SCÈNE X
CATAU, écoutant, dans le fond 5 M. GRICHARD, ARISTE.
M. GRICHARD.
Pourquoi s'y mettait-il ?
ARISTE, à M. Grichard.
Vous serez condamné à de grands dommages et intérêts.
M. GRICHARD.
Oh ! vous ne les payerez pas pour moi.
ARISTE
Non : mais...
M. GRICHARD.
Après ce que j'ai vu de Clarice, quand il m'en devrait coûter tout mon bien, et que toute la terre s'en mêlerait , j'aimerais mieux être pendu , roué , grillé , que d'épouser cette créature.
C A T A U , s'approchant vite.
Ah! monsieur.
M. GRICHARD.
Qu'est-ce ?
CATAU
Brillon s'est enrôlé.
M. GRICHARD.
Enrôlé.?
CATAU
Oui , monsieur, enrôlé pour aller à la guerre.
M. GRICHARD.
A la guerre ?
ARISTE
On s'est moqué de toi.
Monsieur, j'ai parlé moi-même au sergent et au capitaine.
M. GRICHARD.
Le fripon !
ARISTE
Quel malheur !
CATAU
Oui , monsieur.
6o LE GRONDEUR,
M. GRICHARD.
Mais ce capitaine est un enragé ; il se fera casser, d'enrôler des garçons de quinze ans : on veut aujourd'hui de grands soldats.
CATAU
C'est ce que je lui ai dit. Il m'a répondu que cela était bon pour ceux qui vont en Flandre, en Piémont, ou en Allemagne : mais que pour lui , il lui était permis d'enrôler de jeunes garçons.
M. GRICHÂRD.
De jeunes garçons? le traître !
CATAU
Oui , monsieur , il a ordre , à ce qu'il dit , de les mener si loin , si loin, qu'avaat qu'ils y soient arrivés , ils auront tous de la barbe.
M. GRICHARD.
Comment diantre ! et où les mène-t-il ?
CATAU, lui donnant une carte.
Tenez , monsieur, de peur de l'oublier, je me le suis fait écrire sur cette carte j voyez.
M. GRICHARD, lisant.
(c A... à INladagascar. .. » Brillon à Madagascar!
CATAU
Ils disent, monsieur, que ce n'est pas loin de l'autre monde.
ARISTE
C'est sans doute , mon frère , pour cette colonie dont vous avez ouï parler ? Voilà un garçon perdu.
CATAU, en pleurant.
Hélas! monsieur, je^iens de voir ce pauvre enfant:^ on l'a déjà habillé de vert, avec un bonnet à la dragonne ; (en riant) et... et on lui a fait apprendre à jouer du tambour. Tenez, monsieur, cela fait rire et pleurer.
M. GRICHARD.
Et OÙ loge ce maudit capitaine, que je lui aille laver la tète?
CATAU
Il ne loge point , il campe toujours.
M. GRICHARD.
Viens, mène-moi où lu Tas vu. Il faut que j'aille trouver ce Turc 3 et que...
COMÉDIE. 6i
CATAU
Gardez-vous-en bien.
Comment? coquine !
CATAU
Eh bien, monsieur, vous pouvez y aller; mais je vous avertis au moins de faire votre testament . et de prendre congé de vos malades.
M. GRICHARD.
Qu'est-ce à dire ?
CATAU
C'est-à-dire, monsieur, que ce capitaine cliercbe partout des médecins pour les mener en ce pays-là.
ARISTE
Des médecins? gardez-vous bien d'y aller.
M. GRICHARD.
Voici pour moi un jour bien malencontreux!.... C'est le seul de mes enfans qui promet quelque chose.