GREFFE PAR APPROCHE
La greffe par approche est une des plus anciennement connues : elle se pratique souvent tout naturellement dans les forêts. Chaudement recommandée au début du greffage de la vigne, elle est aujourd'hui à peu près abandonnée par les viticulteurs , aussi bien comme greffe souterraine que comme greffe aérienne. La fîg. 36 représente une des formes les plus simples de cette greffe et la fîg. 37 une forme plus compliquée, puisqu'elle comporte une incision et une languette.
Malheureusement, toutes ces greffes, sous une apparente simplicité, sont assez difficiles à exécuter,exigent des soins minutieux et bien souvent donnent de mauvaises soudures. Nous n'en aurions point parlé, si un praticien distingué n'était revenu mettre ce greffage en pratique avec un succès inconnu jusque-là.
La greffe par approche, système Bernard.
Bien que M. Bernard, de Fareins, l'inventeur de ce mode de grefiTage, ne craigne rien tant que de voir son nom mis en avant (cela lui amène trop de lettres auxquelles il n'a point le temps de répondre), nous ne pouvons nous empêcher de décrire le système qui lui réussit si bien.
Commençons par la plantation.
Au printemps, le terrain étant défoncé et fumé suivant l'usage, M. Bernard marque la place de chaque souche en se servant d'un pieu spécial (fig. 3, page 70) de forme pyramidale qu'il imprime dans le sol en appuyant des mains et du pied.
Dans cette empreinte (fig. 4 et 5) il plante d'un côté les deux boutures françaises et de l'autre les deux plants amé-
Figure 36. — Greffe par approche , Bernard. — Figure 37.
ricains qui doivent servir de porte-grctre, cri donnant à tous une inclinaison Ici le que les sarments se ci^oisent à ras lerre. Cette plantation double a pour but de parer aux mauvaises reprises; avec les racines, Tinventeur ne met (ju*un seul plant à chacune.
Les boutures sont plantées de manière que les yeux sur lesquels on doit asseoir la taille de Tannée suivante ^ soient à fleur de terre ou tn^a li^gèremeut enterrés et placés en face les uns des autres, de façon à pousser le plus rapprochés possible. Pour éviter toute erreur lors du grelTage^ on a soin d'incliner au midi, par exempte, tous les pieds américains et d'incliner au nord toutes les boutures françaises. La plantation faite, on taille les sarments au niveau du sol un peu au dessus de l'oelL Vers Juin ou Juillet, lorsqu'on peut constater la reprise, on enlève tous les plants en excédent pour qu'il ne reste dans chaque trou qu'un seul plant français et qu un seul américain.
11 ne faut pas attendre trop tard, Tenlèvement serait plus difficile et ne pourrait guère se faire sans ébranler le voisin.
On laisse naturellement les plus vigoureux et de préférence les sarments cnurbés les plus faciles h. rapprocher. En été, Oïl s'eJBforce de favoriser le développemeot des yeux de la hase.
An printemps suivant, on taille à deux yeux sur le sarment le plus bas et, dans la seconde quinzaine de mai, on a soin d'ébourgeonner tous les sarments sauf celui destiné au greffage.
Ce greffage sur vert se fait sur mérithalle ou sur œil, de fin mai jusqu'au mois de juillet ; M. Bernard le pratique en faisant une entaille longitudinale de 3 à 4 centimètres de long allant jusqu'à la moelle, aussi bien sur le plant américain que sur le plant français. Ces deux entailles sont faites le plus près de terre possible à la même hauteur. Si en les faisant, le couteau a dépassé la moelle ou tra-
versé le sarment, on laisse pousser et on greffe quelques semaines plus tard. Les deux entailles faites, l'inventeur rapproche ensuite les deux plaies Tune de l'autre, de manière à les faire coïncider ensemble surtout aux extrémités. C'est par là que commence à se faire la soudure. Il n'y a pas grand inconvénient à laisser déborder la coupe de l'américain, mais il faut éviter de laisser à nu une plaie au grefi'on. Si mince que soit ce dernier il se soude toujours, il s'aplatit et s'élargit. Nous avons vu chez M. Bernard des grefl'ons de 3 millimètres soudés à des porte-greff'es de 20 millimètres de diamètre, et parfaitement soudés.
Les deux plaies étant juxtaposées, on procède à la ligature en entourant la greffe avec une bande de laine tissée dont on arrête le dernier tour par une épingle assez forte. Pendant l'été, on laisse les deux sarments greffés se développer en liberté tout en les palissant, soit sur échalas, soit sur fil de fer, pour éviter les accidents.
M. Bernard n'attend jamais plus de deux ans pour greffer, à cause du phylloxéra. Il a eu des pieds français détruits par le puceron dès la fin de la seconde année. Chez lui, les treilles mêmes sont atteintes et nous avons pu constater la mort de l'Etraire de l'Adhuy à côté de vignes greffées luxuriantes de végétation, trois ans après la plantation .
La troisième année, au printemps qui suit le greffage, la soudure est complète. On supprime alors la tête du sujet américain que l'on coupe en biseau, immédiatement au dessus de la greffe, avec un sécateur, en se servant ensuite d'une serpette pour faire la coupe bien nette. Quant au greffon qui est alors nourri par les deux pieds, on le taille à quelques yeux en laissant un sarment assez long pour absorber la sève. Ce sarment est rabattu l'année suivante. Après le greffage, il faut avoir soin d'enlever les rejets toujours très nombreux surtout la première et la seconde année.
Au lied d'opérer en vert, la greffr; pourrait tout aussi bien se Taire avec des bois aoùL*5Sj nmis le temps propice au greffage serait bien raccourci, on n aurait guère que 15 jours^ tandis qu'en vert on peut commencer dès que Jes sarments ont 30 à 40 ce m im êtres de longueur, et greffer à la rigueur jusqu'au t5 août en laissant les moins poussés pour la fin.
M. Bernard a observé un fait curieux : si Ton coupo le pied américain 15 jours après Je greffage, le pied français suffit à nourrir la greffe ; mais si Ton coupe le français, raméricain ne suftit pas et il y a chlorose.
Pour pratiquer le greffage ravec commodité, Finventeur s'est composé un petit matériel tout simple et peu coûteux ;
D abord une petite chaise très basse compos*^e d'une caisse ouverte par devant et portant à l'arrière un dossier fait avec trois traverses. Cette chaise permet de s asseoir pour greffer au lieu d'opérer à genoux, La crûsse partagée par deux cloisons renferme divei^ outils bien à portée de la main. Il y a là ; l** quelques chevilles en bois qu'il fiche en terre pour tenir les jeunes souches en position pendant le greffage; 2" une spatule pour gratter la terre et dégager les sarments; ^^ des lisières en drap de 15 centimètres de longueur et de 15 millimètres de largeur; 4" enfin une pelotte d'épingles.
Avec ce matériel, un homme fait de 180 à 200 greffes par jour suivant son habileté. Les gravures qui accompagnent cette description nous dispensent, croyons-nous, d'entrer dans de plus longs détails. Quel sera l'avenir de cette greffe ? Que deviendra le greffon monté sur ces deux racines? Il nous serait difficile de répondre. Nous avons entendu des gens condamner le système sans l'avoir vu, sans le connaître. Ce que nous savons, c'est que M. Bernard nous a montré des greffes âgées de 7 ans qui lui ont donné 180 hectolitres à Thectare l'an dernier, mais il a des greffes
de 10 ans, il en possède même, dans son jardin, qui ont 20 ans de greffage et sont toujours superbes de végétation.
Figure 39. — La greffe Bernard.
Greffe exécutée trop haut et partant défectueuse.
Grefl'e normale.
Pieu pyramidal pour marquer la place des greffes.
Plantation des porte-greffes et greffons.
Vue en plan de Tempreinte du pieu : les lettres A désignent la place
des plants américains ou porte-greffes, les lettres F celle du
greffon.
GREFFES DIVERSES La greBe de Cadillac.
Cette greffe, imaginée par M, Constant BaliaiiT viticulteur à Omet (Gironde), a pris une très grande extcasion dauî? le canton de Cadillac; elle convient aux jeunes souches d'un an ou deux.
Avec la greil'e sans étôtement, rintorruption de la végétation, au moment où les principes nutritifs vont s'emmagasiner dans les tissus, — une des causes de non réussite ^ — est supprimée^ et, dans les terrains meubles et sains, le greffage en automne présente autant de chances de succès qu'après Thiver, Comme il est facile de reconnaître, dèa le départ des pousses, si la reprise a eu lieu, on peut regreffer les manquants , et on a ainsi deux chances de réussite en une senle année*
La meilleure époque, dans la Gironde et les régions du Centre et de l'Est, est du 15 août au 15 septembre, de préférence après une légère pluie; dans le Midi de la France, il vaut mieux retarder un peu et opérer dans la deuxième quinzaine de septembre-
Au printemps, le greffage se fait à la même époque que pour les autres greffes.
Après avoir déchaussé le pied de la souche, on choisit h quelques centimètres au dessus du sol un point bien lisse. De ce point on pratique une fente di^oite de 3 à 4 centimètres et dirigée obliquement de façon à arriver au milieu du bois, si le greffon doit avoir le même diamètre que le sujet, ou à quelques millimètres de ce milieu, si le greffon est moins gros.
Figure iO. — Greffe de Cadillac. Figure il. — Greffe Gaillard.
Cette fcDle doit être exécutée avec un couteau à lame très mince et la section doit tUre absolument droite, sans quoi on éprouverait des ditïicullés à faire coïncider les deux éléments de la greffe. Pour éviter de faire une fente creuse, il faut un iustrunient bien tranchant ^ le manœuvrer en sciant et avoir soin de tenir la lame toujours dans le roeme plan. Il existe aussi un guide et lui couteau spécial pour exécuter cette fente sans risrjucr de couper entièrement le porte- greffe.
Le greffon, de même diamètre que le sujet, est préparé en forme de coin, comme pour la greffe en fente pleine. On obtient ce coin à l'aide de deux biseaux à inclinaison inégale pour éviter de mettre à nu la moelle des deux côtés. On introduit ensuite le greffon dans la fente du sujet ; on ligature ensuite. La greffe ainsi faite est représentée par la gravure (fig. 40), qui nous dispense d'entrer dans plus de détails. Il n'y a plus alors qu'à butter fortement de manière à recouvrir entièrement le greffon.
Si la soudure s'est opérée avant l'hiver, les bourgeons ne tardent pas à se développer au printemps : il faut alors pincer sévèrement les pousses du porte-greffe, et, lorsque le greffon a pris un certain développement, on supprime la tête du sujet au dessus de la soudure.
On enlève dans le courant de l'été les radicelles qui se développent sur le greffon, afin d'éviter l'aff'ranchissement.
La greffe Gaillard
Cette greffe convient d'une façon générale aux souches à fort diamètre, et particulièrement aux vignes, dont les produits ne sont pas satisfaisants.
Elle présente l'avantage de conserver la souche intacte et de maintenir la production une ou plusieurs années après le greffage.
Au printemps, à l'époque ordinaire, on pratique, au moyen de 2 entailles, une encoche sur le sujet, en un point ]isse près de la surface du sol. La première entaille est obtenue par un trait de scie horizontal pénétrant jusqu'au tiers du diamètre du cep. La deuxième, donnée avec un ciseau ou une plane de charron, part de 10 à 15 centimètres au dessus et vient rencontrer l'extrémité de la première, de façon à enlever un coin.
Sur la section horizontale de l'encoche obtenue, semblable à un mordâne ou embravement que les charpentiers pratiquent sur les poteaux pour assembler une jambe de force, on fait une fente parallèle à l'axe de la souche dans laquelle on place les greffons. Ces derniers , préparés comme pour la greffe de Cadillac, sont introduits dans la fente maintenue ouverte par un coin placé au milieu.
Si le sujet n'a que 2 ou 3 centimètres de diamètre, on n'en place qu'un à la façon de la greffe en fente simple. On ligature et on butte comme avec les méthodes ordinaires.
Pendant Tété qui suit le greffage, il faut avoir soin de pincer tous les pampres à deux feuilles au dessus du dernier fruit et de supprimer tous les rameaux infertiles, de façon à refouler la sève sur le greffon.
On peut supprimer la tête à la taille d'hiver, ou bien la xîonserver, et attendre que le greffon ait pris un plus ^rand développement. Dans le premier cas, les sarments émis par le greffon seront taillés à une longueur de 15 à 30 centimètres , selon la vigueur et le mode de taille adopté ; dans le second, il ne faudra leur laisser que deux bourgeons.
La greffe-^bouchozi.
Il y a déjà Mea longtemps que J^altcntion des grefTeurs de vignes a été appelée sur les nombreux inconvéaients des modes de ligature jusque-là employés dans la pratique courante du greffage , auxquels on reprochait avec raison de manquer de solidité ou d'élasliciEé,
Jusqu4ci , on a usé d'un peu tous les textiles pour le liage des greffes : ficelle simple, ti celle goudronnée, laine^ caoutchouc et surtout te raphia. Le grand défaut de ces liages est de pourrir trop vite ou trop tard, de n'être point solide ou de l'être trop, de ne point s'étendre et, à mesure que grossit le greffon , d'étrangler la greffe.
Ce qui caractérise le système de M. Paul Alliés, c'est la ligature et le remplacement de l'engluement par un man-
Figure 42. — Pince Alliés.
chon de liège, assez solidement maintenu par 2 ou 3 fils de fer, pour rendre possible la grefifë aérienne, c'est surtout Toutil ingénieux qui permet d'exécuter la ligature.
La pince Alliés est une sorte de tenaille, dont les mors ou mâchoires en demi-cercle (A et B), faites pour entourer et serrer le bouchon V, portent trois fentes longitudinales destinées au passage du fil de fer pour le liage.
La gravure représente la pince serrant le bouchon et maintenue fermée par Tagrafe. Les fils de fer sont passés et légèrement tordus pour mieux faire comprendre le fonctionnement.
Deux petites pointes, faisant saillie dans l'intérieur de chaque mâchoire, piquent le bouchon et tiennent chacune des moitiés du bouchon fixée à un des mors. Un ressort D, bien visible dans la gravure, maintient ouvertes les branches de l'instrument. Une sorte de charnière ou agrafe, percée de trous gradués, dans lesquels vient s'emmancher un tenon, est placée au bout des grandes branches de la pince pour les tenir fermées et serrées pendant qu'on lie le bouchon avec le fil de fer.
La greffe est exécutée comme d'ordinaire par une des méthodes que nous avons indiquées.
Pour la ligature , on prend les deux moitiés de bouchon qu'on a mis tremper la veille ; on les rassemble comme si on voulait reconstituer le bouchon. Dans cet état, on place le bouchon dans les mâchoires en ayant soin de mettre le joint dans l'axe de la pince. On serre légèrement, les deux petites pointes fixées aux mâchoires pénètrent dans le liège et font adhérer chaque moitié de bouchon à la mâchoire correspondante.
Ouvrant alors la pince, on engage la greffe entre les deux moitiés de bouchon et l'on serre assez fortement pour que, grâce à la souplesse du liège, le sarment fasse son logement dans le bouchon, que les deux parties de celui-ci viennent se rejoindre, et que le joint soit presque imperceptible.
A ce moment, pour maintenir les deux parties jointes pendant qu'on va lier, on abat la charnière tjui maintient les deux branches en position. L'ouvrier, ayant les deux mains libres , passe les fils de fer qui font le tour du bouchon, 11 les fixe en les tordant deux fois sur eux-mêmes avec des pinces ordinaires: '
En relevant la charnière, la pince s'ouvre, le hoiichon reste tiprès la greffe et Tinslrument est libre pour une autre opération.
Les l)ouchons s'enlèvent d'ordinaire fin août on commencement de septembre, pour permettre an point de soudure de se bien li;fnifier avant Tbivcr. On se sert, pour les enlever, d'une peiite pince à couper les fils de fer, sorte do tenaille coupante. Les boucbons sont recueillis dans un panier pour servir Tannée suivante ^ car ils peuvent, si Ton en prend soin, faire deux ou ti^ois campagnes.
Pour fendre les bouchons , on peut se servir d'un couteau ordinaire bien affilé, mais, si Ton doit opérer sur une quantité importante, il est préférable d'employer une large lame, bien mince, et de pbcer le bouchon dans une entaille, sur une sorte de bâti composé de deux planches entre lesquelles est ménagé un espace pour le passage de lu lame, de sorte que le bouchon est toujours fendu par le milieu.
Pour que les deux moitiés de bouchon se rejoignent hien et puissent entourer la ^veÏÏù d'un nianchon sans solution de continuité, on peut faire ^l la gouge on à la queue de rat une petite rigole qui facilite le logement de la grelTe,
Dans un but pratique, nous conseillons d'adopter des bouchons de second ou troisième choix, d'un diamètre uniforme de 21 millimètres et d'une longueur de 38 millimètres, coûtant environ 5 francs le mille.
Le grand avantage de l'uniformité du diamètre de» bouchons, c'est de permettre de les fendre d'avance, sans avoir à s'inquiéter de les assortir au moment du greffage. Cette uniformité permet également — et c'est une grande avance pour le travail — de couper tous les fils de fer en longueurs de 10 centimètres, par exemple, si l'on a adopté le diamètre de 24 millimètres, ou plus, si le diamètre est plus grand : l'ouvrier n'ayant rien à chercher va plus vite.
Un homme peut suivre, pour ligaturer, un bon greffeur faisant ,4 à 500 grefiTes par jour.
La grefie-bouchon offre le grand avantage de placer le point de soudure à l'abri des variations de la température ; elle permet la greffe aérienne qui supprime la crainte de l'affranchissement du greffon ; elle rend possible la greffe en place dans les terrains pierreux ou compacts, greffe qui était jusque-là impraticable à cause de la difficulté d'opérer le buttage.
Tout bien compté, la greffe-bouchon est meilleur marché, mais son prix fût-il plus élevé qu'on ne devrait pas hésiter, à cause de l'économie qu'elle procure, à l'adopter comme greffe en place.
Gomme greffe sur table, nous l'avons essayée l'an dernier sur 18.000 boutures et racines; nous devons à la vérité de dire que le résultat n'a pas été meilleur que celui des grefles-boutures faites par la méthode ordinaire que nous avons décrite. Aussi, malgré qu'une enquête faite par le Progrès agricole et viticole, puis par divers journaux, ait donné plutôt des résultats favorables, notre enthousiasme s'est refroidi et nous hésitons à la recommander.
. LES ECOLES DE GREFFAGE Les concours de greffage. — Leur organisation.
C*est aux écoles de gretîage que le département du Rhône et les départements voisius doivent les rapides progrés de la reconstitution des vignobios par les cépages américains. Dieu sait cependant pi, lorsipie, en compagnie de quelquesuns de nos plus dévoués collègues de la Société régionale de Viticultui'ei MM- Beuder et Pulliat, nous avons eu ridée de cette création, nous nous attendions les uns et les autres à un succès pareil : plus de 20-000 greiïcurs formés en moins de 6 ans.
Et pourtant, tout récemment encore, nous entendions contester l'utilité de ces écoles. Pour la taille, nous disaiton, le père se contente de se faire suivre par son bambin quand il effectue son travail. Pourquoi n^en ferait- il pas de même pour le gi^eftage, bien plus facile que Ja taille ? A quoi bon les écoles?
Nous n'avons jamais songé à nier Tutilité de la pratique ; c'est à elle que les meilleurs greffeurs doivent leur sûreté de main et leur habileté, mais il nous paraît tout à fait injuste d'oublier que les écoles ont fait beaucoup pour la diffusion du greffage, qu'elles ont été l'occasion d'une belle réclame pour la vigne américaine par l'affichage officiel du cours, par l'annonce des écoles et des concours dans les journaux, etc.; enfin que c'est à ellesqu'on doit l'uniformité de méthode de greffage si remarquable dans la région lyonnaise. A ce titre seulement, nous semble-t-il, elles auraient droit à toute la reconnaissance des viticulteurs.
L'organisation de ces écoles est fort simple. Les cours, annoncés par les journaux, des aflBches et des publications, ont eu lieu d'ordinaire dans la salle de la mairie a maison d'école, de 10 heures à midi ou le soir de 2 à 4 heures pendant 4 ou 5 dimanches. La salle doit être suffisamment claire, chauffée si c'est l'hiver.
L'ordre est un point essentiel ; d'ordinaire c'est le maire de la commune ou un viticulteur connu qui préside à l'organisation. Pour ne pas perdre de temps, chaque élève doit, en se faisant inscrire, recevoir un numéro d'ordre qui correspond à une place donnée; — toujours la même pendant la durée du cours — toutes les places sont donc numérotées.
Chaque élève arrive au cours muni de son greffoir et d'une centaine de sarments de grosseur convenable (6 à 12 millimètres), pour s'exercer. Le raphia pour la ligature est généralement fourni par le directeur.
Le greffage est enseigné par des moniteurs dont on a préalablement vérifié la capacité. Pour bien faire, chaque maître greffeur ne doit pas avoir plus de 10 à 15 élèves, de façon à pouvoir passer tour à tour vers chacun, au moins deux fois pendant la leçon. Il enseigne successivement à tous les élèves les moyens de préparer les porte-greffes, les greffons et la manière de faire la greffe en s'attachant, surtout les premières leçons, à la greffe anglaise. Il est inutile de chercher à aller vite pour commencer ; il faut chercher surtout à faire bien et à obtenir de l'élève un petit nombre de greffes parfaitement faites, dans lesquelles il soit impossible de voir le moindre jour à travers le joint. Le moniteur doit veiller particulièrement à la façon dont rélève tient en main le greffon et le bois à greffer; une mauvaise habitude prise étant ensuite très difficile à corriger.
Les greffes en fente pleine à un ou deux grefiôns^ la greffe en fente évidée, la greffe à cheval, k ligature, peuvent faire Tobjel d'une leçon. La mise eu stnititication avant et après le greffage, la mise en pépinièrei la plan talion définitive, les soins à donner aux jeunes vignes greffées, f&ront l'objet d'une autre sur le terrain.
C'est sur ces bases que la Société régionale de viticulture de Lyon a pu organiser depuis 1883 une quantité d'écoles recevant chacune de 30 ^ 150 élèves. A Torigine, il était difficile de trouver des moniteurs pour enseigner; ils n'ont pas tardé a être assez nombreux pour répondre k l'extension des écoles, si bien que, de 1885 à 1887-1 888^ M. Vincey, alors professeur départemental d'agriculture j a pu établir dans le Rhône 276 écoles avec les crédita qui lui étaient alloués par TElat et le département. Ces écoles ont reçu 8,192 élèves auxquels ont été distribués 3.120 diplômes.
Les frais d'établissement d'une école de greffage sont fort minimes ; quelques kilog, de raphia pour 6 à 8 leçons et 2 à 3 francs aux moniteurs comme indemnité pour chaque séance.
Pour établir un aussi grand nombre d'écoles (122 en 1887) et surveiller leur fonctionnement, M. Vincey avait imaginé un moyen fort habile de correspondance et de renseignements par l'envoi en franchise aux intéressés^ sous le couvert de radministration, de circulaires et de feuilles qu'ils n'avaient qu'à remplir et lui retourner de la môme façon ^ Pour n'en citer que quelques-unes ;
!. Nous ne saurions trop recommander ce moyen à MM. les Professeurs pour l'organisation de leurs champs d'expériences, conférences^ ttc.
1® Circulaire aux maires leur demandant s'ils désirent une école dans leur commune et les priant, en cas d'acceptation, de renvoyer une feuille annexe après avoir rempli les indications de lieu, de jour, désigné le directeur, les personnes aptes à enseigner la greffe et à remplir les fonctions de membre du jury.
2** Circulaire aux directeurs relative à l'organisation des cours de greffage, à l'enseignement, accompagnée de feuilles de présence, pour constater le nom et les progrès des élèves, à retourner chaque semaine après le cours.
3® Circulaire pour désigner les membres du jury avec procès-verbal en blanc, instruction pour le jury, diplômes de greffeurs, etc.
A titre de spécimen, nous donnons un de ces imprimés qui fait connaître de quelle façon peuvent s'établir les concours de greffage pour la délivrance des diplômes ; nous donnons aussi un spécimen de ces derniers.
HmiSTEflE DE l'AGRIGlIlTUftf
niAIBE BEPARTEMEXTALE
d'agricclture
ÙU RHONE
MQNSTSUR le ÛtHECTEUBi
J'ai rbonneur de vous informer qu'à la séance du aura lieu k votre école Texamen pratique des élèves en vue de Tobteutiûn du diplâme de grefifeur.
Les épreuves cousis tsrouE dfins l'oxéculion, eu trou quarL^ d'hcuTËf de cinq greffes en lente à ranglêilee, et de vinq greiTes en fentQ simple ou double^ attachées au raphia»
Un jury, nommant diins sou sein un pré aident et un secrétaire, et composé de cinq personnes, appréciera le mérite des grefTeurs par Teiamen du paquet des 10 grelFes quo lui soumettra le moniteur.
Avant le commencement des épreuveSj le mon iteuiLtab lira lUie liste des concurrents au diplôn\e, en leur assignant à chacun un numéro d'ordre, lequel apparaîtra seul sur le paquet de greffes soumises à l'examen du jury.
La notation des points accordés à chaque élève aura lieu de à 20.
Un minimum de 13 points est nécessaire pour l'obtention du diplôme.
Ce n'est qu'à la fin du concours, lors de la proclamation des résultats en séance publique que les noms des concurrents remplaceront les numéros d'ordre.
Un procès-verbal du concours, établi conformément au modèle ciannexé, sera transmis au professeur d'agriculture, à l'adresse ci-dessus.
Je vous prie, Monsieur le Directeur, de vouloir bien aux séances du donner lecture des présentes instructions, aux apprentis greffeurs de votre école, après les avoir fait connaître aux membres du Jury, dont vous faites partie de droit.
N. B. En même temps que vous m'adresserez le procès-verbal du Concours, je vous prie, après vous être concerté avec le ou les moniteurs, de me transmettre un projet d'état des dépenses {indemnité aux moniteursy raphia, etc.) qu'aura occasionnées le fonctionnement de Vécole de greffage.
Veuillez, monsieur et honoré collaborateur, agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
Le Professeur départemental d^ agriculture,
P. VINGEY.
»TJ
»TJ
Ce diplôme, riolienieiit lllnstaré, est en vente à la librairie du Progrès Agricole et Viticole à ViUefranolie (Khône).
En général, la moitié environ des élèves, — ceux seulement qui ont la note bien et très bien^ — reçoivent le diplôme de greffeurj mais ce chiffre est extrêmement variable - Ainsi à Beaune,raïi dernier, sur ISScoocarrents, 18 très bien et 56 bien, soit 74 élèves seulement, ont reçu le diplôme de gretfeur, 56 assez bien et 58 non classés n'ont rien eu<
Les départements de F Ain, de Saône-et- Loire et de ia Côte-d'Or ont établi des écoles très fréquentées comme nous avons pu nous en rendre compte dans les divers jurys dont nous avons fait partie.
Allant plus loin, dans la diffusion du greiîage, on a créé des cours pour les femmes et celtes-ci, disons-le en passant, ne le cèdent en rien aux hommes pour le maniement du grefloir. On a môme constitué des écoles militaires de greffage- C'est, à notre avis, pousser le greffoir un peu loin.
A mesure que le greffage de la vigne est mieux connu, les cours sont moins fréquentés : chaque viticulteur forme ses greffeurs. No us-même, tous les ans, avons à remplacer ceux qu'on nous demande pour aller un peu partout. Nos équipes comprennent parfois un cordonnier, un menuisier, un teinturier, un tailleur avec quelques vignerons. Le chef de chantier fait une greffe ou deux devant chacun des nouveaux venus : ceux-ci essayent d'imiter.
Les premières greffes sont fort imparfaites. Le chef signale les points défectueux, les fait rectifier ; bientôt le travail devient passable, puis bon. Suivant son habileté et son intelligence, l'ouvrier ne met guère qu'un jour ou deux avant de passer greffeur. C'est une ou deux centaines de sarments à gâcher avant d'être payé. Nous avons vu des apprentis devenir ouvriers en quelques heures.