LES GREFFES SUR TABLE
La greffe en place est un travail pénible à faire. Elle oblige le vigneron à braver les intempéries, fréquentes en cette saison de Tannée, pour pratiquer une opération délicate et compliquée. On reconnaît aujourd'hui que la gretie sur table permet de décupler le nombre de greffes , tout en donnant le moyen d'obtenir, sous notre climat, des soudures plus parfaites que par la greffe en plein champ.
Toutefois, dans le Midi, la gre^e sur place est encore préférée. Le greffage sur boutures réussit moins bien en général dans la région méditerranéenne qui est sèche, que dans celle plus humide du Lyonnais, du Beaujolais et du Maçonnais ; ce qui s'explique facilement par le fait que la bouture doit non seulement se souder, mais encore s'enraciner, et qu'une certaine humidité est nécessaire pour cela. Malgré cette situation défavorable, le Midi a reconnu les avantages de la grcfle-bouture, et chaque année voit augmenter le nombre des partisans de ce mode de greffage.
Préparation des sujets, — Les vignes dont les sarments sont destinés au bouturage doivent être taillées pendant la morte saison, quand les rameaux sont bien aoùtés. Le sujet choisi pour rameau-bouture doit être robuste et sain, exempt d'anthracnose , à tissus bien lignifiés, et muni, autant que possible, de son talon coupé dans le vieux bois; on conserve ainsi les bourgeons de la base, lesquels sont très favorables à l'enracinement.
Aussitôt taillés, les pampres sont coupés à la longueur voulue et réunis en paquets. 11 ne faut jamais laisser les
branches sur le sol; le mieux est iJe les faire ranKisscr, à mesure qu'on taille, atiu qu'elles ne se dessèchenH pas.
Pour coaserver les boutures jusqu'au moment de les utiliser, on les place dans un cellier ou sons un hangar, par lits horizon laux de quelques ceutiinètrca alLeraant avec des couches de ^iihle très léf^^èrement humide, de pareille épaisseur. Les couches se succèdent et le tas est terminé par une couverture de 30 à 40 centimètres de sable ou de terre franche.
Plants racines. — Les plants racines sont des boutures mises en teriB au printemps précédent et qui, pendant la belle saison, ont émis des racines qu'il faudra éviter d'endommager â l'arrachage et garder aussi longues et aussi nombreuses que possible, jusqu'à la plantation.
Les mérithalles racines s'obtiennent en pratiquant le marcottage; c'est un moyen facile et économique de se pi-ocurer des porte-greffes de toutes les variétés dont le bo u tu ra ge est di f fi ci ïc .
Les sujets racines, arraches en janvier, février ou mars, un mois avant le greiïage, ont été mis en jauge, bien couverts de terre , dans un endroit sec , plutôt à Tombre , tt à la portée du local destiné au greîfage-
Préparation des greffons, — Le rameau-grelTon doit être un sarment ro buste j à écorce saine, aux yeux rapprochés, indice d'une bonne constitution, choisi sur un pied de vigne vigoureux. Les sarments provenant de souches déjà âgées offrent plus de chances de réussite que ceux des jeunes plants, (jui sont plus mous et plus vite desséchés. Le greffon doit toujours être pris dans le sarment le plus rapproché de la souche ; c'est toujours le plus mûr et le mieux nourri.
Le meilleur moment pour détacher les rameaux est
février et mars, le plus tard possible avant le mouvement de la sève; non que la sève nouvelle soit un obstacle à la reprise, au contraire, mais il faut qu'au moment du greffage, le sujet soit, autant que possible, un peu en avance de végétation sur le greffon ; caria soudure doit se faire rapidement, et si le greffon était trop avancé, il aurait plus de risques de se dessécher, soit avant la greffe, soit après.
Le fractionnement des rameaux en greffons de longueur définitive se fait à l'époque même du greffage. Néanmoins, beaucoup de pépiniéristes les sectionnent et les mettent en stratification immédiatement après la taille et cela sans inconvénient, pour s'épargner de la besogne au printemps.
Pour empêcher toute végétation sur les greffons et cependant les maintenir frais , on dispose les petits paquets de greffons par couches superposées, alternant avec un lit de sable fin, comme nous l'avons dit pour les porte-greffes, mais presque sec. Le tout est recouvert d'une forte couche (30 à 40 centimètres) de môme sable, sous laquelle les greffons restent préservés du contact de l'air et de la chaleur^ jusqu'au moment de les utiliser.
Pour juger de la qualité d'un greffon au moment du greffage, on fait une section au sarment : si l'on reconnaît que la couche verte située sous l'écorce est desséchée ou qu'elle a noirci, c'est qu'il a perdu sa vitalité. Parfois cependant, le Solonis paraît sec et un peu blanc, alors qu'il est parfaitement greffable. Mais la réciproque n'est pas toujours vraie, et des sarments verts demeurent quelquefois endormis. Dans ce dernier cas, on place quelques sarments dans un vase plein d'eau, et on les maintient à une température un peu élevée, jusqu'à ce que les bourgeons se gonflent et s'ouvrent. L'eau doit perler à la partie sectionnée du sarment.
Greffe en fente pleine.
Cette excellente greffe n'est guère pratiquée sur table que pour des sujets très gros ou très petits.
On coupe le sujet perpendiculairement aux fibres, à l'aide d'un sécateur, à 2 centimètres d'un nœud environ; puis, à l'aide d'un couteau, on pratique au milieu une entaille de 1 centimètre de profondeur.
Le greffon est choisi d'un diamètre égal à celui du sujet, afin d'avoir chance d'obtenir une soudure de chaque côté ; on le taille en biseau sur les deux faces (fig. 9) en donnant à chaque côté une penle égale; alors on Tenfonce de façon à fendre le porte-greffe jusqu'au nœud; on obtient ainsi un contact parfait et le nœud empêche Téclatement de la tête du sujet (fig. 10)
Ce procédé offre l'inconvénient de laisser des solutions de continuité qui se recouvrent tardivement et d'une manière incomplète, à Torigine des biseaux de la greffe ; il donne lieu, en outre, à des greffes moins solides au début et à des bourrelets plus volumineux que la fente anglaise.
La figure 11 représente cette même greffe, exécutée sur un sarment plus gros, avec deux greffons introduits dans la fente.
Pour la bonne réussite, il est essentiel de faire bien coïncider les épidermes extérieurs
Figure 9. — Greffon préparé
Figure 10. — Greffe en fente pleine. — Figure 11. — Greffe en fente simple à double greffon.
Greffe à. cheval.
La grefife à cheval n'est rien autre qu'une greffe en fente renversée.
De braves gens qui ne redoutent ni la difficulté ni les reprises moindres ont trouvé le moyen de la compliquer un peu en la faisant à double fente. La gravure (fig. 13) explique assez cette variante fantaisiste.
Greffe en fente évidée.
Pour ce greffage, il faut opérer sur des objets de même diamètre. Après avoir fait une section transversale du sujet, on le fend à l'aide d'un couteau très mince, en évidant le milieu , de façon à produire une fente en V, dans laquelle viendra s'introduire le greffon taillé à deux biseaux. On emploie plusieurs genres de machines, parmi lesquelles la plus connue et la meilleure est celle de M. Despujols de Saint-Philippe d'Aiguille.
Comme de la solidité de la greffe dépend sa bonne soudure, il faut lier l'extrémité des languettes, pour qu'elles se collent bien sur le greffon. Le plus grand inconvénient de la greffe en fente évidée , nommée encore greffe à cheval renversée , c'est que les languettes très minces se dessèchent et que la soudure ne s'opère pas alors. Et puis, il y a souvent un côté plus mince que l'autre ; les bois sont aussi mâchés par l'instrument.
Figure 12. — Greffe à cheval. — Figure 13, — Greffe à double fente. — Figure 14. — Greffe en fente é vidée.
Figure 15. — Greffoir pour la fente évidée, système Despujols.
Greffe anglaise.
On peut la considérer aujourd'hui comme celle qui donne les meilleurs résultats lorsqu'elle est bien faite sur des sujets assez jeunes et avec des greffons d'un diamètre correspondant.
On considère comme diamètre minimum possible 5 raillim. 1/2 avec le Vialla, et 6 à 7 millim. avec les autres cépages, l'opération devenant trop difficile au dessous de ces dimensions, au point de vue de l'exécution manuelle.
Figure 16. — Coupe du porte-greffe. — Figure i7. — Préparation du greffon.
Le porle-greffe est taillé sur talon, d'ane longueur d'environ 22 centimètres. D'un coup de greffoir, on obtient le biseau allongé m ; un second coup partant de la pointe du biseau, entre le sommet m' et la moelle, produit une fente m" longue de 1 à 2 cent., parallèle à Taxe ; une simple fente sufiBt. Il n'y a pas d'inconvénient à combiner cette préparation du sujet, de façon à ce qu'il soit conservé un œil o sur le dos du biseau, soit à la base, au milieu ou à la pointe ; son évolution attirera la sève sur la greffe, jusqu'à ce que l'ébourgeonnement en ait fait justice.
Le greffon est d'ordinaire coupé à 1 ou 2 yeux, suivant la longueur des mérithalles ; pourtant, dans le cas des greffes sur boutures, on ne conserve habituellement qu'un œil, afin de mieux proportionner l'appareil extérieur avecr le faible développement que prennent les racines au début et d'éviter le dessèchement qui résulterait de la transpiration d'un grand nombre de feuilles avant l'apparition des premiers de ces organes.
Etant donné le greffon N (fig. 17), un coup de greffoir produira le biseau 7i allongé également, commençant en face de l'œil u et se terminant en n\
L'opérateur tourne le greffon la pointe en l'air et, par un nouveau coup d'outil, produit la fente n" parallèle à l'axe, commençant entre la pointe et la moelle et longue également de 1 à 2 centimètres; on n'enlève aucune esquille.
Ici encore , le bourgeon u conservé sur le dos du biseau excitera les arrivages du fluide séveux, favorable à l'agglutination de la greffe.
L'assemblage est tout tracé. Le bec de flûte nn* du greffon étant amené sur le bec correspondant mm' du sujet, on fait glisser de haut en bas; la languette du greffon s'engage dans la fente du sujet et les deux parties sont
agrafées. Cet assemblage s'exécute, pour le greffage sur table, en faisant glisser les deux boutures française et américaine sur l'index de la main gauche.
Si le greffon est plus étroit , on le ramène en rive de la tranche du sujet, pour que les épidermes puissent coïncider sur un côté au moins.
Si la greffe a été bien faite, toutes les sections doivent porter à plat les unes sur les autres et se recouvrir parfaitement ; elle doit posséder un certain degré de solidité résultant de la précision de son emmanchement. La ligature ne doit servir que comme moyen d'empêcher les déplacements qui pourraient se produire à la suite de chocs accidentels.
Les biseaux doivent être taillés à 17 degrés environ d'inclinaison, autrement dit la coupe du biseau doit avoir une longueur d'un peu plus de trois fois le diamètre des sarments à greffer. On cherchait au début à faire des sections ^dirnafstiT très allongées, dans la pensée d'augmenter le ilwuU. ^ plus possible les surfaces de contact et d'obtenir ainsi de bonnes soudures avec peu de bourrelet. L'expérience a démontré que la coupe en biseau très aigu entraîne la formation de languettes très minces, qui se dessèchent facilement, et par suite, ne peuvent plus se souder ; de plus, les biseaux n'ont pas la rigidité voulue pour garder la direction rectiligne qu'ils doivent conserver ; une fois la greffe assemblée, ils se courbent et laissent des vides. Les commençants devront s'exercer pendant quelques heures sur des rameaux n'ayant aucune valeur, pour acquérir un certain tour de main dans l'exécution du biseau, avant de 3'occuper de faire la fente et d'assembler le greffon avec le sujet.
Ua bon ^^reffeur exécute facilenieiit île 700 à t,OOÛ greffes» non liées, dans sa jour iiOe. Dans nos chantiers, la moyenne varie de 750 a 800. Mais nous avons eu aussi des phénomènes qui nous ont lait 5.500 greffes par jour.,. Dire qu'elles étaient irréprochuhles, non. Nous avons envoyé les phénomènes greffer ailleurs.
Pour chaque greffeur, nous mettons nne lieuse, Quelques-nns de nos confrères en viticulture inettenÈ seulement une lieuse pour 2 f^t^effeurs ; à notre avis, c'est une petite économie, il vaut mieux que la personne qui lie ait de l'avance pour que lopération soit faite à mesure et avant tout dessèchement.
Pour avancer le travail, chaque lieuse a devant elle une sorte de lame de couteau, fichée verticalement dans la table, dont elle se sert pour couper les tiens en présentant ceux-ci devant la lame.
Disons aussi que les femmes sont d'excellentes ouvrières pour la greffe ; leur main délicate est préférable à la rude poigne du cultivateur.*, mais il y a la langue et puis, faut-il le dire, bien des ouvriers voient d'un mauvais œil cette intrusion qui les menace.
Figure 19» — Greffe anglaise. -— Figure W. — Greffe anglaise à double grellon.
Couteaux et machines.
Le couteau à greffer ne présente rien de spécial dans
sa disposition sauf que le côté de la lame qui se trouve dessous pendant la coupe doit être plat et le biseau tout d'un côté, afin que la section elle-même soit bien plane.
Cette disposition ne peut être maintenue qu'à la condition de n'aiguiser la lame que sur la face convexe. En effet, l'aiguisage, quel que soit le soin avec lequel il est exécuté, produit toujours une certaine convexité à la partie de la lame voisine du tranchant, d'où des oscillations et des variations d'inclinaison qui donnent lieu à des coupes festonnées qu'il importe d'éviter, en la faisant porter sur une partie parfaitement plane.
Le meilleur couteau à employer est le greffoir Kunde, Figure ?i. — GreffoiTKunde. avec un seul biseau.
- Serpette Kunde. j^e greffeur le tient de la main
droite, toujours le biseau en dessus, et la partie plane en dessous ; de l'autre main, il saisit le porte-greffe ou le greffon, les tient, l'un après l'autre, solidement et horizontalement fixés contre son flanc gauche, et dirige la coupe de son couteau de gauche à droite, avec une inclinaison de 15 à
18". La coupe doit se faire vivement et, par la pratique, le greffeur doit tendre à l'exécuter du premier coup, avec la pente et la netteté voulues.
Figure 22. — Manière d'opérer la greffe anglaise.
Ce grefiFoir s'aiguise avec une pierre du Levant, mais jamais avec des grès, qui usent trop vite et donnent un fil grossier.
Les machines à greffer.
Il y a longtemps déjà qu'on a pensé à employer les machines pour rendre le travail de la greffe plus rapide et en quelque sorte automatique. Peu d'industries ont fait éclore autant d'inventions. Il y a bien une dizaine de mille de sortes d'appareils à greffer, tous plus excellents les uns <jue les autres, à entendre les inventeurs, tous moins pratiques quand on les emploie.
Qu&l beau musée rélrospecUf nous pourrions faire avec tous les gretfoirs mécaniques que nous avons achetés ou qu'on nous a adressés. Nombre d'entre eux sont fort ingénieux, tous sont sans emploi.
Le grand défaut de la plupart de ces machines est la difficulté d'aiguisage. Or un bon greffeur ne fait jamais cent greffes sans repasser son greffoir, en le glissant deux ou trois fpis sur la pierre sans presque arrêter son travail. Pour les machines, c'est tout une histoire, il faut dévisser et revisser la lame ; l'aiguisage est long, on le néglige, on fait de mauvaises coupes et partant de mauvaises greffes. Voilà pourquoi, viticulteur et mécanicien, nous laissons de côté les machines et disons : rien ne vaut un bon greffoir, le prix n'est rien pour un bon outil, mais un greffoir de vingt sous vaut mieux qu'une machine à greffer ^.
Époque pour greffer
Si du 1 au 20 avril, dans la région moyenne — un peu plus tôt dans le Midi, un peu plus tard dans le Nord — on
1. Ce que nous avons peine à comprendre c'est que certains fabricants s'obstinent à vouloir employer du mauvais acier. Voici ce que dit à cet égard le Bulletin de la défense des intérêts des couteliers de France juin 1888 : « Avant de traiter cette question de l'acier employé pour la fabrication, répétons ce que nous avons dit, c'est que ce qui s'écrit dans le Bulletin n'étant lu que par la corporation, le client n'a rien à voir dans nos discussions. Tranquillisé sous ce rapport, disons de suite que notre coutellerie serait la première du monde, malheureusement la qualité laisse souvent à désirer. »
Cette affirmation du Bulletin nous paraît bien grave et bien maladroite ; nous persistons à croire, malgré ses dires, que nos fabricants français ne sacrifient pas la qualité de l'acier pour un gain supplémentaire de un centime par greffoir qu'ils ne pourraient obtenir qu'aux dépens de leur réputation.
pouvait greffer et mettre en place tous les planls, on aurait, dans- une année ordinaire, toutes les chances de succès.
Mais dès qu'on opère sur des quantités un peu considérables, il ne peut plus en être ainsi et il faut greffer plus tôt et plus tard. On peut greffer alors du commencement de février à la fin de mai ; néanmoins, nous considérons les greffes faites au commencement de mai convme les meilleures, à condition qu'on ait à sa disposition de bons greffons qui ne soient pas poussés. Les greffes faites plus tard ont de moins belles poussées et sont parfois surprises par les froids précoces avant Taoùtement du bois. Quand on a à faire des greffes sur boutures et sur racines, on commence parcelles-ci. Si ces greffes sur racines sont destinées à être mises en place de suite, on laisse toutes les racines en se bornant à les rafraîchir avant de planter. On les rogne, au contraire assez court, si elles doivent passer par la pépinière.
Ligatures et engluements.
Les greffeurs donnent aujourd'hui presque partout la préférence au Raphia, employé comme lien, en raison de son bas prix, de son emploi facile et de sa souplesse, et aussi parce qu'il ne fatigue pas la main de la lieuse. Il provient des feuilles d'un palmier de l'Inde ou de Madagascar, dont on forme des liens de 1 à 2 mètres de long sur 10 à 15 millimètres de large, d'une couleur jaune paille, soyeux, souples, doux au toucher et d'une très grande ténacité.
Le Raphia a un autre avantage : il dure indéfiniment à l'air, mais, en terre, il se pourrit et disparaît assez rapide-
ment pout ne pas risquer d'étrangler !e Lois et pour supprimer l'opération longue, eDouyeuseet diffirile du déliage de la greffe. On lui a reproché de pourrir trop rapidement dans les années pluvieuses ; mais lorsqu'on redoute sa décomposition trop rapide, il vaut mieux l'employer en brinsun peu plus gros que de le sulfater ; car, dans ce dernier cas, il se conserve trop longtemps en terre et mortifie lâj greffe en la serrant A trop sulfater nous avons perdu, une année, plus de 100,000 greffes. Aujourd'hui^ quand les greffes doivent être stratifiées avant la plantation et qu'on craint que le lien ne tienne pas jusqu'au moment de planter^ on sulfate le raphia en le trempant quelques minutes dans une solution de sulfate de cuivre au titre de 2 à 3 grammes par litre d'eau.
Le raphia ayant le défaut de glisser, on le tord sur luimême à chaque spire que Ton fait à grande maille afin de laisser des interstices libres, pour que la greffe ne s'échauffe pas et puisse librement se développer. Il faut qu'il soit serré fort, très fort, le plus fort possible. En commençant, on applique le lien longitudinalement sur le plant américain; on fait deux ou trois tours serrés sur les languettes; puis, après quelques spires écartées, on finit par deux ou trois tours rapprochés ; on serre en faisant passer le lien sur lui-même ; à la fin , il y a un coup de doigt facile à saisir, au moyen duquel on le fait passer sous Juimême une fois, ou mieux deux fois, pour obtenir le nœud du charretier.
Dans le Beaujolais, l'engluement n'est guère pratiqué ; le mode le plus simple, le meilleur et le plus usité dans le Midi, consiste à plonger les greffes faites dans de l'argile plastique délayée dans un baquet pour former une bouillie épaisse.
Stratification des greffes.
Nous sommes d*avis de planter les greffes en pépinière à mesure de leur confection, mais bien des gens ne partagent pas cette manière de voir et croient préférable de ne les planter qu'après les avoir laissées en stratification pendant un mois ou deux. Ils prétendent que cela facilite la soudure et assure une plus belle reprise : chez nous, c'est le contraire qui se produit, mais diverses causes, les mauvais temps peuvent empêcher la plantation et obliger de recourir quand même à ce moyen.
Pour faire stratifier les plants, les mettre à l'abri de l'air et de la chaleur et les empêcher de pousser, on procède comme nous l'avons dit pour la conservation du bois à greffer.
Sous un hangar, au nord autant que possible , on étend une première couche de sable très légèrement humide. Sur ce sable, on dépose une couche de greffes, par paquet de 10, on recouvre ces paquets par une épaisseur de 4 à 5 centimètres de sable, et ainsi de suite, en ayant soin que le sable pénètre bien dans l'intérieur des paquets; c'est pour faciliter cette pénétration qu'il ne faut pas faire les paquets de greffes trop gros. La dernière couche de greffes doit être recouverte par 30 ou 40 centimètres de sable.
Il est bon de sulfater légèrement les liens des greffes destinées à être stratifiées pour éviter qu'elles se délient quand on les retire du sable pour les planter.
C'est ordinairement pendant le mois de mai que ce retrait est pratiqué. A ce moment, la plupart des greffes sont à moitié soudées ; elles ont commencé à émettre des racines si la stratification date d'un mois ou deux.
Lorsque les plants ne doivent rester que quelques joui's avant la plantation, on peut, comme pour les expédier, se contenter de les mettre en caisses par lots minces et par paquets de 10 entourés de mousse humide, mais ce procédé ne vaut rien pour prolonger la durée au delà d'nne semaine ou deux : souvent des greffes sèchent ou moisissent pendant ce laps de temps.
PLANTATION EN PÉPINIÈRE La pépinière. — Préparation du soL
Le passage par la pépiniêce, avant de mettre définitivement la greffe en pleine terre, offre des avantages certains. L'emplacement qu'elle exige étant restreint, on a pu faire choix d'un terrain plus riche, plus meuble ^ plus penuéahle, plus propre à la prompte émission des racines et à la production rapide de la sève : voilà une première supériorité de la pépinière. Celie-ci peut presque toujours être arrosée d'une manière on d'une autre j si ce n'est par irrigation, au moins avecTarrosoir, 11 suffit parfois de quelques hectolitres d'eau pour sauver des ceutaines, des milliers de plants réunis dans un petit espace, tandis que ce serait une grosse affaire que le transport de ceLLe eau sur de grandes surfaces fort éloignées. Il est facile de lui choisir une exposition h Tahri du froid ou de la chaleur.
Le travail est dix fois moindre dans une pépinière, d'ahord parce que les plants occupent une surface plus de 20 à 30 fois moindre j ensuite parce que le terrain étant mieux ameubli devient plus facile à travailler. On peut, en outre, combattre plus aisément le mildiou par le sulfate de cuivre, et les tentatives d'affranchissement du greffon par la suppression des racines qu'il essaye d'émettre.
Enfin, et c'est le point capital, on épargne à la plantation définitive les manquants toujours trop nombreux, et Ton arrive à donner à une vigne cette régularité, cet alignement, cette bonne tenue qui réjouissent la vue et sont si chers aux viticulteurs.
Pour l'établissement de la pépinière, les sols légers, sablonneux, ou de consistance moyenne seront toujours préférés, surtout s'ils s'égouttent facilement en hiver et conservent une certaine fraîcheur en été.
La préparation consiste en un défoncement de 40 centimètres, exécuté autant que possible en automne, afin que le sol reçoive les influences atmosphériques nécessaires à son complet ameublissement.
En défonçant, on applique une bonne fumure, plutôt entre deux terres qu'à fond de raie.
Comme on se propose surtout de faire raciner les plants le mieux et le plus vite possible, rien ne favorise mieux rémission du système radiculaire de la vigne et son développement , qu'un apport important d'acide phosphorique sous toutes ses formes. Forts de l'expérience, nous conseillons vivement l'emploi de 100 à 150 kilog. d'acide phosphorique, sous forme de superphosphates ou de phosphates précipités; le triple, s'il s'agit de poudre d'os, et 500 à 600 kilog. , si l'apport est fait avec des phosphates fossiles ou des scories de déphosphoration.
On se trouvera bien de mettre ces deux dernières substances au milieu de la couche arable, comme il est d'usage pour le fumier : lors du défoncement qui doit toujours précéder l'établissement des pépinières, pour mettre celles-ci en état de mieux résister à la sécheresse et aux pluies. Quand il s'agit de fumer des pépinières déjà existantes, il est préférable de recourir aux superphosphates et aux phosphates précipités.
Après Tarlde phosphorique, c'est Tazotc qui vient au second rang, comme agent ferliliisatetir, La dose qui nous c toujours le mieux réussi est celle de 55 â 60 kilog. â rhectare, sous forme d'un apport de 200 kilog. de nitrate de potasse et 1 50 kilog. de sulfate d*aninioniaque.
Les 90 kilog. de potasse pure en combinaison dans le nitrate ne sont pas inutiles ; ils aident au parfait aoùtement du bois. Nous nous sommes toujours bien trouvés de semer le nitrate, fin février ou commencement de mars, en l'en* terrant ensuite par un coup de râteau.
Nous avons aussi obtenu de bons résultats en mêlant intimement au sable que iious mettons dans le fond de la fosse et dans lequel nous piquons les boutures, un engrais composé de :
100 kilog. sulfate d'ammoniaque; 150 — nitrate de potasse; 250 — phosphate précipité.
Bien qu'il y ait, avec les engrais chimiques , possibilité théorique de laisser la pépinière sur le même terrain, nous conseillons de ne pas la continuer plus de 4 ans sur le même emplacement. Malgré toutes les précautions, il reste toujours, après l'arrachage, des sarments et du bois mort sur lesquels se développent des cryptogames saprophytes^ Rœsleria, Fibrilaria^ etc., qui nuisent beaucoup à la culture et à la reprise.
Plantation.
Les plants sont apportés directement de l'atelier de greffage ou du silo de stratification, dans une caisse, par paquets de vingt, recouverts et entourés de mousse humide pour éviter le dessèchement.
figure 2â.
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^gu7^e 25.
Figure 27.
lions pour favoriser rémission des racines. On achève rlc rcmjdir le fossé avec de la terre (fig.
27) et on termine la plantaLion en formant sur toute la ligne de greffes un petit bourrelet de sable (fi g, 28) qui recouvre le greffon tout entier en dépassant T extrémité supérieure de celui-ci de 4 à 6 centimèirea.
On peut aussi planter en se serran L dn plantoir ou fi chou .
Pour faciliter les soins à donner aux greffes, on les dispose ordinairement par planches de i lignes chacune avec nne petite allée de 40 A 50 centimètres de largeur â droite et à gauche; les 4 lignes de greffes composant la planche sont espacées de 25 à 30 centimètres.
Figure 28.
Nous préférons encore, quand la place le permet, espacer toutes les lignes à 50 centimètres les unes des autres, parce qu'avec cette distance le sevrage est rendu plus facile.
En opérant ainsi, une équipe de 4 hommes arrive facilement à planter 4,000 greffes par jour,
L'nsage du plantoir est d'une application difficile et dangereuse pour les houtures greffées, et quelque soin que Ton prenne , en faisant tomber la terre pour combler le trou, on risque fort d'ébranler et de déranger la greffe, La plantation à fossé permet de mieux voir ce que Ton fait, de mieux placer le point greffé au niveau que Ton désire et de mieux surveiller le travail que celle faite au plantoir ; pour les plants racines le fossé devient obligatoire.
Pour favoriser l'enracinement des plants difficiles,
Figure 29. — Mise en pépinière.
M. Leydier a imaginé un décortiqueur très ingénieux (coût, 1 fr.)dont nous donnons le dessin : c'est une lame
Figure 30. — Décortiqueur Leydier.
en acier qui porte des dents, sur lesquelles on passe l'extrémité de la bouture, cela vaut mieux que le raclage ou le martelage.
Soins à donner aux plantations.
souaure. jue soi aoii
mm H.D.
Les greffes ne doivent pas être touchées pendant la période très délicate où se forme la soudure. Le sol doit être maintenu propre par un raclage superficiel. Nous employons pour cela une raclette à double tranchant, travaillant à Taller comme au retour,
et dont nous ne saurions trop recom- „. „, « , ..
^ Figure 31, — Raclette
mander l'emploi. à double tranchant.
En mai et juin, dans les années sèches, il est bon d'arroser, en ayant soin de ne pas mettre une trop grande quantité d'eau et de multiplier les arrosages. C'est le fond surtout qu'il faut mouiller pour éviter l'enracinement du grefiFon et faciliter celui du porte-grefl'e.
Lorsque les greffes ont des pousses d'environ 5 centimètres, on doit faire le premier sulfatage pour les préserver du mildiou.
Nous conseillons la bouillie bordelaise, à la dose de 1 kilog. de sulfate de cuivre et 1 kilog. de chaux par hectolitre tous les 8 ou 15 jours. Le coût de cette opération n'est rien en vue du résultat à obtenir.
On ne saurait trop recommander d'enlever les rejets américains et de combattre les tentatives d'affranchissement du greffon, précaution négligée par beaucoup de greffeurs. Vers la fin de juillet, on déchausse la greffe avec précaution jusqu'au point de soudure, puis on enlève, avec un couteau ou des ciseaux, les racines qui se sont développées sur le greffon français, en ayant bien soin de rebutter le plant comme auparavant. Nous nous servons, pour cette opération, d'un couteau à double tranchant, permettant de cou-
per, aussi bien en montant qu'en descendant, les racines qu'on rencontre et d'aller plus vite. Beaucoup de greffes qui reprennent mal à la plantation n'ont d'autre cause d'aflaibljssement que la négligence apportée au sevrage.
Les ennemis de la pépinière.
Les greffes en pépinière ont, parmi les insectes, deux ennemis qu'il ne faut pas négliger ; la noctuelle et les vers blancs. La noctuelle (Noctua aquilina) est une sorte de chenille, d'un gris un peu cendré qui dévore les jeunes bourgeons. Gomme elle opère la nuit, on croit avoir à faire à un ennemi insaisissable. Pour la détruire quand elle s'est signalée par ses dégâts, on n'a qu'à creuser vers l'endroit du mal ou à côté, on ne tarde pas à rencontrer la che- ' nille enroulée en cercle à quelques centimètres dans terre, on r écrase.
Quant aux vers blancs, il ne font, nous l'avons démontré, des ravages sérieux dans nos pays que les années divisibles par 3 (1890 par exemple) et Vannée qui suit îxx^çixx'qïï juin ou juillet. Le hannetonage, pratiqué en grand sur une vaste région est un des bons moyens de s'en préserver. Mais le propriétaire qui agit seul, pour lui-même, peut détruire la plus grande partie des vers en sulfurant sa pépinière à raison de 20 à 30 grammes de sulfure de carbone par mètre carré en février ou mars pendant que les vers sont profonds. Quand ils sont à la surface, il n'existe pas de moyen pratique de les détruire, et la benzine, pas plus que le sulfure, n'a aucune action. Nous en parlons par expérience : quand le mal s'aperçoit, il est trop tard.
55 — Greffes sur table mises directement en place,
Nous ne sommes guère partisan de ce système qui, même effectué sur des racines, laisse ordinairement trop de vide dans les plantations et enlève, comme nous l'avons dit, la possibilité de passer ce conseil de révision des sondures auquel nous attachons tant d'importance- Si la pépinière arrive à combler les manquants, les soudures défectueuses n'en restent pas moins.
Cette méthode a ses adhérents. Gomme parfois elle réussil très bien — nous on avons vti des exemples chez M. Pasaot k Blacé — ceux qui voudraient la pratiquer n^auraient qu^à se reporter à ce que noua avons dit de la mise en pépinière et aussi à ce que nous disons plus loin des soins à donner aux pbintations à demeure -
Plantation d'une vigne en plants greffés.
Toutes les plantations de vignes greffées se font d'ordinaire, dans la région lyonnaise, en donnant aux souches un écartement d'un mètre en tout sens. Cette distance, qui permet d'opérer toutes les façons de la vigne avec la charrue vigneronne dans les endroits pas trop en pente, n'a rien d'absolu. Elle convient bien au Gamay, qui a ainsi lin mètre carré par souche : le double de ce qu'on lui donnait dans les anciennes vignes.
Beaucoup de viticulteurs augmentent cette surface; d'autres se contentent, pour élever la vigne en hautains, d'écarter les rangs et de resserrer sur la ligne, mais tout le monde est d'accord pour donner un espacement plus grand
qu'autrefois; il ne faut cependant pas non plus exagérer cette distance, surtout dans les sols peu fertiles où la Souche n'acquiert jamais une grande expansion.
Nos vignerons se sont fait un peu tirer l'oreille pour accroître ainsi la surface du cep, mais depuis qu'ils ont vu qu'on ne perd rien à la récolte, quand les vignes sont en rapport, ils ne soulèvent plus d'objections.
Avant de planter, il faut d'abord s'assurer par un examen sérieux, que tous les plants sont en bon état, sont frais, ont des soudures parfaites : l'avenir de la vigne en dépend.
On peut planter à la bêche, en faisant une fosse, ou bien au pieu, en faisant un trou. Nous avons fait les deux et n'avons pu constater une grande différence jusqu'ici, bien qu'on soit obligé, dans le dernier cas, de couper les racines à quelques centimètres, au lieu de leur laisser toute la longueur et de se contenter de les rafraîchir par une coupe légère.
Quand on plante à la bêche, on a soin d'étaler les racines sur un peu de terre fine étendue préalablement dans le fond de la fosse; on remet dessus une légère couche de cette même terre, puis on comble le trou.
Pour planter au pieu, il est bon d'employer un outil assez gros et de remplir le fond du trou avec du sable mélangé, pour un tiers, avec du terreau.
Mais, quel que soit le mode de plantation, il est essentiel de mettre la soudure deux ou trois centimètres (et pas plus) plus basse que le niveau du sol.
La greffe ainsi plantée, il faut la recouvrir d'une petite butte conique en sablé pour empêcher le greffon de se dessécher pendant la première année.
Durant cette même période, il est indispensable de déchausser et d'enlever avec soin, au moins deux fois, tous les rejets de l'américain ou les racines qu'émet le français
et qui pourraient amener le décollement partiel ou total de la soudure.
Les années qui suivent i on peut se contenter de faire celte opération une seule fois.
Un bon buttage est très utile avant T entrée de Thiver, U faut veiller également avec soin au palissage sur échiilas.
Doit-on défoncer le sol avant la plantation? Coût d'une plantation, — La question du défoncement avant la plantation est l'objet de nombreuses controverses : les uns affirmant qu'il est utile, d'autres nuisible. Le mieux est de s'en tenir à l'expérience acquise, en cette matière par les vignerons du pays qu'il est bon de consulter sur la profondeur à donner. Mais nous pouvons cependant ajouter qu'à de rares exceptions près la vigne américaine se trouve bien d'un sol défoncé et que la profondeur du sol, tout aussi bien que sa fertilité, favorise la résistance.
Tout aussi embarrassé serions-nous, s'il nous fallait fixer le prix de revient d'une plantation au bout de trois ans nécessaires pour arriver à la production.
Nous avons entendu au Congrès de Mâcon des propriétaires fixer à 40 francs le mille le prix de revient des greffes pendant que d'autres ne l'estiment pas moindre de 180 francs le mille en année moyenne. Il est vrai que les premiers ne comptent pas le bois qu'ils produisent. Pourquoi comptent-ils la façon ? Mystère.
A notre avis, on doit compter le bois au prix de vente ou d'achat, la main d'œuvre, la préparation du sol, sa fumure et aussi les intérêts de l'argent. Avec des facteurs si variables, on comprendra notre retenue; nous pouvons dire seulement que, dans nos cultures, en pays divers, les reconstitutions que nous avons effectuées ne reviennent guère à moins de 4 ou 5.000 francs l'hectare.