SCÈNE V
RAIMOND , seul.
Ah çà, mais ce n'est pas de ce malheur-là que Delorme veucauser . . . avec son affaire grave ! {il prend la lettre.)
une mauvaise aventure n'arrive jamais seule (il lit) « il faut que je te parle avant d'aller à mon bureau. » Oui, te voilà joli garçon avec ton bureau! {il s'assied) je voulais un peu
travailler k mon poëme avant de nous mettre à table
{on frappe) entrez.
SCÈNK M.
MIMOND, DELORME.
RAIMONn
C'est lui, justement.
DELORME
Ah ! mon ami y tu vois un homme qui ne sait où donner de la tête !
RAIMGND.
Pourquoi cela ?
DELORME , lui montrant un papier.
Tiens, Raimojid, je me suis perdu.
RAÏMOND.
Un jugement ?
DEIORBIE.
Pour une lettre de change !
De mille francs!
DELORME
Qne je n'ai pu payer .
RAIMQND
Tu ne peux payer mille francs, toi. [à part.) je ne m'attendais pas à cela.. . c'est égal j voici l'instant de ne pas le ménager .
Air : // me faudra quitter ï empire, Nous avons pris, en sortant du collège,
Tous deux des chemins diflcrens.
Tu recherchas le puissant qui protège ,
Moi je chercnai les bonnes gens, [bis,) En moins d'un an tu connus Fopulence, Je restai pauvre et fus sage , je croi , De n'avoir pas, ami, fait comme toi.
Puisque je vois qu'avec ta dépendance Tu n'es pas plus riche que moi.
DELORME
Oui , je puis mériter des reproches ; mais dans ce moment ce sont des conseils que jeté demande.
RAIMOND
Quels conseils puîs-je te donner? c'est de l'argent qu'it te faut. Si tu ne t'acquittes en ce jour ... le jugement est exécutoire .
DELORME
Cette idée m'accable! une pareille affaire me fera perdre ma place, que deviendra ma femme !
Ce qu'elle deviendra? morbleu! Il semble regretter surtout les extravagances qu'il ne pourra plus faire pour elle. Air : Moi sortir ai>ec mon fusil, (Maison de plaisance.) Ce langage me fait pitié.
Quel besoin que par ta sottise , La femme d'un simple employé Tranche du ton delà marquise?
Va , quand la tienne ne pourra Brillante en nos salons paraître.
Sois certain qu'elle deviendra Ce qu'elle aurait dû toujours être.
DELORME
Et que n'est-elle donc pas?
RAIMOND
Une bonne femme de ménage... plus d'une fois elle pleurera amèrement de ne l'avoir pas toujours été. Tu ne connais pas tous tes malheurs*
DELORME
Qu'ai-je donc à craindre encore?
RAIMOND
Ta ruine complette .
DELORME, comme anéanti.
Tu me fais frémir .
RAIMOND
Une personne que tu aurais pu rencontrer en montant, est venue m'apporter la nouvelle de . . . DELORME, avec effroi.
De ma destitution !
RAIMOND
Tu t'en doutais, malheureux . . . oui, de ta destitution.
DELORME
Ah! je l^avais dit à ma femme.. . ces deux derniers jeurs de campagne sans avertir. . . ces travaux négligés. . • mais il est encore temps de parer à ce coup afûreux , je vais
Le Poète. 5
courir chez le secrétaire général... et avant qu'un autre. . .
RAIMOND
Démarche vaine î un autre est à ta place.
BELORME.
Déjà?
RAIMOND
Oui , dès f^u'il a su ta disgrâce, il a demandé ton emploi.
BELORME.
Le misérable I
RAIMOÎSr».
Il fallait bien que quelqu'un le remplit... Pierre ou Paul?...
DELORME
Ami froid , c'est ainsi que tu me consoles ?
RAIMOND
Ton ami , oui ; mais non pas ton flatteur. Sans ta faiblesse coupable. . .
DELORME
Est-ce quand j'en suis puni si cruellement, que tu dois. . . adieu ,. je connais ton cœur , maintenant, je ne consulte plus que mon désespoir, {fausse sortir.)
RAIMOND , r arrêtant.
Delorme. . . mon ami.. . mon camarade. . . j'ai blessé ton cœur^. .. je t en demande pardon. .. mon emportement contre les extravagances de ta femme m'a poussé trop loin . mais. . . tu comptes sur moi.. . pas vrai? . . {^Delorme a Pair indécis,^ tu gardes le silence ?. . . oserais-tu douter. . . DELORME , lui prenant la main.
Non , c'est impossible!
RAIMOND
A la bonne heure.
DELORME
Mais que faire... toutes les bourses me sont fermées . toute ressource future est anéantie.. . commen'^ acquitter la lettre de change. .. ah ! la honte !. . .
RAIMOND
Veux-tu suivre une fois^^mes conseils?
5 , ,, ; DELpJ^jÇr
Parle. -, j'
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Ya^^al^prdfaiiîeiÇQJQnaîtFe à t^ fçiKinjç votre siiuai^p^.
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Tu veux que j'aille lui percer l'âme.
Aimes -ttr mieux qu'elle l'apprenne par le journal ou par quelque voisin officieux ?
DELORME
Elle en mourra l
RAÏMOIHD.
Non.. . mais tu connaîtras si elle t^aime , si elle a cette noblesse de sentimens. . . qu'elle sache tout. . .fque vous ne devez plus compter que sur vos mains pour subsister. ., que peut-être la prison. . .
DELORME
C'est en effet là ce qui m'attend.
RÂlMOND.
Je la jugerai sur sa réponse. . pour toi, Delorme , du calme. . .sois homme.. . vous ne manquerez pas d'azile. . . en voici un... quant à la lettre de change! ..
DELORME
C'est le plus pressé... On devrait être*déjà venu.,
RAIMOISD.
Eh bien. .. fais monter chez moi le port^ur... je tâcherai... je suis de sang froid., .quand on n'obtiendrait qu'un jour... Enfin nous verrons... mais dis tout à ta femme.
DELORME
Oui , tout.
Parole d'honneur.
D'honneur.
RAIMOND
C'est bon.. . je vais m'occupcr de tes intérêts.
DELORME
Cher ami . . .
RAIMOND
Va, vite. (Jl le pousse dehors^)