PREMIER COUPLET
Dans ma petite charnbrette Je leur offre, sails apprcts , La modeste côtelette, ^ Du vin vieux et du pain frais.
Quant au dessert , Le café nous en sert ; Déjeuner de garçon , Point de façon.
Pour jouer ici Taisance , N'emprunte rien , entends-tu ?
Estimer son indigence , Du pauvre c'est la vertu !
C'est entre amis , Couvert bien ou mal mis...
Déjeuner de garçon , Point de façon.
B\BET
Vous serez content de votre ménagère .
RAslMOND , lui prenant la main aç>ec affection. Mais, Babet, je vais te prendre beaucoup de temps^ et ton ouvrage. . .
BABET , gaiment.
Je veillerai une heure plus tard .
RÂlMOND-, il va pour V embrasser , il s'arrête. Ah!
BABET , aQ€C ingénuité.
Vous voir heureux , n'est-ce pas l'être moi-même !
RAIMOND , tendrement.
11 serait vrai ! (iipart,) Tant d'innocence. . . Air de Michel et Christine.
Cet aveu dans mon cœur Fait naître une vive ardeur...
Tant de soins, tant d'attraits M'enchaînent à jamais !
BABET , h part.
Ah ! grand Die.: , quel trouble Tagi^c ? Il semble dëlourner les yeux.
{Haut.) Mon cher Raimond , dites-moi vite D'où vous vient cet air sérieux ?
RAIMOND
Que puis-je avoir, Babet, quand Ion sourirt Répand son charme autour de moi !
BABET
Eh bien , Monsieur , eh bien , regardez-moi... {A part.) ^Mais voyez donc comme il soupire !..
Comme lui, comme lui.
Je me sens troublée aussi...
Quelle est donc cette ardeur Ensemble. J Qui soudain, entre en mon cœur î
Cachons lui , cachons lui Ce sentiment chéri ; Sa candeur , sa candeur Double encor mon ardeur /
BABET
Je vais m'occuper de votre déjeûner, {elle prend la cruche qui est sur la table.) Avez-vo«s Iules lettres que j'ai apportées ce matin .?
RAIMOND
J'achevais celle de Delorme lorsque tu es arrivée.
BABET
Il est sorti à la pointe du jour , bien triste.
RAIMOND
Gela m'inquîète . Il ne t'a rien dit .?
BABET
Il paraissait trop occupé.
RAIMOND
C'est quelque nouvelle gentillesse de sa femme !
BABET -
Elle n'est pas très-aimable sa femme... je l'ai saluée vingt fois sur l'escalier , elle n'a jamais daigné me le rendre.
RAIMOND
L'orgueilleuse craignait d'humilier ses plumes devant la modestie en cornette.
BABET
Je n'ai pas comme elle de belles robes. . .
RAIMOND
Maïs tu as restime des honnêtes gens.
B\BET
Si j'ai jamais des cachemires , moi. . .
RAIMOÎÎD.
Que dis"-tu ?
Air : Tu ne i^ois pas Jeune imprudent. Ah ! Babet , de la vanité Défends ton âme noble et fiëre ; Une honnête simplicité Sans luxe vain doit toujours plaire.
D'être au-dessus de son état , Comme telle ou telle parée, Tu rougirais... ce faux éclat Du vice est souvent la livrée.
BABET
Ah ! monsieur Raimond , ce n'était pas un souhait que je faisais. . . avec la tendresse de ma mère et de voire amitié , ma condition me semble préférable à tout.
RAIMOND
Oui , ma chère Babet.
Air : Comme il m'aimait !
Aimons-nous bien !
BABET
Aimons-nous bien !
Dans ropulence ou l'infortune ,
Aimons-nous bien.
C'est un charme ou c'est un soutien , Mon enfant, plutôt deux fois qu'une, Répétons d'une ardeur comn^une :
Aimons-nous bien I
Elle sort.