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de logis est au milieu de la court, comme vn donjon, puis les courtines et rempars faicts de bois, auec quatre petits bastions faicts de mesme aux quatre coins, esleuez enuiron de douze à quinze pieds du raiz de terre, sur lequel on a dressé et accommodé des petits jardins, puis la grand” porte auec vne tour quarrée au dessus faicte de pierre, laquelle nous sert de Chapelle,
et vn beau fossé || naturel, qui circuit tout alentour 57
de la maison et du iardin qui est joignant, avec le reste de l’enclos, qui contient quelques six ou sept arpens de terre, ou plus à mon aduis. Les Framboisiers qui sont là és enuirons, y attirent tant de Tourterelles (en la saison) que c’est vn plaisir d'y en voir des arbres tous couuerts, aussi Les François de l’habitation y vont souuent tirer, comme au meilleur endroict et moins penible. Que si nos Religieux veulent aller à Kebec, ou ceux de Kebec venir chez nous, il y à à choisir de chemin, par terre ou par eau, selon le temps et la saison, qui n’est pas vne petite commodité de laquelle les Sauuages se seruent aussi pour nous venir voir, ets’instruire auec nous du chemin du Ciel, et de la cognoissance d’vn Dieu faict homme, qu'ils ont ignoré iusques à present. On tient que ce lieu de Kebec est par les 46. degrez et demy plus sud que Paris, de prés de deux degrez, et neantmoins l’Hyver y est plus long et le pays plus froid, tant à cause dvn vent de Nor-ouest qui y ameine ces furieuses froidures quand il donne, que pour n’estre pas le pays encore gueres habité et deserté, et ce par la || negligence et peu d’affection des Marchans qui se sont contentez jusques à present d’en tirer les pelleteries et le profit, sans y auoir voulu employer aucune despense, pour
la culture, peuplade ou aduance du pays, c’est pourquoy ils n’y sont gueres plus avancez que le premier jour, par crainte, disent-ils, que les Espagnols ne les en missent dehors, s’ils y auoient faict valoir la contrée. Mais c’est une excuse bien foible,.et qui n'est nullement receuable entre gens d’esprit et d’experience qui sauent tres-bien qu’on s’y peut tellement accommoder et fortifier, si on y vouloit faire la despense necessaire, qu’on n’en pourroit estre chassé par aucun ennemy; mais sion n’y veut rien faire davantage que du passé, la France Antarctique aura tousiours vn nom en l'air, et nous vne possession imaginaire en la main d’autruy, et si la conuersion des Sauuages sera tousiours imparfaicte, qui ne se peut faire que par l’assistance de quelques colonnes de bons et vertueux Chrestiens, auec la doctrine et l'exemple des bons Religieux.
Apres nous estre rafraischis deux ou trois iours auec nos Freres dans nostre pe-[] tit Couuent, nous montasmes auec les barques par la mesme riuiere Sainct Laurent, iusques au Cap de Victoire, que les Hurons appellent Onthrandéen, pour y faire la traicte: car là s’estoient cabanez grand nombre de Sauuages de diuerses Nations ; mais auant que d’y arriuer nous passasmes par le lieu appelé de Saincte Croix, puis par les Trois Riuieres, qui est vn pays tres-beau, et remply de quantité de beaux arbres, et toute la route vnie et fort plaisante, iusques à l'entrée du Saut Sainct Loüis, où 1l y a de Kebec plus de 60. ou 70. lieuës de chemin. Des Trois Riuieres nous passasmes par le lac Sainct Pierre, qui contient quelques huict lieuës de longueur, et quatre de large, duquel
l'eau y est presque dormante, et fort poissonneuse ; puis, nous arriuasmes au Cap de Victoire le iour de la Saincte Magdeleine.
|| Du Cap de Victoire aux Hurons, et comme les Sauuages se gouuernent allans en voyage et par pays.