et de danger. Oubliant les dernières paroles Je Montcalm expirant, il eut la lâcheté ‘de rendre sans combat la place qu'il avait mission de défendre.
Dès qu’il avait appris le fatal résultat de la bataille l’'Abraham, M. de Lévis était accouru des rapides du Saint-Laurent où il avait été envoyé pour tenir tête au rénéral Amherst qui s’avançait à l’intérieur avec douze nille hommes, et il avait pris aussitôt le commandement le la petite armée française réunie au fort Jacquesartier.
Six Jours après la bataille d'Abraham, le 19 septemre, 1l se trouvait aux portes de Québec. Là, il apprit ue le lâche Ramsay avait capitulé la veille ; il fit de 1ouveau rétrograder l’armée à Jacques-Cartier.
Aïnsi une poignée d'hommes battus et découragés; es Anglais maîtres de la capitale, maîtres du fleuve par eur flotte puissante; un pays dévasté, ruiné, décimé par
\ guerre, telle était la situation après la bataille d’Araham. Ajoutons que le Canada, défendu par trois ou ‘uatre mille soldats, était attaqué par trois armées anlaises aussi nombreuses que sa population tout entière : — fait peut-être sans précédent dans l’histoire des invaions.
C'est dans de telles circonstances que, froidement, -ésolument, M. de Lévis décida qu'il continuerait la suerre et qu'il reprendrait Québec.
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L'hiver rigoureux suspendait les opérations militaires. Dès que le printemps approcha, au mois d'avril 1760, M. de Lévis rassembla à Montréal trois mille soldats, deux mille Canadiens et sauvages, et reprit le chemin de Québec. Deux frégates françaises, l’Atalante et la Pomone, chargées d’un petit matériel de siège, descendirent en même temps le Saint-Laurent, profitant d'un étroit canal que le dégel avait ouvert au milieu du fleuve. La marche des troupes fut des plus pénibles, les routes étant défoncées par la neige qui commençait à fondre.
Enfin la petite armée, forte de 5000 hommes environ et n'ayant pour toute artillerie que trois pièces de canon qu’elle était parvenue à grand’peine à traîner avec elle, se déploya un matin dans ces mêmes plaines d'Abraham qui avaient été témoins du duel mortel de Wolf et de Montcalm.
Le général Murray, gouverneur anglais de Québec, sorlit aussitôt de la ville pour livrer bataille aux Français. Il avait quatre ou cinq mille hommes de troupes et 22 pièces d'artillerie.
était le 28 avril 1760. Le choc des Français fut violent, désespéré. Les Canadiens chargèrent, ayant un couteau emmanché au bout du fusil en guise de baïonnette. L’artillerie anglaise tonnait contre ces braves; des volées de mitraille fauchaient leurs rangs. Mais ils avançaient toujours, les tambours battant furieusement la charge, et ils se jetèrent sur les Anglais avec rage, comme s'ils eussent compris qu'ils avaient un grand désastre à réparer et une grande mort à venger.
Les Anglais ne purent résister à la superbe furie de cette attaque. Leurs bataillons furent enfoncés et se retirèrent sur Québec; ils perdirent toute leur artillerie (20 canons et 2 obusiers) et laissèrent 1200 morts et blessés. De notre côté, nous avions 700 hommes et 104 officiers hors de combat, parmi lesquels le vaillant
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