CATAU, TÉRIGNAN, LOUVE, HORTENSE
CATAU
Mais voici LoJive.
TÉRIGNAN, à LoUve.
Eh bien , que t'a dit mon oncle ?
LOUVE
Monsieur, d'abord il m'a demandé si monsieur votre père , à qui il m'a donné , était bien content de moi. Je lui ai répondu que je n'étais pas trop content de lui^ et que depuis deux jours que je le sers , il ne m'a pas été possible...
TÉRIGNAN.
Eh î laisse tout cela, et me dis seulement s'il n'a point su pourquoi mon mariage avec Clarice a été différé.
HORTENSE
Et s'il n'a rien appris de nouveau sur le mien avec Mondor.
LOLIVE.
C'est à quoi je voulais venir.
CATAU
Eh î viens-y donc.
LOLIVE.
Dans le moment que je m'informais de vos affaires , le père de Clarice est entré , et il n'a pas eu le temps de me parler.
TÉRIGNAN.
Tu n'as donc rien appris ?
LOLIVE.
Pardonnez-moi , monsieur.
HORTENSE
C'est donc en écoutant ce qu'ils ont dit?
LOLIVE.
Oui j mademoiselle.
CATAU
Et de quoi se sont-ils entretenus ?
LOLIVE.
Je vais vous le dire. Ils se sont tirés à l'écart 5 ils m ont fait signe de m'éloigner, ils ont parlé tout bas, et je n'ai rien entendu.
CATAU
Te voilà bien instruit.
LOLIVE.
Mieux que tu ne penses.
TÉRIGNAN.
Mais , à ce compte-là , tu ne peux rien savoir ?
LOLIVE.
Pardonnez-moi , monsieur.
HORTENSE
Mon oncle te l'a donc dit , ou quelque autre , après que monsieur de Saint- Al var a été sorti ?
LOLIVE.
Pardonnez-moi , mademoiselle.
CATAU
Eh î comment diantre le sais-tu donc ?
LOLIVE.
Oh! donne-toi patience. (^A Térignan et à Hortense.) Vous ne connaissez pas encore tous mes talens. On se cache des valets , quand on a quelque secret à dire j et moi, depuis que je sers , je me suis fait une étude de deviner les gens.
CATAU
Peste de l'imbécile.
Oui ; et j'y ai si bien réussi que lorsque deux personnes , dont je sais les affaires , discourent ensemble avec un peu d'action , je ne veux que les voir en face ^ et je gagerais , à leurs gestes, et à l'air de leur visage, de vous rapporter, mot pour mot , ce qu'ils ont dit.
CATAU
Il est devenu fou.
TÉRIGNAN, à Lolive.
Mais enfin que soupçonnes-tu ?
LOLIVE.
Que vos affaires ont changé de face.
HORTENSE
A quoi l'as-tu reconnu .^
LOLIVE.
Premièrement, à ce que monsieur de Sainl-Alvar n'a rien voulu dire devant moi à monsieur Ariste.
TÉRIGNAN.
TÉRIGNAN.
Ah! ma sœur, il n'y a que trop d'apparence.
LOLIVE.
Je ne vous ai pas encore tout dit.
Sais-tu quelque chose de plus.^
LOLIVE.
Oh! qu'oui. A peine le père de Clarice a ouvert la bouche, que voici comme votre oncle lui a répondu. Remarquez bien ceci... (Il fait les gestes d'un homme surpris et en colère. )
GATAU,
Que diantre veux-tu dire ?
LOLIVE.
Quoi ! tu ne le vois pas ? Cela est pourtant plus clair que le jour , (^montrant Tétignan,) et monsieur m'entend bien , assurément.
TÉRIGNAN.
Je m'en doute assez.
LOLIVE.
Et mademoiselle aussi.
HORTENSE
Je n'y comprends rien.
LOLIVE.
Je vais vous l'expliquer. Quand votre oncle faisait ainsi , (i7 refait les mêmes gestes ,) vous jugez bien qu'il était surpris, étonné , et en colère de ce que monsieur de Saint-Alvar venait de lui dire : ces actions parlent d'elles-mêmes. Tenez , voyez si , avec ces gestes-là , il pouvait lui dire autre chose que ceci : « Quoi ! vous avez changé de sentiment.^ que me ») dites-vous-là ? est-il possible .? ))
TÉRIGNAN.
Que disait à cela monsieur de Saint-Alvar ?
Voici ce qu'il lui répliquait.
( 11 fait les gestes d'un homme qui fait des excuse». ) CATAU.
Et que veulent dire ces actions-là ?
LOLIVE.
Four celles-là , elles sont équivoques...
CATAU
Point : je les trouve aussi claires que les autres.
LOLIYE.
Explique-les donc pour voir?
CATAU
Eh ! explique-les , toi-même , puisque tu as commencé.
LOLIVE.
Cela peut signifier qu'il lui faisait des excuses d'avoir été obligé de changer de sentiment. Voyez. « J'en suis bien )) fàcbé ! je n'ai pu Taire autrement ; monsieur Gricliard la » voulu. » Ou bien cela pourrait encore signifier que l'absence de Mondor a élé cause qu'on a différé vos mariages.
CATAU
Quoi ! tu trouves tout cela dans ces gestes ?
LOLIVE.
Je gagerais qu'il ne s'en faut pas une syllabe.
CATAU, à Térignan et à Hovlense.
C'est un fou, vous dis-je : cela ne peut être. Clarice est fille unique de monsieur de Saint-Aîvar qui est un riche gentilhomme , ami de votre père. Mondor est un homme de qualité, dont le bien et le mérite répondent à la naissance. Vos mariages sont arrêtés depuis hier , la parole est donnée , les contrats sont dressés , il n'y a qu'à signer. Il ne sait ce qu'il dit.
LOLIYE.
Je ne crois pourtant pas m'être trompé.
CATAU
Cependant , lu n'as rien ouï.
LOLIVE.
Non: mais j'ai vu: et les actions des hommes sont moins trompeuses que leurs paroles.
TÉRIGNAN.
Je tremble qu'il ne dise vrai.
CATAU,'
Vous vous arrêtez à des visions ; et moi , je viens de voir des préparatifs de noces.
LOLIVE.
Ce sont peut-être ces préparatifs qui ont rebuté monsieur Grichard. Tu sais qu'il a imQ parfaite aversion pour tout
ce qui s'appelle feslin , La), assemblée, divertissement, et enfin pour tout ce qui peut inspirer la joie.
HORTE>"SE.
Quoi qu il en soit , va faire exactement ce que mou père t'a commaudé quand il est sorti, afin qu'à son retour il ne trouve ici aucun sujet de se mettre en colère.
CATAD.
Adieu, truchement de mallieurs. Va faire des commentaires sur les grimaces de notre singe.
(Lolive sort. )