RÂ1M0^B
C^est vrai. . . D'ailleurs la poussière àt^ buraux est funeste aux^ Muses.
( 12 ) DARMONVILLE.
Les Muses sont-elles plus à Taise dans un grenier que dans UD local comnnode , avec de bons appointemens ?
RAIMOND
Qu'il faudrait payer au prix de ma liberlë. . .
DARMONVILLE.
Vous la retrouverez à 4- heures tous les jours.
RAIMOND
Et je ne la perds jamais ; c est huit heures de gagnées sur douze .
DARMONVILLE.
Votre jeune et folle imagination ne s'occupe que du présent.
RAIMOND
Et la postérité , monsieur , et la postérité !
DARMÔNMLLE.
Encore faut il vivre , en attendant la postérité.
RAIMOND
Eh bien, monsieur, je vis sans rien demander à personne. Air : de la Fête du village voisin.
Dans mon grenier k vingt francs par année , Je dors, je veille, à mon aise, à mon choix. Si du travail je dédaigne les lois, Je ne fais rien de la journée ;
Sobre en mes désirs.
Sage en mes plaisirs , Sur mes i-evenus ma dépense est bornée î
Chez quelques amis
Mon couvert est mis ;
Sans goût pour le jeu ,
L'hiver même sans feu ;
Quand j*ai de Targent
Il est à l'indigent.
Sitôt qu'il s'en va
J'en trouve chez Tarva. ..
Je broche un feuillet,
11 me signe un billet,
Et sans rien devoir.
Je vis de mon avoir,
Plus libre, ma foi.
Et plus heureux qu'un roi.
DARMONVILLE.
Mais vous ne vivrez pas toujours seul vous pouvez tomber malade.
RAIMOND
Même air»
J'ai pu sentir par fois la solitude ; Mais si j'en crois un espoir qui me luit , Bientôt d'accord dans mon humble réduit , J'aurai les amours et Pëtude.
Déjà deux bons cœurs
Bien simples de mœurs, Se font de m'aimer une douce habitude.
Si je tombe un jour
Malade à mon tour,
Gn trouve au total
Un gîte a Thôpital ; .
Des docteurs vantés
Gratis à mes côtés -,
La... de bonnes sœurs,
Fidèles aux douleurs.
M'aident à souffrir ,
M'apprennent à mourir ;
Me ferment les yeux ,
Et je remonte aux cieux,
Plus libre, ma foi, Et plus heureux qu'un roi.
DARMOTSVILLE.
Allons , je vois qu'avec des idées comme les vôtres il faut renoncer à l'espoir de vous être utile. . . j'ea suis fâché. . . la franchise de mon caractère se serait accommodée de votre bonne amitié.
RAIMOND
Nous la cimenterons tout à l'heure ici même... Ah! parbleu j'aurai le plaisir de vous présenter le meilleur de mes amis de collège ; charmant garçon, je dis garçon , il est marié .. justement un employé. Si vous pouviez lui donner de Tavancement ce sera comme si vous me serviez moi-même.
DARMONVILLE»
Vous le nommez ?
RAIMOND
Delorme , sous-chef.
DARMONVILLE.
Delorme est votre ami ?
RAIMON D
Le premier, le meilleur, le plus ancien... il a des connaissances , de la tenue , du zèle.
DARMONVXLLE.
Des connaissances , je le crois ; du zèle , il n'en montrait pas autant pour sa place que vous pour son service.
RAIMOND
Que voulez-YOus dire ?
DARMONVILLE
Une chose que j'aimerais autant que vous apprissiez par un autre.
RATMOND.
C'est que. . .
DARMOISVILLE.
C'est que M Dclorme , sur la négligence duquel on fait depuis le dernier trimestre des rapports toujours plus chargés, et qui est forcé depuis trois mois d'abandonner ses appointements à des créanciers, est destitué d'hier.
RÂlMONB. •
Le malheureux!
BARMONYILLE.
Et c'est sa place que je viens vous offrir.
RAIMOND
Sa place ,. . . Monsieur sa place! ( Jprès un moment de silence. ) Eh bien Monsieur je Taccepte.
DARMONVILLE,
Vous l'acceptez ?
Oui , oui , je suis sur les rôles , avez-vous bien voulu me dire. . . les appointements courent d'hier. . . Allons présentez-moi à la division , je vous réponds de mon zèle. . . c'est dur, ça me coûtera un peu. ( A part ) Mais il faut bien que je fasse sa place pour lui si je veux qu'il touche les appointetements pour moi . . .
DARMOIS VILLE, saisissant son idée.
Je Suis digne de vous comprendre !
Air : de la Petite Sœur, Vous obligez en ce moment , D'une façon noble et nouvelle, Etonnante surtout, vraiment!
RAIMOND
Ah ! monsieur , dites naturelle ,
Votre démarche ici fait foi
Que mes sentimens sont les vôtres.
Tel ne se gène pas pour soi
Qui sait se gêner pour les autres.
DARMONVILLE, souiiant.
En sorte que vous voilà employé pour le compte d'autrui?
RAIMOND
Ouï, monsieur, nouvelle preuve que dans la vie il ne faut jurer de rien ; mais je vous demande grâce à présent... Si vous me voulez du Lien, vous daignerez vous intéresser à Delorme... m'envoyer le plus tôt possible ma destitution.
DARMONVILLE.
Je n'ose vous le promettre, trop de griefs...
Oh! je ne demande pas que ce soit aujourd'hui, demain . . . mais dans huit jours {Darmonçûle lif) un mois . . . Delorme est un brave homme. . . que les dépenses de sa femme orgueilleuse et avide de dissipation ont entraîné plus loin qu'il n'a voulu. . . eh bien , nous lui donnerons une leçon, il apprendra qu'on le destitue. . . Oui. .. je suis d^ votre avis , il faut le punir... mais après cela moî^ qui ne suis pas coupable , il ne faut pas me punir trop Ion g- temps de sa faute.. . monsieur, est-ce aujourd'hui que mon châtiment commence?. . . {enviant) après déjeuner, toujours. DARMONVlLLE, lui tendant fa main.
Après déjeuner. . . oui. . . je reviendrai à l'heure dite.
RAJMOND.
Delorme y sera.
DARMONylLLE.
La plus grande discrétion, il ne faut pas même lui laisser «ne espérance.
RAIMOND
Air : du Port Mahon, Oui, j'en fais la promesse,
DARMONVlLLE.
A tantôt, donc, bonjour, je vous laisse; Que par vous, on connaisse , Tout le poids du devoir.
Au revoir.
RAIMOND
Au revoir.
DAÎÏMONVILLE.
Au revoir.