Préface au Théâtre d*Éinile Zola, ler juin
Prendre en masse, telle est, en somme, le secret de son succès et l'originalité de son style. Mais il avait encore d'autres qualités: cette passion, ce souffle lyrique, cette persévérance dans l'eflfort qui lui donnaient légitimement le droit d'écrire, en réunissant les articles d'Une Campagne (1882), septième volume de son œuvre critiqué :
On a entendu ma voix parce que j'étais convaincu et que j'étais passionné. Dans notre effroyable charivari contemporain j'ai réussi à me faire écouter...
Après cela, que pouvait-il souhaiter, sinon de ne pas voir se disperser la foule qu'il avait su réunir au prix de tant de beaux efforts ? Ce fut efiectivement sa grosse préoccupation. Il s'en ouvre plus tard à Concourt « laissant apercevoir le désir passionné de greffer sur son talent, pour la complète réussite de sa carrière, l'éloquence d'un Lamartine, et de doubler sa littérature de la publicité d'un homme politique^ ». Il redoutait un peu les caprices, l'injustice de son public; l'hypocondrie aidant, il faisait même, six mois avant d'écrire la lettre J'Accuse^ cet aveu de tristesse :
Je n'attends point de justice, je sais qu'il faut que je disparaisse 2.
Moins volontaire que systématique, ne souffrit-il pas parfois des conséquences de la méthode qu'il s'était imposée ?
Ce lutteur, comme il aimait lui-même à se quali-
1. Journal des Concourt, 26 juillet 1892. — Notes. Zola hypocondriaque.