LA GREFFE SUR PLACE
Cette grefife donne d'excellents résultats, mais elle ofifre pour la faire plus de difficultés, et demande un opérateur plus expérimenté que la greffe sur table, opération purement mécanique.
Le greflage sur plants enracinés (mis préalablement en place Tannée avant), en plein champ, offre l'avantage de ne pas exiger de transplantation retardant la mise à fruit, mais il a l'inconvénient d'entraîner une certaine irrégularité dans l'aspect de la vigne, par suite de la réussite toujours incomplète des greffes effectuées la première année. On peut, du reste, remédier aux manquants, à l'aide d'une pépinière établie et greffée aux mêmes époques. Nous nous souvenons d'avoir vu, il y a deux ans, dans le Bordelais, deux rangées de Jacquez greffés par le même vigneron , le même jour, à un an d'intervalle ; une des lignes avait une réussite de 97 0/0 et l'autre donnait 6 0/0.
Le greffage sur plants enracinés en pépinière permet une plantation à demeure, parfaitement régulière et présente l'avantage de diminuer les frais d'entretien des greffes la première année, en opérant sur des surfaces bien moindres qu'^n plein champ. Toutefois, la transplantation retarde d'un an la mise à fruit, c'est-à-dire ne permet un rendement que la troisième année après le greffage.
En général, le bouturage et le greffage en place sont préférés par les viticulteurs méridionaux, tandis que l'emploi des pépinières est en faveur dans le centre de la France.
Tous les systèmes de greffes décrits h propos du grelta^ sur table peuvent s'appliquer aussi à la greffe sur pîace, le trairail est seulement moins facile que sur table. Nous nous contenterons de décrire quelques modes dont nous n^avons pas parlé encore .
Greffe en fente pleine.
Après avoir déchaussé le sujet, on le coupe au niveau du sol, à l'aide d'un sécateur ou d'une serpette, (figures 32 et 33), en ayant soin de rendre la section bien nette et d'en faire disparaître les déchirures ; on doit faire la coupe à 0™ 06 environ au dessus d'un ncBud ou d'un coude ; puis on fend la souche par le milieu à une profondeur de 3 à 4 centimètres, avec une serpette ou un ciseau à greffer bien tranchant. Le greffon portant deux yeux est choisi d'un diamètre égal à Celui du sujet, pour avoii chance d'obtenir une soudure de chaque côté; on le taille en biseau sur les deux faces, mais en donnant à chaque côté une inclinaison inégale, afin d'éviter de mettre à nu la moelle des deux côtés, ce qui nuirait à la solidité de la base du greffon ; on l'enfonce alors dans la fente, en ayant soin de faire communiquer les écorces, au moins d'un côté, si l'on ne peut faire correspondre les deux.
Figure 32. — Scie pour greffage. — Figure 33. — Sécateur comtois.
Figure 3â. — Greffe ea fente simple. — Figure 85. — Greffe en fente à coupe oblique.
Greffe en fente évidée, greffe anglaise et greffes diverses.
Ce que nous venons de dire de la greffe en fente pleine en place s'applique également à la greffe en fente é vidée, k la greffe anglaise et aux diverses greffes décrites précédemment à propos de la greffe sur table. On procède de même après avoir préalablement préparé le sujet ainsi que nous venons de l'indiquer.
Époque du greffage en place.
On a proposé à diverses reprises de faire des greffages, en automne : on augmenterait ainsi, dans de notables proportions , la quantité de travail qu'il serait possible de faire chaque année avec le personnel de greffeurs actuellement existant ; mais on ne saurait oublier que les grefïes faites longtemps avant qu'elles puissent se souder courent diverses chances qu'il importe d'éviter.
La greffe hâtive de printemps présente le grave inconvénient de mettre à découvert des tissus qui, suivant les circonstances atmosphériques du moment, peuvent se dessécher ou subir des altérations assez sérieuses pour empêcher les soudures.
En faisant la greffe en place du 15 avril au 15 mai, on la préserve contre la gelée de printemps et contre les arrêts de végétation, qui sont d'un effet désastreux. Si l'on est pressé, que l'on ait hâte de finir, on augmentera le personnel, au lieu de devancer trop la période du greffage ou de la prolonger trop tard.
Lorsqu'oa greffe au moment de la grande montée de la sève, le saintement est très pr^^judiciable au gretibn qm se trouve noyé par ce trop plein. On évite cet excès en étêtant le sujet, quelques jours avant le greffage, sauf à le recouper définitii'ement k la longueur voulue avant de greffer.
La température a une influence énorme sur le succès de l'opération ; le temps le plus favorable est couvert et doux — mais non pluvieux, — il empfiche la dessication du greffon, sans menacer la greffe d*une humidité excessive préjudiciable à sa réuâsite.
Ligatures et engluements.
Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit pour le greffage sur table. Le lien qui convient le mieux est le raphia ; il est préférable à la ficelle, parce qu'il se pourrit assez tôt en terre pour ne pas entraver la soudure en étranglant la greffe et que, d'un autre côté, il dure suffisamment pour en assurer la solidité.
Selon la grosseur du raphia, le nombre de tours varie, mais il n'est pas nécessaire que ceux-ci se touchent sur toute l'étendue de la greffe.
Le but de l'engluement est de recouvrir les sections des grefifes, afin d'en empêcher la dessication et de les protéger contre la pénétration des eaux de pluie.
Le meilleur et le moins cher est celui qui est connu des jardiniers sous le nom d'onguent de Saint-Fiacre. Il se compose d'un mélange d'argile et de bouse de vache bien pétries. En délayant le tout dans la quantité d'eau nécessaire, on l'amène au degré de consistance voulu pour
que son emploi soit facile. On n'a qu'à recouvrir la greffe d'une légère couche et Topération est terminée.
Les mastics résineux, tel que celui de Lhomme-Lefort, qui donnent de bons résultats dans l'air, n'ont pas réussi lorsqu'on a essayé de les employer sous terre.
Soins.
Pour soustraire la grefiFe à l'action desséchante de l'air extérieur, on ramène la terre, bien ameublie préalablement, en forme de cône autour du greffon, de manière à n'en laisser sortir que le dernier œil. Cette opération se fait avec une houe triangulaire et elle doit être exécutée avec soin, dans la crainte d'ébranler la greffe. Le buttage deviendrait funeste dans les terrains argileux, si l'on n'avait soin de l'opérer avec du sable ; sous l'influence de la pluie et de l'ardeur des rayons solaires, la terre se crevasserait, se fendillerait et laisserait l'eau et l'air pénétrer jusque vers les languettes.
Le développement considérable des jeunes rameaux, dès la première année de greffage, entraine souvent des inconvénients. La prise qu'ils donnent au vent ou simplement leur poids, amènent le déplacement du greffon et le décollement de la soudure. Le meilleur moyen d'éviter ces inconvénients, consiste à attacher la greffe à un petit piquet placé au pied même de la souche, dès avant le buttage.
Il faut au moins deux fois l'an , en juillet et septembre, dégager la terre qui entoure le greffon, supprimer les racines émises par celui-ci, enlever les rejets du portegreffe et relâcher les ligatures qui paraîtraient disposées à produire des bourrelets ou des étranglements.
Il est indispensable de rétablir le buttage pour passer l'hiver et de ne débutter qu'au printemps suivant.