‹ Le grenier du poète, vaudeville en un acteChapitre 5 sur 18 · PREMIER COUPLET · texte numérisé non relu

PREMIER COUPLET

Dans ma petite charnbrette Je leur offre, sails apprcts , La modeste côtelette, ^ Du vin vieux et du pain frais.

Quant au dessert , Le café nous en sert ; Déjeuner de garçon , Point de façon.

Pour jouer ici Taisance , N'emprunte rien , entends-tu ?

Estimer son indigence , Du pauvre c'est la vertu !

C'est entre amis , Couvert bien ou mal mis...

Déjeuner de garçon , Point de façon.

B\BET

Vous serez content de votre ménagère .

RAslMOND , lui prenant la main aç>ec affection. Mais, Babet, je vais te prendre beaucoup de temps^ et ton ouvrage. . .

BABET , gaiment.

Je veillerai une heure plus tard .

RÂlMOND-, il va pour V embrasser , il s'arrête. Ah!

BABET , aQ€C ingénuité.

Vous voir heureux , n'est-ce pas l'être moi-même !

RAIMOND , tendrement.

11 serait vrai ! (iipart,) Tant d'innocence. . . Air de Michel et Christine.

Cet aveu dans mon cœur Fait naître une vive ardeur...

Tant de soins, tant d'attraits M'enchaînent à jamais !

BABET , h part.

Ah ! grand Die.: , quel trouble Tagi^c ? Il semble dëlourner les yeux.

{Haut.) Mon cher Raimond , dites-moi vite D'où vous vient cet air sérieux ?

RAIMOND

Que puis-je avoir, Babet, quand Ion sourirt Répand son charme autour de moi !

BABET

Eh bien , Monsieur , eh bien , regardez-moi... {A part.) ^Mais voyez donc comme il soupire !..

Comme lui, comme lui.

Je me sens troublée aussi...

Quelle est donc cette ardeur Ensemble. J Qui soudain, entre en mon cœur î

Cachons lui , cachons lui Ce sentiment chéri ; Sa candeur , sa candeur Double encor mon ardeur /

BABET

Je vais m'occuper de votre déjeûner, {elle prend la cruche qui est sur la table.) Avez-vo«s Iules lettres que j'ai apportées ce matin .?

RAIMOND

J'achevais celle de Delorme lorsque tu es arrivée.

BABET

Il est sorti à la pointe du jour , bien triste.

RAIMOND

Gela m'inquîète . Il ne t'a rien dit .?

BABET

Il paraissait trop occupé.

RAIMOND

C'est quelque nouvelle gentillesse de sa femme !

BABET -

Elle n'est pas très-aimable sa femme... je l'ai saluée vingt fois sur l'escalier , elle n'a jamais daigné me le rendre.

RAIMOND

L'orgueilleuse craignait d'humilier ses plumes devant la modestie en cornette.

BABET

Je n'ai pas comme elle de belles robes. . .

RAIMOND

Maïs tu as restime des honnêtes gens.

B\BET

Si j'ai jamais des cachemires , moi. . .

RAIMOÎÎD.

Que dis"-tu ?

Air : Tu ne i^ois pas Jeune imprudent. Ah ! Babet , de la vanité Défends ton âme noble et fiëre ; Une honnête simplicité Sans luxe vain doit toujours plaire.

D'être au-dessus de son état , Comme telle ou telle parée, Tu rougirais... ce faux éclat Du vice est souvent la livrée.

BABET

Ah ! monsieur Raimond , ce n'était pas un souhait que je faisais. . . avec la tendresse de ma mère et de voire amitié , ma condition me semble préférable à tout.

RAIMOND

Oui , ma chère Babet.

Air : Comme il m'aimait !

Aimons-nous bien !

BABET

Aimons-nous bien !

Dans ropulence ou l'infortune ,

Aimons-nous bien.

C'est un charme ou c'est un soutien , Mon enfant, plutôt deux fois qu'une, Répétons d'une ardeur comn^une :

Aimons-nous bien I

Elle sort.

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